samedi 13 septembre 2008

Le passé, l'avenir

Je me prépare à vous raconter les toutes dernières péripéties de la création du Café Clochette, enfin les dernières en date je veux dire... mais là je dispose de peu de temps, allez savoir pourquoi, et j'avais envie de vous reparler un peu du passé.
Ce qui me frappe, ce sont les très nombreuses heures passées devant mon ordinateur. Que ce soit pour mettre en forme le projet écrit, pour contacter les multiples acteurs qui accompagnent les futurs créateurs d'entreprise, pour entretenir une correspondance avec les artisans, les experts, les banquiers, les fournisseurs et les fans, pour pêcher des informations, pour mettre en forme des tableaux, pour trouver des recettes, du matériel et des idées variées... pour tout cela, l'ordinateur est à la fois un sauveur et un bouffeur de temps. Du coup, outre la solitude du goûteur de fond, seul dans sa cuisine face à ses fourneaux d'où émergent des trucs qu'il faut goûter (par pur devoir professionnel bien sûr) (et après on se demande pourquoi je n'ai toujours pas perdu mes kilos de grossesse) (enfin ça me rend confortable, on se console comme on peut), j'ai goûté aussi à la solitude de la virtualité. Une solitude toute peuplée de personnes étranges et attachantes. Des cuisinières émérites dont le blog pétille, des auteurs sans doute rigoureux et carrés de sites institutionnels rigoureux et carrés, des crayonneurs de génie qui me font rire et qui n'ont aucune idée de créer leur entreprise, heureux humains, des curieux qui dégottent, testent et jugent des appareils électroménagers bizarres, des amateurs qui créent un truc juste pour s'amuser et finissent par se prendre au jeu... des tas et des tas de gens qui font et défont la Toile tous les jours. Mais tout cela, bien sûr, reste au bout du mulot, de l'autre côté de l'écran, par-delà le clavier.
N'eût été la présence de MiniLoup et des chats, certains jours j'eusse été en passe de devenir une ermite tout à fait convaincante. Heureusement, la réalité a une façon bien à elle de vous revenir à la figure avec des clins d'oeil appuyés et force ironies du destin.
Parmi les rencontres dont je ne vous ai pas encore parlé, il y eut la CAF. Un titre alternatif à ce billet aurait pu être "quand la CAF cloche", parce qu'elle a cloché dans les grandes largeurs, ou pour le dire autrement, notre relation ne fut pas des plus lisses. Pour tout un tas de raisons, je pouvais semblait-il postuler à une exonération de charges sur la première année d'existence de l'entreprise, mais il fallait pour cela en passer par les fourches caudales de la CAF. De quoi vous faire tourner chèvre. Vous faire tourner en lait concentrique. Enfin bref. Premier rendez-vous : MiniLoup hurle qu'il veut voir les poisssssssonnnnnnns ! et refuse de rester près de moi, la conversation est pour le moins hachée et rapide. Je remplis un dossier entre deux sprints et repars échevelée. Premier courrier : "Madame, nous avons bien noté votre situation, merci de remplir le formulaire joint afin de nous informer sur votre situation." J'ai rempli. Et renvoyé, bien sûr. Deuxième courrier : "Madame, nous avons bien reçu votre formulaire de situation, merci de nous retourner le formulaire joint afin de nous faire part de votre changement de situation." Deuxième rendez-vous : "oui, je vois bien que votre situation n'a pas changé, ne tenez pas compte de ce courrier, c'est l'ordinateur qui l'envoie". Troisième courrier : "Madame, nous n'avons toujours pas reçu votre formulaire de changement de situation, sachez que cela vous expose à voir votre situation changer." Troisième rendez-vous : "et qu'est-ce que vous demandez déjà ? vous êtes sûre que vous y avez droit ? qui vous a dit ça ? ah je vois, d'accord, n'en tenez pas compte." Quatrième courrier : "Madame, nous avons noté que votre prestation était versée indûment, veuillez vous rendre au guichet afin de clarifier votre situation." Quatrième rendez-vous : "Madame, pourquoi n'avez-vous pas tenu compte du courrier précédent ? je veux dire pas le dernier, mais celui d'avant ? ah ? bon, je vois, n'en tenez pas compte alors. Mais là il va falloir refaire un dossier."
MiniLoup a beaucoup contemplé les poissons, j'ai beaucoup sprinté, et pour finir la situation "suit son cours". Je suis en passe de renoncer, vaincue par l'épuisement.
Il y eut aussi, bien sûr, les fournisseurs. Ce fut beaucoup plus sympathique. Chez Terra Libra, le commerce équitable de proximité, j'ai pu déguster un succulent thé avec des petits chocolats, MiniLoup a pu tester en live les jeux en bois du commerce équitable et la charmante hôtesse qui nous a reçus a dégoté une adresse de sage-femme de choc. J'ai fait provision de quinoa, de café zapatiste, de citrons confits, de chocolat à pâtisser et à tomber par terre et d'huile d'olive de Palestine que je ne vous dis que ça. Ce fut un excellent moment auquel je repense souvent au fin fond de ma cuisine (où je teste, donc, etc., voir plus haut). Le fournisseur de vins, c'est un jeune homme qui n'a jamais été pris en faute sur l'accord vin-mets, il a une base de données dans la tête et sait tout accorder avec tout, même si on lui demande un vin blanc pour aller avec un curry relevé. Le seul problème, dans cette magnifique cave où pétille au temps frais un feu roboratif (si, roboratif : sachez que chez moi c'est une qualité la roboration ; et que chez moi, roboration c'est un mot qui existe ; juste chez moi, certes. Bref.), le seul problème disais-je avant d'être fort impoliment interrompue par moi-même (de qui est cette citation ?), le seul problème c'est le saucisson. Impossible de rentrer dans - et a fortiori de sortir de - cette cave sans se pâmer d'envie de se couper une petite rondelle du saucisson qui, juste là sur le comptoir, semble n'attendre que ça, d'attraper un petit verre qui traîne et de s'installer pour l'apéro. Im-po-ssible. C'est une preuve de ma très grande force d'âme que jusqu'à présent j'ai toujours réussi à résister à cet appel du saucisson, mais jusqu'à quand, la question reste en suspens.
Les fournisseurs de produits frais, je vous raconterai une autre fois. Et puis le fournisseur de jouets en bois allemands, je ne le connais que par écran interposé lui aussi, mais il me semble tout à fait sympathique. Je n'ai, hélas, pas de fournisseur officiel d'électro-ménager, même si j'ai beaucoup hanté le magasin du réseau Envie et discuté les mérites comparés des lave-vaisselle allemands et des hottes semi-pro avec le vendeur. Il va bien falloir que je me résolve à ne pas avoir besoin d'un fournisseur d'électroménager, mais c'est dur, c'est très dur.
Sinon, pour revenir au présent, tout récemment je me suis fait remonter les bretelles par Mister C. Une des nombreuses subtilités de la création d'entreprise, c'est le choix d'une structure, d'un statut fiscal et de tout un tas d'options dont le commun des mortels n'a qu'une vague idée, moi comprise. Enfin un peu moins maintenant, mais l'histoire a prouvé que pas tellement moins. Je m'apprêtais à indiquer le 15 septembre comme date de clôture de l'exercice comptable. Je vois parmi vous sursauter violemment tous ceux qui ont une petite (ou grande, mais là c'est la bosse au plafond) culture comptable. Jamais, au grand jamais, il ne faut indiquer un milieu de mois pour clore l'exercice comptable. La raison exacte m'en échappe pour tout vous avouer, mais j'ai révisé ma copie sans moufter, vous pensez bien. J'ai mis le 31 septembre à la place. Hihi.
Quant à l'avenir... L'avenir, il arrive à toute allure. La suite, donc, au prochain numéro.

2 commentaires:

fredo a dit…

31 septembre... bien bien... je crois que là non plus ça ne collera pas !

toujours autant de plaisir à te lire, continue !

la tulipe a dit…

Ne rigole pas: pour la création du mag, mon cher beau-P avait mis le 30 mars. Je me souviens du patacaisse. J'ai cru qu'on allait devoir faire un bilan pour 1 journée.
Alors, je ne blague pas avec ça!

L'avantage de ne pas être callé sur l'année civile (ex: 31 décembre) c'est que ton comptable n'est pas débordé à ce moment là. Car la plupart des bilans sont en fin d'année. Et aussi ça t'évite d'être à faire un inventaire le 1er janvier ...

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