samedi 21 mars 2009

La bataille

Clochette a une ennemie intime en la chevelue personne de la serpillère. Pour être exacte, il s'agit d'un balai à franges. Entre ces deux-là, c'est une lutte à mort et je ne dois qu'à une extrême vigilance de tous les instants qu'il n'y ait pas encore de victime à déplorer. Les affrontements ne durent qu'un instant mais on y sent concentré tout le pathos de Waterloo, Gettysburg et de la bataille de la Bicoque.
Démonstration, image par image.
Tapi dans l'ombre, le félin guette. La cafelière, inconsciente du danger, s'avance en sifflotant, manche à balai en main. Les franges effleurent le lino en laissant une trace humide. Ca sent le vinaigre blanc et le bicarbonate. Le danger rôde. C'est l'heure des fauves.
Une frange plus longue que les autres passe auprès de l'animal assoiffé de sang, c'est la provocation de trop. Un bond, un saut. Zwooof. Il faut un regard acéré pour voir ce qui se passe. La choupinette emportée par son élan glisse sur le sol mouillé, dérape, sort les griffes, plonge le museau en avant. Furieuse de se rendre ridicule devant un ennemi impassible, elle se remet en selle en une demi-seconde et repart à l'assaut. Toutes griffes dehors, elle plonge sur la provocatrice. Que la cafelière vient de déplacer pour aller chercher une tache rebelle sous la table numéro trois. Bing, remuseau par terre. Feulement de rage, crissements, miaulement, glapissement, bond énorme, pouf, en plein sur sa proie cette fois. La cafelière agacée secoue son instrument, auquel s'aggripe l'animal. C'est froid, c'est mouillé, c'est insupportable. Ca mouille les coussinets. C'est atroce, c'est ignoble. Mais il en va de son honneur. Elle ne lâchera ce machin qu'une fois occis bel et bien. Ca s'empêtre dans les griffes, ça commence à mouiller le pelage, on commence à se dire que ce n'était peut-être pas l'idée du siècle. Jeune et féline peut-être, mais pas sotte, la futée féline finit par s'y faire : il va falloir lâcher sa proie pour retourner dans l'ombre. Mais impossible. A force de se débattre, à force que la cafelière là-haut à l'autre bout du manche secoue le tout pour essayer de dissocier son instrument de travail de son animal de compagnie, tout s'est mélangé. Une seconde d'intense panique. Puis la bestiole tire très fort sur ses pattes, son col, son dos, déloge une frange, puis deux, puis dix, de la tête du balai, finit par choir avec un "bump" sur le sol encore mouillé et s'enfuit en traînant derrière elle des dizaines de franges mouillées qui lui font comme une petite cape.
On ne reverra les franges que plusieurs heures plus tard, victimes apparemment d'une vengeance en règle dont je vous passe la description tant elle est cruelle, et la pucinette qu'à la nuit tombée, quand le ménage est terminé et le sol sec.
Elle s'en revient, prudente.
Et s'attaque au dernier balon de baudruche rescapé de l'anniversaire de MiniLoup.

4 commentaires:

Cath a dit…

Réjouissant :-)))

Valérie a dit…

Vraiment j'aime venir te lire...

juliette a dit…

j'adore!!!!!!

Anne a dit…

j'ai pas arrêté de rire bêtement à voix haute...ça fait bien tiens!

des bisous et à très bientôt.

et j'ajoute:
à quand la suite jacker-bill et consorts?

Prends soin de toi

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