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lundi 13 juin 2011

T'as pas dix sous ?

Dissoudre une activité commerciale, c'est la même chose que la créer, l'espérance en moins et la tristesse en plus. Les mêmes questions : par quoi on commence ? à qui on s'adresse ? quelles bureaucraties se mettre à hanter ? à qui faire confiance pour avoir des réponses fiables ? dans quel ordre faire les choses ? quel est l'urgentissime, l'urgent et le simplement "à faire" ?
Mister C., que rien ne déroute : "oh mais ne vous en faites pas, au moins ça ne coûte rien de vous faire radier du greffe !" C'est effectivement une différence avec l'immatriculation. Toujours optimiste, Mister C., il ne me laisse pas le luxe de l'apitoiement et c'est bien à ça qu'on voit que c'est quelqu'un de bien. D'autant que des quelques factures qu'il me reste à régler, l'une vient de chez lui mais que ça ne l'empêche pas de me dire "allez, ne vous en faites pas pour ça, c'est pas urgent..." Pour les autres factures en souffrance, auprès d'un certain M. Ours Saf, c'est nettement moins aimable mais ça ne saurait entamer ma... euh, bonne humeur est un peu excessif. Très, très excessif. Voire carrément faux, certes.
Mais je soupçonne que l'avenir immédiat me donnera du grain à moudre. Le document de radiation est facile à trouver, en plus. Et devinez quoi ? ben oui, forcément. C'est un Cerfa. Un de ces abominables Cerfas même pas des neiges qui m'ont tant accablée au début de l'activité (et même avant), comme un air de petit tour et puis s'en va. On m'y demande avec une certaine insistance si c'est une "cessation consécutive au décès de l'exploitant" et je me tâte pour vérifier. Nan, apparemment ça respire encore tout juste.
Heureusement, dans tout ça il y a la présence d'un certain MiniLoup, comme il y a trois ans lorsque nous lancions des expéditions chez les pompiers pour savoir de quoi retournait cette histoire d'ERP (et les Cerfas y-afférant).
- Maman, comment on fait pour attraper les canards ?
- Euh... c'est une bonne question, mais je ne sais pas du tout. Tu as une idée, toi ?
- Oui, avec un avion attrape-canard !
Ah ben oui bien sûr.

vendredi 29 avril 2011

A vendre

Une dernière chance. Dire ici que le Café Clochette est à vendre, c'est une dernière chance pour que l'activité ne s'arrête pas définitivement.
Il m'en coûte beaucoup de venir vous dire ça, mais c'est vrai : si dans quelques jours personne ne s'est manifesté pour manifester le désir de reprendre l'affaire (l'affaire, c'est laid quand même comme mot, non ?), il ne me restera comme option que de dissoudre la dite affaire et de vendre la maison telle que nous l'avons achetée il y a sept ans, vide. Alors certes, ça peut donner lieu à des billets de blog tout à fait échevelés de raconter les péripéties de la fin du Café Clochette mais, comment dire... cette perspective ne suffit pas à m'enjouer.
Je réalise que mes lecteurs fidèles auront peut-être quelques doutes : à force de raconter ici les mésaventures, les fatigues et les soucis, ce blog n'est peut-être pas, en effet, la meilleure tribune pour dire quelle extraordinaire aventure ce serait pour des repreneurs éventuels que de s'installer ici et de pousser dehors les savates de la cafelière pour les remplacer par leurs propres chaussons à pompons. Certes ! et pourtant je le pense, que c'est une belle aventure.
Alors advienne que pourra... En un mot comme en sang, l'annonce se présente ainsi :

Le Café Clochette est ouvert depuis deux ans et demi, il vient d'entrer au guide du Routard et dans le Petit Futé. Accueil des familles avec enfants (chaises hautes, toilettes aménagées, table à langer, vente de jouets...). La maison et le commerce sont indissociables ; maison de 150 m2 (grand salon, salle de bain, deux grandes chambres aménageables) et restaurant-salon de thé de 60m2 (une vingtaine de places assises), cuisine entièrement équipée. En plein centre-ville, tout près du métro Ste Anne. Prix : 200000€

Vous pouvez me contacter à l'adresse suivante pour des informations supplémentaires.

samedi 23 avril 2011

Des tristesses

Comment on écrit quand on ne sait plus comment écrire ? Comment on écrit quand on a des choses tristes à dire à des gens qui n'ont pas mérité de les entendre ?
Ce soir, mes amis, c'est la cafelière historique qui vous écrit et elle a des tristesses dans les yeux parce que c'est triste ce qui se passe, à la fois triste et joyeux, mais triste surtout.
A toutes les mamans, il y en eut beaucoup, qui nous écrivaient pour avoir des renseignements sur l'entreprise, sa structure et ses réalités, nous n'avons jamais répondu que très honnêtement : envisager d'ouvrir une telle structure, c'est dur, et il faut le faire les yeux ouverts. Aujourd'hui, je n'enlèverais pas un mot à ce que nous avons pu leur écrire, et il me faut leur raconter la suite de l'aventure. La suite de l'aventure, c'est qu'un petit commerce de ce genre, mené comme j'ai voulu le mener, n'est viable que si on y met tout son coeur, toute son âme et toute son énergie. Et au bout de deux ans et quelque d'ouverture, je dois me rendre à l'évidence : mettre tout son coeur, toute son âme et toute son énergie dans quelque chose, c'est possible seulement si c'est votre vie tout entière qui y est engagée et que vous renoncez à toute autre vie. Je n'ai pas fait ce choix-là : j'ai choisi une vie incertaine mais vivante à une vie connue mais enfermée au quotidien. Les deux magnifiques personnes qui m'ont succédé ici, Aude et Solo, que beaucoup d'entre vous connaissent et apprécient, ont vécu leur passage ici à la manière d'un sacerdoce et ce qu'elles ont réussi à faire, personne d'autre qu'elles n'aurait pu réussir à le faire.
Mais voilà, on ne vit pas que pour ça. On a une vie à côté, on aime, on espére, on croit qu'il existe quelque chose en dehors. Et parfois on se dit que le sacerdoce a, peut-être, ses limites existentielles. Et que ces mots affreux, "cessation définitive d'activité", sont une réalité qui pourrait bien un jour s'appliquer à votre rêve, votre bébé, votre fierté.
Le Café Clochette est en vente et la maison qui le contient aussi. Je ne sais pas, aujourd'hui, qui viendra y vivre après moi. Ce n'est pas un lieu ordinaire, cette maison. Il y est né plein de rêves et un bébé. D'ailleurs le destin qui a toujours un tour de plus dans sa poche a poussé aujourd'hui sur le pas de ma porte le photographe qui habitait ici avant moi. C'était sa première visite depuis sept ans qu'il nous avait vendu la maison... il a pu y faire un petit tour pour voir à quoi ça ressemblait maintenant, avant de repartir. Je souhaite profondément que le Café Clochette continue, qu'il poursuive son bonhomme de chemin sans moi, qu'il continue à accueillir des parents, des enfants, des grands-parents, des gens seuls et des gens accompagnés, des petits et des grands... Mais je n'en sais rien. Peut-être bien que l'aventure s'arrête.
Quand on a fini par entendre ces mots-là, on repense à tout ce qui a précédé. Je pense, mes amis, à votre fidélité. Je pense à ceux qui ont monté cette étagère, fixé ce meuble au mur, peint ce bout de plafond. Je pense aux larmes épanchées sur une épaule amie quand je croyais que jamais le Café Clochette ne verrait le jour. Je pense aux éclats de rires partagés pendant nos dîners de filles. Je pense aux petits que j'ai connus quand ils ne savaient pas encore marcher et qui ont maintenant petits frères et petites soeurs et font les quatre cent coups avec leurs jeunes copains d'école. Je pense à tous ces gens extraordinaires que je n'aurais jamais connu autrement. Je pense à Isabelle et Christine. Je pense à Karine des Libellules qui a vécu ça avant moi. Je pense à mes voisins, mes voisines, qui continuent leur rêve et font vivre ce quartier. Je pense à ceux qui s'exclameront "oh non !". Je pense à tous ces visages connus qui sont devenus des visages amis. Je pense à des sourires, des hésitations, des fatigues immenses et des plaisirs furtifs. Je pense à ce petit vin que je servais aux débuts du restaurant. Je pense à toutes ces recettes que je ne testerai jamais. Je pense à vous, et à moi aussi. Et j'ai plein de tristesses dans les yeux.
Mais je sais aussi que ces deux ans passés dans ce rêve-là n'auront pas été vains. Que toute rencontre humaine est la seule qui vaille et qu'ici, il s'est passé plein de moments qui n'auraient pas pu être vécus ailleurs. Je sais aussi que ça n'aura pas changé la face du monde et que la vie continue. Alors tout simplement, je vous dis que j'ai aimé vivre cette aventure, que j'ai aimé vous connaître, de près ou de loin, et que je vous souhaite de repenser parfois au Café Clochette avec le petit pincement de coeur qui dit "ah oui, je me souviens...". Et qu'il y a encore un bout de route à faire avec ceux, nombreux, qui sont devenus des amis et à qui je tiens.
A vous tous, un grand merci pour tout.

mercredi 10 novembre 2010

De la carte récalcitrante

Depuis que je travaille au Café, je m'émerveille toujours du menu spécifique que nous propose chaque jour. Tiens, aujourd'hui le menu était à la carte. Euh, plutôt la carte au menu.
Tout a commencé ce matin, par la recherche éperdue de la carte de Rennes pour situer la boutique, où se trouve la précieuse pièce de rechange de la machine à capuccino...
Mais impossible de remettre la main dessus! Suivi d'un appel bien légitime à propos des plats proposés dans notre restaurant. Euh, ben, ça dépend des jours, des produits frais et de saison trouvés, de l'inspiration, de l'essence dans le réservoir et la disponibilité du chef...Oui, mais samedi par exemple, qu'elle est la carte du jour ? Alors là, difficile de la présenter encore, quand on ne fait que des plats du jour... C'est la surprise ! La carte se dévoilera au plus tôt vendredi, au plus tard le jour même, mais toujours avec des plats sans gluten et des plats végétariens, autant que faire ce peu.
Je comprends bien que ce fonctionnement puisse être assez perturbant pour nos chers clients, habitués aux menus fixes d'un restaurant avec un seul plat du jour ou encore au menu de la semaine remanié au jour le jour, proposé il y a encore quelques mois...Mais nouvelle cuisinière , nouvelle façon de procéder.
Le restaurant vous invite à vous laisser surprendre davantage par ses saveurs du jour. C'est un peu comme les paniers de légumes des AMAP. On fait en fonction de ce que la nature nous offre ici et maintenant. Nouveau concept à développer?
Mais peut-être qu'un jour on se rangera un peu et que nous proposerons une carte saisonnière avec un plat du jour seulement...
Selon ce curieux principe de synchronicités, le capuccino devrait de nouveau être à la carte du service, juste le jour où j'aurai retrouvé la carte pour chercher la pièce de rechange à capuccino. Et oui, c'est comme ça. Nous aussi on se laisse surprendre par les événements et les choix des clients. Il y a les jours capuccino, les jours thé au gingembre ou tchaï, comme si les clients avaient décidé dans un consensus télépathique inconscient que c'était aujourd'hui le jour de telle boisson ou tel plat !
Et, si finalement c'était le client qui choisissait inconsciemment la carte du jour ?
Que les inconditionnels du capuccino ne s'inquiètent pour autant ! En attendant la fameuse pièce, leur douce boisson italienne s'élabore onctueusement à la main...

mardi 31 août 2010

In minot spiritas

- Oh, je reconnais ! tu es en train de faire un poulet au curé !
Intense rigolade maternelle.
- Oui, enfin par chez nous on dit plutôt pasteur...

mercredi 25 août 2010

L'énigmatique être des choses

C'est tout bête. Je me retrouve au milieu de ma cuisine et je contemple les choses.
Le robot ménager, Trancrède de son petit nom, dernier arrivé ici et rutilant comme au premier jour. Souvenez-vous, l'inquiétude à la lecture du manuel... depuis, on s'est habitués l'un à l'autre et nous travaillons en bonne intelligence. Un objet qui ne fait pas semblant d'être plus futé que moi m'est sympathique a priori - pas comme mon nouveau téléphone, par exemple. Impossible de compter le nombre de carottes râpées avec lui - avec Tancrède, je veux dire, pas avec ce fat de téléphone - ni la quantité de pâte à sablés que nous avons confectionnée ensemble, chacun dans son rôle. Il va me manquer.
Cunégonde, la cuisinière, a ses humeurs de temps en temps et il faut savoir placer les sablés de façon stratégique sur la tôle à pâtisserie pour éviter le point froid sur la position la plus basse du four. Il faut aussi avoir la mémoire du bout du doigt pour appuyer cinq fois de suite sur l'écran tactile pour mettre le four en chaleur tournante à 180°C, la position la plus utilisée : c'est un geste réflexe. Elle va beaucoup me manquer, Cunégonde.
La machine à faire les frites, Hildegonde, même si elle ne sert pas aussi souvent qu'à son arrivée, est aussi une compagne fidèle. De temps en temps, avec MiniLoup, on la sort juste pour nous, un peu en contrebande, avec l'impression de vivre dangereusement, pendant qu'on fait chauffer l'eau à la sauvette pour les frankfort et qu'on sort le ketchup discrètement. C'est que dans un restaurant, on a sa fierté quand même, la gastronomie, tout ça... Pourquoi vous riez ? je peux bien me hausser du col, quand même, des fois, non ? Peut-être pas, non. Il suffit de penser aux autres machines pour réaliser que sans elles, je ne suis pas grand-chose dans cette cuisine.
Tiens, la machine à café, par exemple. Après avoir cherché pendant des mois LA machine, cru la rencontrer à tous les coins de rue et renoncé plusieurs fois, celle qui a fini par faire son trou sur mon plan de travail ne paie pas de mine, se fait toute discrète et fait un très bon café. Moi, j'ai juste à appuyer sur le bouton, j'y suis pour rien.
Et le petit frigo, avec ses cubis de jus de fruit qu'il faut avoir le pouce léger pour ne pas contrarier. Et le tiroir à bazar tant aimé de MiniLoup, plein d'épluche-légumes, de râpes à muscade, de bouchons en liège et de pinces à sac... avec la balance électronique perchée sur le fourbi en équilibre instable et que je ne mettrais pourtant ailleurs pour rien au monde, tant le geste pour l'attraper est automatique quand j'ai dans l'autre main un paquet de farine sans gluten qui menace de s'ouvrir et d'en mettre partout.
Il y a aussi les placards à réserve, avec leur rangement aléatoire puisqu'il répond, non pas à une logique de quelque ordre que ce soit, mais à un remplissage progressif au cours des mois. Maintenant, il est logique pour moi d'aller chercher le sucre à côté des amandes en poudre, alors que la farine est dans le placard du pesto et des cornichons. Le café est avec les flocons de millet, alors que les flocons de châtaigne, riz et sarrasin sont posés sur les petits pots des bébés, qui cohabitent avec les noix de cajou. Le placard aux épices est scindé en trois, et personne à part moi ne saurait retrouver ici un sachet de cardamome en mois de 15 mn.
Je vous le dis, ça va être coton de transmettre tous ces petits trucs, gestes et automatismes. Je suis comme un poisson dans l'eau dans cet endroit organisé petit à petit par les gestes du quotidien, comment aider quelqu'un d'autre à s'y installer ? On ne peut pas, sans doute. Il va falloir que la nouvelle cafelière - car nouvelle cafelière il y aura, dès la semaine prochaine j'espère - s'y fasse à son rythme et apprivoise les objets comme je l'ai fait à mon époque.
Ah ! nostalgie ! Enfin, relativisons. Un certain Thornton Wilder aurait dit "c'est lorsque vous avez chaussé vos pantoufles que vous rêvez d'aventure. En pleine aventure, vous avez la nostalgie de vos pantoufles." Tenons-nous-le pour dit.

dimanche 15 août 2010

En fait

- Bon, mon loup, demain on part en vacances, d'accord ?
- Ouaaaaais ! on va faire du camping ?
- Oui, on met toutes les affaires dans la voiture et on tape la route.
- Pourquoi on tape la route, elle est pas plate ?
- Euh... si. Bon, tu vas faire ton sac ?
- Ouaiiiiiis ! je prends que des petites voitures ou des chaussettes aussi ?
Dans la nuit, la cafelière commence à ressentir une douleur localisée au niveau de son appendice nasal, côté gauche, et se dit que zut, elle aura l'air malin avec un petit bouton sur le bout du nez, en camping. En fait de petit bouton, c'est le nez en aubergine qu'elle se réveille le lendemain matin. Le docteur quelques heures plus tard : "oh le joli cas d'hérésie-pèle !" C'est un rigolo, le docteur. Résultat, on ne part pas.
- Bon, mon loup, on part demain, d'accord ?
- Si ton nez il est redevenu rose, tu veux dire ?
- Mouis, en gros c'est ce que je veux dire.
- Mais pourquoi tu peux pas conduire avec le nez rouge ?
- Euh... j't'expliquerai plus tard, ok ?
Le lendemain, MiniLoup est victime d'une foudroyante attaque d'eczéma qui le prend en traître et nous oblige à reporter le voyage.
- Bon, mon loup...
- Ouais, je sais. J'enlève quoi du sac, les chaussettes ou les petites voitures ?
Le lendemain, on se lève prudemment, on se rend au garage à pas feutrés, aucune catastrophe en vue, on met vite les sacs dans la voiture et on paaaaart !
- T'as vu mon loup, on a réussi à partir aujourd'hui !
- Oui maman, mais elle est où la tente ?
- Elle est... Ah oui.
On est retournés chercher la tente. Résultat des courses, on arrive chez la Mouette à pas d'heure, mais c'est les vacances, youpi ! Bon, je manque m'ouvrir la tête en heurtant du nez une poutre en béton dans le garage, mais c'est les vacances, youpi, et puis côté couleur on ne voit pas trop la différence de toute façon. Stéphanie-la-mouette nous reçoit comme des cocottes en patate avec sa cuisine délicieuse et en plus, ce soir, il y a des pestacles dans la ville et des lumières partout et c'est beau et c'est une belle ballade. Il y a un même un dragon qui crache du feu avant de se faire dézinguer par un ardent chevalier et qui fait "presque pas peur" au petit loup.
Le lendemain, une nouvelle ballade dans la vieille ville et nous ne nous décidons pas à partir, du coup on reste, on discute, et on se raconte nos péripéties respectives. Quand on revient à la voiture, sous une pluie assez humidifiante ma foi, tiens c'est curieux, pourquoi les phares sont allumés, et tout pâles ? Tiens oui.
Panne de batterie. La mouette sait se servir des câbles et le papa de MiniLoup est prévoyant, il y en a dans mon coffre. J'ai donc appris à me servir des câbles de boost, par contre la voiture a décidé que partir en vacances sans lui changer sa batterie, ça ne se faisait pas. Elle refuse de redémarrer. MiniLoup dans son siège à l'arrière commente les tentatives. "Maman, pourquoi la bactérie elle veut pas repartir ?" Sûrement parce que je déborde d'antibiotiques, je ne vois que ça.
Allo l'assurance ? allo le réparateur ? ah bravo le réparateur ! ah elle ne tiendra pas la batterie ?... ah, il faut aller à N*raut* ? tiens ? route de Tours ? ah bon, d'accord. C'est sans compter avec mon sens de l'orientation un rien défaillant, mais entre la lecture de la mousse sur les arbres et la navigation aux étoiles, après avoir retenu ma respiration à tous les feux rouges à écouter le moteur avec inquiétude, je finis par trouver un N*oraut* qui accepte, contre une somme que je comptais hélas consacrer à quelques nuits sous la tente, de me changer la batterie de Madame Titine. MiniLoup dort benoîtement à l'arrière. Il se réveillera deux cent kilomètres plus loin, sous une pluie battante, quand un gendarme muni d'un bâton lumineux requérera l'arrêt de Madame Titine. Les papiers ? oui bien sûr... ah non tiens, c'est le papa de MiniLoup qui les a. Mais j'ai des câbles de démarrage, si vous voulez... Et bien croyez-le ou non, entre mon nez en aubergine, mon fiston sur le siège arrière, la pluie battante et l'histoire de la batterie, le gendarme il a dû se dire que ça faisait assez pour la journée et on est repartis avec un "allez, courage ma ptite dame, vous y êtes presque dans le Berry !"
Oui, on y était presque. Enfin avec mon sens de l'orientation, tout ça, et bien je me suis perdue sur les petites routes et on s'est retrouvés dans un chemin creux entre vignes. Au moment où un cri de désespoir s'échappait de ma poitrine comprimée par le destin, du haut d'une colline, on a vu éclater sur le côteau d'en face un feu d'artifice, dites donc. Alors on s'est arrêtés, MiniLoup, Madame Titine et moi, et on a regardé le feu d'artifice. Et c'était beau.
Quand on est repartis, une petite voix flûtée à l'arrière a fait : "ben c'était pas si compliqué en fait". Si c'est pas une belle leçon de vie, ça, je sais pas ce que c'est.

samedi 7 août 2010

Hep !


- Hep, serveur ! dites-moi, on est les seuls clients, là ? oui ? euh... c'est bon ce que vous faites à manger, au moins ? Ah, c'est juste que c'est l'été ? ah bon, si vous le dites... Bon, vous me mettrez une assiette de croquettes ? Comment ça "non" ? et après vous vous étonnez de ne pas avoir de clients ! forcément ! non mais des fois ! "non", qu'elle dit !

Ce soir, après le service, le Café Clochette met la clé sous la porte pour deux semaines. Nous vous retrouverons le mercredi 25 août dès midi.
Bonnes vacances à tous !

lundi 26 juillet 2010

GPS moi qui m'égare ?

Ce serait bien s'il y avait une fonction GPS sur la route de la vie, non ? une fois qu'on aurait décidé où on veut aller, il n'y aurait plus qu'à faire confiance à la machine... Ah oui, mais on passerait à côté des incidents concoctés par le destin... et on ne découvrirait pas la petite plage paradisiaque à quelques mètres de la grande route, ni le petit resto tranquille, ni le petit chien tout fou. On ne bavarderait jamais avec des gens inattendus qui ne nous attendaient pas non plus. Alors, sécurité ou confiance en l'avenir ? Des fois, c'est dur de choisir...

dimanche 13 juin 2010

Bien des choses en somme

Un spectre hante ce blog. Non ! pas Alphonse... un vrai spectre, enfin une inquiétude taraudante, si vous préférez, une ombre qui plane, un doute qui vole, une menace à l'horizon, une fêlure intrinsèque, une faiblesse inhérente, comme un pressentiment...
J'ai passé les quelques derniers jours à mettre en ordre quelques textes issus de ce blog et j'en retire une impression mitigée. Entre l'inquiétude des premiers frémissements de possibilité de l'existence du Café Clochette, les premiers mois et leurs Cerfas terrifiants, le passage du premier anniversaire, puis les débuts de la deuxième année, les recettes et quelques billets sur les chats, ça fait bien du bazar tout ça. Ca ne vous arrive jamais de vous dire que vous avez consacré des mois ou des années à une activité dévorante et qu'au bout du compte, il n'en reste que quelques miettes pas très appétissantes ?
J'exagère un peu : il y a quelques billets que j'aime bien ici ou là. Et puis c'est une mémoire vive de ce qui s'est passé ici au cours de ces deux dernières années et comme je ne tiens plus de journal intime depuis mes 12 ans, à la suite d'une sombre histoire de tiroir à chaussettes visité en mon absence, ça me permet de ne pas oublier les détails rigolos. Mais quand même, j'ai comme l'impression que mon écriture se délite et que ce n'est plus vraiment là que ça se passe.
Pourtant, d'avoir revu en vitesse accélérée les émotions liées à cette aventure m'a un peu mis la tête à l'envers. La grosse tête, d'ailleurs, puisque grâce à Daniel, qui tient le chouette blog recreablog.com (clic), le Café Clochette a connu la semaine dernière une minute de gloire dans Elle édition Bretagne, dites donc ! Toute l'équipe est très fière. Et vu que, comme le précise Daniel, "tous les gâteaux sont maison", vous imaginez la pression ? on a pâtissé toute la semaine. La dernière version de sablés maïs, orange et pépites de chocolat, sans gluten, est particulièrement réussie. Seul bémol : les gâteaux nous explosent entre les doigts à la moindre provocation, ce sont donc des sablés à manger à la cuillère. On ne trouve pas plus original sur toute la place de Rennes. Sûr et certain. Je vous livrerai la recette un de ces jours, à charge pour vous de fournir la petite cuillère.
Où en étais-je ? Ah oui, le blog. Alors c'est officiel, le livre de recettes du Café Clochette ne sera pas un livre de recettes, non m'dame. Ce sera un livre consacré au Café Clochette, avec des recettes dedans. Ceci étant (presque) fait, je suis sur le point d'avoir rempli ma promesse envers les heureux récipiendaires du gros lot du jeu des cartes à papattes, et d'avoir bouclé un genre de boucle en concluant par l'écriture ce qui avait commencé par l'écriture. Alors ce fameux spectre, me direz-vous si vous suivez le fil décousu de ce billet bizarre ? Et bien le spectre, c'est de ne plus arriver à écrire ailleurs qu'autour du Café Clochette. Il eut fallu sans doute que je m'écoutasse et d'autre chose plus tôt explorer quelques traces. Faute de quoi, foin de bocks, limonades, cafés et tilleuls, je me retrouve comme une ado à me tortiller la plume pour trouver les mots pour parler d'autre chose. Ca me renvoie quelques années en arrière, à batailler avec la question qui hante les traducteurs littéraires, de trouver une place face aux mots des autres. Sauf que là, ce sont les miens qui commencent à m'encombrer. L'auto-autodafé est bien tentant parfois. Enfin bref, une page se tourne, pour rester dans l'idée. Je suis curieuse de connaître la suite de l'histoire. Zut, si c'est moi qui l'écris, me voilà coincée...
Enfin, faute de trouver une chute valable à ce billet étrange, je le laisse en suspens façon cliffhanger. J'espère que l'herbe est moelleuse au pied de la falaise.

jeudi 13 mai 2010

De cochons, chevaux et autres cartes à papattes

Une dame vient de me passer devant dans la file. D'habitude ça me faire sourire, là je sens le rouge me monter aux joues et avant que j'aie réussi à me retenir, ça part tout seul : "dites, j'ai une tête de ticket périmé, là ?" Je vous l'accorde, ce n'est pas très spirituel, d'ailleurs ça n'a pas déridé la dame, mais là, zut. J'ai récupéré mes deux kilos de crevettes et fichu le camp toute zénervée.
Je sais pas pourquoi, ça fait une bonne semaine que j'ai les nerfs un peu à vif. C'est comme si j'étais en play-back et que la fée Clochette, celle de Disney, parlait à ma place une fois de temps en temps. C'est qu'elle a un fichu caractère, la fée Clochette de Disney, c'est pas une marrante, je peux vous le dire. Dites, docteur, c'est grave ? nan, pas la bronchite qui est revenue... Je veux dire, le caractère de trois petits cochons qui m'a poussé comme ça sans prévenir.
Peut-être bien aussi que je suis en train de piaffer d'impatience, là. Maintenant que le chemin est tracé et que je sais où je vais, j'ai du mal à rester à l'écurie, quoi. Encore quelques mois, si tout se passe comme prévu, et je prendrai régulièrement la route du Sud pour aller étudier du côté de la mer, celle où un non-Breton peut se baigner sans risquer l'hypothermie, dans une ville qui ressemble beaucoup à Rennes parce qu'il y a plein d'étudiants et de cinémas et de bars sympas et de gens qui aiment bien les huîtres et le petit vin blanc du coin et le nectar du Pic Saint-Loup et toute cette sorte de choses. C'est pas tout à fait Barcelone, mais c'est pas mal quand même. Une cafelière qui ressent l'appel du Sud, ça piaffe, c'est comme ça. Gentiment, hein, la plupart du temps je suis une cafelière ravie de voir les gens venir au Café Clochette, m'enfin je ne me voile plus la face, ça ne me suffit plus à me porter au quotiden, l'excitation quotidienne que j'aurai vécue pendant presque deux ans.
Cet après-midi, le monsieur de la chaudière est venu lui rendre visite pour s'assurer que je la traite bien. Ca m'a rappelé mes mésaventures trois jours après l'ouverture (clic, pour la nostalgie) et ça m'a bien fait rigoler d'y repenser, j'en suis presque requinquée. D'ailleurs la dame des crevettes, si ça se trouve, je la recroiserais ce soir, je lui offrirais un petit gâteau. Peut-être.
Heureusement, Aude est là. Elle réalise comme pas deux, entre autres, les macarons de Christine, me permettant ainsi de prendre quelques heures d'escapade momentanée, de rendre hommage à Christine qui est partie vaquer de son côté et qui nous manque, et de la féliciter chaleureusement pour ses talents de pâtissière en croquant dans un des petits gâteaux dont je ne vous dis que ça.
Et puis décidément, j'ai de la chance, j'ai toujours les clients les plus gentils du monde, ils me font crédit. Je sais, ça a l'air paradoxal comme situation, mais c'est bien vrai. Deux familles ont rempli la semaine dernière leur dixième carte de fidélité (ce qui nous fait quand même un total de 200 papattes à elles deux) et je suis en dette : je leur dois un livre de recettes, "Les jolies recettes du Café Clochette". J'ai le titre, mais à part ça c'est très décousu, encore. Alors j'ai beau me dire que la dette c'est la trame du tissu social, ça ne me convainc pas tant que ça sur ce coup-là et il va bien falloir que je me mette au boulot. Va falloir tricoter des papattes de devant, la cafelière.

mercredi 24 mars 2010

Chute de rien

... ou comment tomber de haut sans se faire très mal.
Plage en perspective oblige, je hante les devantures de magasins qui vendent des maillots de bain. Il est douteux que je me décide à rentrer, la tête des vendeuses en général et de celle du magasin d'aujourd'hui en particulier me faisant ressentir des picotements dans tout le kilo superflu que j'ai dans le coin (et il n'est pas impossible que j'aie plusieurs coins). Rue du Maréchal Joffre, tout droit puis à gauche du temple, tout à l'heure, j'aimais bien le petit maillot bleu à 185 euros (pièce, pour une seule pièce d'ailleurs) mais, comment dire, non. Dans l'idéal, ce qu'il me faudrait, c'est un costume de bain de la Belle Epoque, en gros. Plus la cabine qui va avec, tirée par un cheval sur la plage pour ces dames. J'aime aussi le look des joueuses de tennis chez Jacques Tati, mais je n'ai jamais su tenir une raquette, je risquerais d'éborgner les daurades qui croisent au large. Sinon, il y a l'option Inuit, avec la peau de phoque en trois épaisseurs qui dissimuleraient la mienne, mais même en Bretagne, au mois d'août, je vais détonner.
- Maman ?
- Hum ?
- Pourquoi tu dessines des triangles avec des pattes et une tête ?
- C'est pas des triangles mon loup, c'est des maillots de bain avec des naïades dedans.
- Pourquoi tu dessines des noyades dans des maillots de bain ?
- Pour qu'un jour, sur cette terre, un être humain ait eu l'occasion de dire ce que tu viens de dire.
- Ah ?
- Oui.
- Je comprends rien, mais moi je crois tu devrais plutôt dessiner des ganceterres dans ton maillot de bain. Et pis des tronçonneuses, et pis un dinosaure aussi. Et pis comme ça, personne nous embêtera sur la plage, si tu mets tout ça dans ton maillot de bain.

mardi 23 mars 2010

L'autre Seine

Ce qu'il y a de bien, au bord de l'eau, ce sont les poissons.
Je veux dire : ce qu'il y a de plus agréable quand on se balade au bord de l'eau, c'est d'imaginer les poissons.
Je veux dire : ce qu'il y a de bien, quand on est au bord de l'eau et qu'on se balade en laissant son esprit vagabonder sur les grandes et petites contrariétés de la vie qui va au soleil qui est parti, en voyant d'un oeil distrait les bourgeons qui sont apparus d'un seul coup au bout des branches, les coquins, pendant qu'on ne regardait pas, alors que ça fait des mois qu'on les attend, en écoutant d'une esgourde engourdie les pépiements joyeux des piafs qui volettent ici et là (surtout là, dans le buisson sur le bord de l'eau) et en réfléchissant que même une balade tranquille ne vous ramène jamais que vers les soucis que vous vouliez quitter, c'est d'imaginer les poissons. Dans l'eau. Qui doivent se dire que ça s'est vachement radouci ces derniers jours et que ça remet les écailles à l'endroit de ne plus se geler les nageoires à attendre le réveil des insectes, l'estomac dans la caudale.
Je veux dire : penser aux poissons, ça détend drôlement.
Non ? C'est peut-être juste moi. Je ne sais pas pourquoi, penser aux poissons du canal Saint-Martin, ça me fait toujours réfléchir à ce que les poissons de Paris ont bien pu penser pendant le tournage de la scène sur les quais dans Tout le monde dit I Love You.
Et je ne sais pas pourquoi, mais là comme ça j'ai eu envie de vous le dire. Il y a des choses comme ça, qu'on n'explique pas.

jeudi 18 mars 2010

Chuis ronchon mais j'le cache

Cette semaine, tout m'énerve.
La gauche m'énerve. Mais comme la droite, elle, m'exaspère, c'est peut-être un moindre mal. Enfin quand même, m'agace. Vais ressortir mon chapeau de Robin des bois pour aller voter dimanche, moi. Si, j'ai un chapeau de Robin des bois, et alors ? il est très joli. Vert. Avec des petites plumes. Tiens, s'il me tombait un oiseau sous la main, je m'en ferais bien un autre, de chapeau. Quoi, il m'a rien fait, l'oiseau ? m'est égal, m'énerve aussi.
Ma banque m'énerve. Déjà, mon guichet habituel est en travaux et ça m'oblige à faire tout un tour pour aller dire bonjour en passant avec mes sous sous le bras. Avec le soleil qu'il fait depuis hier, je risque l'insolation, je vous ferai dire. C'est énervant, quand même. Et puis mon banquier, qui est un monsieur charmant (et plus jeune que moi, je vous en ai déjà touché deux mots je crois), est également distrait et la distraction chez un banquier, ça peut être très agaçant. Quel dossier, qu'il m'a dit l'autre jour. Ah, celui d'il y a six mois ? ouh là, je sais plus où il est passé, qu'il m'a dit l'autre jour. Grrr.
Ma cuisine m'énerve. Elle est pleine de petits gâteaux. Allez résister à la tentation de tendre la main vers une boîte débordante de petits macarons sans gluten, vous, dans une cuisine comme la mienne, d'autant que le spectre de la plage et du maillot de bain obligatoire se profile et me fait fait des cauchemars. Si, des cauchemars. Avec plein de bourrelets dedans.
Clochette m'énerve. On a encore eu des mots ce matin, tiens. Elle s'acharne depuis trois jours à faire un trou du bout de la griffe dans le sac kraft des lentilles vertes, nous exposant tous à une inondation de lentilles et moi à une colère noire. J'ai essayé de mettre le sac sur le haut du frigo, elle l'a suivi et a ouvert la pince qui retenait les lentilles à l'intérieur du sac, manquant de peu me doucher avec les petites choses. Seule une présence d'esprit hors de l'ordinaire et un réflexe digne de... euh... quelqu'un de très rapide m'a permis d'éviter le pire.
Les crudités m'énervent. J'ai remis à la carte la grande assiette de salades de printemps (devançant de quelques jours la date officielle, mais quand on est impatient de revoir le printemps il suffit parfois de faire comme s'il était là ; non ? non, bon) et depuis, je râpe, j'émince, je mitonne, j'assortis les couleurs et les consistances et je cherche dans mon placard secret ce qui pourrait changer le manque de surprise qu'on attache au céleri-rave pour en faire une salade digne d'être chroniquée par ici. Et bien croyez-le ou pas, le céleri-rave résiste. Il a fait la moue devant les cranberries, boudé la nigelle et vaguement accepté un bête persil plat en guise de faire-valoir. Dites, les légumes, faudrait y mettre un peu du vôtre, quand même.
Moi, je m'énerve passablement. Faudrait voir à voir à se remettre au travail avec un peu d'enthousiasme, dis, la cafelière. Quoi des Cerfas en bataille ? encore ? et alors, c'est pas la mer à boire, à peine une menthe à l'eau. Bon, une baignoire, peut-être. Ou une petite mare. Mais pas plus. Comment ça, ça t'agace que l'enseigne du Café Clochette, qui t'a été livrée il y a un an, ne soit toujours pas fixée sur la façade ? oui, bon, c'est agaçant. M'enfin elle va bien finir par arriver. Comment ça, tu voudrais bien, nom d'un chipiron, ne plus avoir de compta à faire pour aller plutôt voir un des films qui s'entassent là-haut depuis que tu as fini de regarder l'intégrale de ta série préférée ? oui, et ben tu as pu voir la fossette de Josh jusqu'à la dernière seconde et pour quelqu'un qui n'a pas une seconde à soi, c'est pas si mal.
Allons, tout bien considéré, quand la crise de ronchonnerie sera passée, ce sera le printemps et tout ira très bien, voilà.
Noooon, Clochetttttte ! pas les lentillllllles !
Rhhhhaaaa.

vendredi 19 février 2010

Un plomb dans la plume

Il suffit de débrancher et de rebrancher, qu'il m'a dit au bout du fil, le technicien de Monsieur d'Arthy. Le fil de la cuisinière étant branché directement dans le mur, je ne pouvais ni débrancher ni rebrancher, mais l'homme de l'art avait prévu ce cas de figure et m'a orientée vers le tableau électrique, "il suffit de faire sauter le plomb", qu'il a dit, le monsieur.
Pour accéder au tableau électrique, au Café Clochette, il faut attendre que tous les petits aient déserté le coin jeu, parce qu'il est pile au-dessus. Pour que les petits désertent le coin jeu, il faut attendre que le Café soit fermé. Pour ouvrir la porte qui dissimule le tableau électrique, il faut un couteau solide. Pour utiliser le couteau solide afin d'ouvrir la porte qui dissimule le tableau électrique, il faut faire levier. Pour faire levier pour utiliser le couteau solide afin d'ouvrir la porte qui dissimule le tableau électrique, il faut y aller en douceur, trèèèèès en douceur. Ce qui explique que je me sois gavée de granules d'arnica peu après avoir tenté la manoeuvre. Une fois l'accès libéré, il suffisait, disait le monsieur, de baisser le plomb correspondant à la cuisinière.
(Grand silence blanc des steppes sibériennes.)
Aucun plomb ne portait la mention "cuisinière". Il y avait le circuit électrique de la SdB, l'éclairage général, la chaudière et deux ou trois autres choses fort utiles, mais de plomb dédié à la cuisinière, point. Je les ai quand même essayés tous, les uns après les autres, provoquant dans les étages des biiips indignés des réveils qui se remettaient en marche, mais la cuisinière, aux dires de MiniLoup propulsé guetteur en chef d'extinction des lumières de la cuisinière, n'était nulle part connectée à un plomb sur ce tableau-là. Grand moment de solitude face à la technique. Regrets profonds de ne plus avoir d'âtre noircie par la fumée où concocter mes cuisinages quotidiens. Vague nostalgie de mes anciens métiers. Soupir.
C'est un client, heureux homme à l'intelligence affûtée, qui s'était attardé pour une histoire d'urgence pâtissière à destination d'une petite fille haute comme trois pommes, qui a eu un trait de génie fulgurant et qui m'a demandé : "vous n'avez pas un autre tableau ?"
(Silence.)
Ah mais si. Maintenant que j'y pense, quand Mister T. a créé la cuisine du Café Clochette, il a effectivement dissimulé un autre tableau sous l'escalier. Lequel doit, forcément, comporter un certain nombre de plombs. Le temps de me regaver de granules après avoir remis, péniblement, la porte au-dessus du coin jeux, vérifié que tous mes doigts sont encore en vague état de marche dans l'espoir de pouvoir éplucher les patates quotidiennes pour la purée au romarin et trouvé une lampe de poche pour une exploration hasardeuse sous l'escalier, le voici le voilà : le deuxième tableau. Mister T., vous êtes un grand homme. En plus, votre spécialité en tant qu'électricien s'appuie sur tout un tas de lettres grecques et pour l'instant, il ne m'en faut pas plus pour avoir confiance en la vie. Bref. MiniLoup, le nez toujours collé au tableau de bord de la cuisinière, attendait patiemment la fin des opérations en grignotant des noix de cajou. On s'est briefé par interpellations successives et paf, on est tombés sur le bon plomb, après avoir interrompu le frigo dans son élan et, sans doute, troublé Tancrède jusqu'aux tréfonds de son petit coeur mécanique.
Un quart d'heure plus tard, preuve était faite que la cuisinière (qui n'a pas de nom, tiens au fait, si mes valeureux lecteurs s'ennuient ces temps-ci, peut-être aimeraient-ils s'aventurer à lui en trouver un ?) ne souffrait que d'un bug électronique et que la coupure lui avait été salvatrice. Les plaques qui s'étaient mises en grève ont repris le collier, celles qui marchaient continuent (et le four, impavide, a cuit sans rouspéter aujourd'hui les cinq fournées de gâteaux du jour). Soulagement général au fond de la cuisine. Et re-granules pour cause de relèvement trop rapide, pile sous un coin de marche de l'escalier. Comme a dit MiniLoup en crachotant des miettes de noix de cajou : "tu vois maman, c'était pas dur, y fallait juste trouver le tromblon".
Enfin il avait raison le monsieur : débrancher et rebrancher, par exemple en quittant les rivages du Café Clochette pour aller prendre l'air ailleurs et de préférence en agréable compagnie, il n'y a rien de mieux pour éviter de faire sauter les plombs de la cafelière. Dont acte, granules et noix de cajou.

jeudi 18 février 2010

Induction la branche sur laquelle...

En ancienne universitaire disciplinée, quand il m'arrive une tuile, en général je fonce sur la documentation disponible. Il m'arrive de demander son avis à MiniLoup (en particulier en matière de dinosaures, de camions bennes ou d'extermination de cauchemars), mais quand ma cuisinière à induction s'est mise en grève partielle hier midi, je me suis trouvée benête. Le manuel ne m'était d'aucune utilité puisque la liste des codes d'erreur ne comprenait pas l'erreur qui arrivait pour de vrai : le silence le plus total de la moitié des plaques. Du haut du petit nuage où je flotte depuis quelques jours, je n'ai même pas paniqué, j'ai simplement ôté de sa plaque le rougail saucisse qui avait brutalement cessé de mijoter gentiment et je l'ai posé sur une plaque de secours, car la cafelière, si elle a une légère tendance à mettre tous ses oeufs dans le même panier, est malgré tout prudente face à l'électronique et avait vaguement prévu le coup. N'empêche que ces deux feux inopérants, ça m'énervait un brin.
Le recours suivant, c'est internet bien sûr. Je suis donc tombée sur la rubrique "induction" sur Wikipedia, je cite :
"À la différence de la déduction qui impose des propositions de départ non supposées vraies, l'induction se propose de chercher des lois générales à partir de l'observation de faits particuliers, sur une base probabiliste.
L'idée de départ de l'induction était que la répétition d'un phénomène en augmente la probabilité de le voir se reproduire. C'est là proprement la façon dont réagit le cerveau chez le chien de Pavlov par exemple. L'accumulation de faits concordants et l'absence de contre-exemples permet ensuite d'augmenter le niveau de plausibilité de la loi jusqu'au moment où on choisit par simplification de la considérer comme une quasi certitude : ainsi en est-il du deuxième principe de la thermodynamique. En aucun cas, cependant, on n'atteindra la certitude, tout contre exemple étant susceptible de remettre immédiatement cette "loi" en cause."
Ah.
Voyons si on peut paraphraser pour y voir plus clair, voulez-vous ?
"À la différence de la déduction qui impose des propositions de départ non supposées vraies" : mettons que cette phrase est vraie, j'en déduis que le nombre de mes neurones s'est singulièrement rétréci depuis quelques années.
"l'induction se propose de chercher des lois générales à partir de l'observation de faits particuliers" : je constate que ces mots alignés ressemblent furieusement à une phrase et j'en tire la conclusion qu'à chaque fois que je verrai ces mots alignés, je serai face à une phrase...
"sur une base probabiliste" : ... ou pas. Ca dépend.
"L'idée de départ de l'induction était que la répétition d'un phénomène en augmente la probabilité de le voir se reproduire. C'est là proprement la façon dont réagit le cerveau chez le chien de Pavlov par exemple" : quand je fais du Caranut, j'oublie systématiquement la casserole sur le feu et les Carambars attachent au fond, encore ce matin, tiens. Le toutou que j'ai dans le cerveau s'y est tellement habitué qu'il sort le gratton à casseroles en même temps que les Carambars. Oui, là je comprends. Les bêtises prévisibles ne sont que la sédimentation d'une répétition névrotique, en gros, et plus je fais de bêtises plus je suis prête à croire que j'en fais.
"L'accumulation de faits concordants et l'absence de contre-exemples permet ensuite d'augmenter le niveau de plausibilité de la loi jusqu'au moment où on choisit par simplification de la considérer comme une quasi certitude : ainsi en est-il du deuxième principe de la thermodynamique" : dans le cas qui nous occupe, j'étais toute prête à croire, au vu des jours qui se sont succédés depuis l'arrivée au Café Clochette de cette toute belle cuisinière, qu'elle allait continuer à fonctionner jusqu'au bout du bout. Le principe de l'induction, cependant, a fait entrer le doute en mon esprit et je ne puis plus que la considérer d'un oeil suspicieux, la pauvre. Encore un coup du deuxième principe de la thermodynamique, ça, on ne s'en méfie jamais assez. L'irréversibilité du chaos au fond de ma cuisine, ça me fait prendre conscience qu'on est quand même pas grand-chose sur cette terre (ça et le fait que je manque un peu de sommeil, peut-être).
"En aucun cas, cependant, on n'atteindra la certitude, tout contre exemple étant susceptible de remettre immédiatement cette "loi" en cause" : ah voilà, si vous trouvez que nos législateurs font une boulette, il vous suffit de vous appuyer sur l'induction pour remettre en cause leurs textes, plus besoin de faire des pétitions ou de défiler dans la rue. Encore que ça ne soit pas forcément un exemple politique des plus convaincants pour les générations à venir : vous vous voyez dire à vos enfants "pas de certitude, mon enfant, quand tu auras fait de la philo et serré la pince à Aristote et ses copains, tu pourras contester l'ordre établi, en attendant range ta chambre !" ? Pas sûr que ça marche, je vous le dis.
En attendant, la probabilité que ma cuisinière remarche sans intervention extérieure est assez faible au regard des observations successives auxquelles je la soumets depuis hier.
Allo, Monsieur d'Arthy ? dites, si votre technicien ne parvient pas à dépanner ma cuisinière, est-ce que vous auriez une cuisinière à déduction, pour changer ?

samedi 12 décembre 2009

The Curse of the Ugly Meringue

Tous les restaurants, je suppose, ont leur plat maudit. Le truc qu'on s'acharne à mettre à la carte, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, la moins idiote étant que les clients aiment ça et la pire, peut-être, que ça a toujours été à la carte même si personne n'en prend jamais. Bon, au Café Clochette il n'y a pas de carte de toute façon, c'est une ardoise qui change tout le temps. Mais dans les petits gâteaux, il y a une certaine régularité, il y en a donc qui reviennent souvent. Les mantecaos ne sont jamais absents longtemps de mes fameuses boîtes, par exemple. Les croûtes à thé viennent cette semaine de faire un retour triomphal. Les sablés ont une location à l'année. Les macarons de Christine ne quittent jamais ces rivages. Et le gâteau noix de coco-caramel n'est pas près de disparaître.
Par contre, un truc qui risque de faire son concert d'adieu dans pas longtemps pour prendre une retraite bien méritée, c'est la meringue. On fera les choses bien, avec feu d'artifice, confettis, ballons à l'hélium et don d'une chaise longue pour les longues soirées d'été, mais nom d'une éponge des mers, je m'en vais l'envoyer se reposer à la campagne en deux temps trois mouvements si elle persiste à m'énerver, la meringue. A chaque fois, je retiens mon souffle quand je me retrouve avec une demi-douzaine de blancs d'oeufs. Aurai-je le cran de refaire des meringues ? parfois, non. Parfois, je fais des crrrrroustillants aux amandes, des amarettis, des rochers coco. Il m'arrive d'imaginer que je pourrais me faire un masque de beauté pour faire peur à mes chats.
Mais parfois, il me vient l'idée saugrenue de peser les blancs, de les mettre dans le bol de Prosper, de les fouetter, de les serrer avec le même poids de sucre en poudre puis d'ajouter encore la moitié de leur poids en sucre glace. Là, je tremble. Quel sera le souci ? un appareil trop liquide, qui s'étale sur la plaque, me grimpe sur les poignets, se fourre dans mes cheveux ? ça arrive, c'est très agaçant. Mais il y a aussi l'appareil parfait, qui va se poser en petits tas délicats sur la plaque, avec la petite houpette rigolote sur le dessus, et ne bougera pas quand je glisserai les plaques dans le four. Et c'est peut-être le plus inquiétant, parce que c'est à la cuisson que tout peut alors arriver. Malgré le truc infaillible de laisser la porte entrouverte à l'aide d'une cuillère en bois pour laisser s'échapper l'humidité, il arrive qu'on ait un résultat pitoyable. Les meringues qui gonflent, gonflent, gonflent, deviennent creuses à l'intérieur et qui explosent dès qu'on les touche. Celles qui deviennent dures comme de la pierre, avec une collerette de sucre fondu tout autour. Celles qui ont l'air tout à fait bien, mais qui retombent en 3 secondes à la sortie du four. Celles qui prennent une belle couleur dorée en 10 minutes puis refusent de cuire.
Et puis celles qui prennent des formes hideuses. Je jurerais que celles d'hier soir essayaient de me faire passer un message. Du genre "si tu persistes à gâcher du sucre en poudre dans des gâteaux au citron et au pavot, toua wouar ta tête à la récré". Ou "vive la betterave libre". Ou peut-être était-ce la plainte déchirante des amandes réduites en poudre sur l'autel du sacrifice rituel du brownie au chocolat. Je ne sais, mais ça m'a fichu un sacré bourdon.
Que celui ou celle qui ne s'est jamais senti menacé par sa production culinaire me lance la première louche à fruits. Ceux qui ont senti le regard lourd de menaces du résultat de leurs élans pâtissiers savent que c'est un grand moment de solitude au fond de nos cuisines.

mercredi 1 juillet 2009

ô Dulac

Reçu ce matin une lettre qui me met en joie - je crois. Elle émane d'un groupe sis aux Champs-Elysées parisiens, lequel groupe me dit-on fut fondé en 1973, et qui se dit "spécialiste en transmission d'entreprises et d'industries". Coordonnées sur demande, des fois que ça vous intéresse, ô fidèle lecteur. Ce courrier est personnel et confidentiel mais je me suis réunie et j'ai statué, dans le but de le partager avec vous quand même.

"Vous souhaitez céder votre affaire ? nous avons les repreneurs !
Madame,
Nous avons le plaisir de vous informer que l'un de nos clients pourrait être intéressé par l'acquisition d'une entreprise similaire à la vôtre :
Réf. : 553B Restauration de type rapide
Si notre offre vous intéresse, vous pouvez prendre directement contact avec le service de Monsieur O.DULAC, en précisant la référence ci-dessous pour identifier votre appel. Nous pourrons ainsi convenir d'un rendez-vous avec l'un de nos chargés de Mission, sans engagement de votre part et dans la discrétion la plus absolue, afin de nous entretenir de votre projet. Nos actions sont : Anonymes, Confidentielles et Discrètes.
Nos 36 années d'expérience et notre compétence sont au service de vos intérêts.
Par avance, merci de votre confiance.
Le service de Monsieur O.DULAC

Réf. B59 *************** 553B
NB : Nous vous précisons que notre groupe, fort de 36 années d'expérience, a traité plus de 6000 dossiers de Cession-acquisition au cours de ces douze derniers mois.
[] Pour ne plus recevoir ce message, merci de bien vouloir cocher la case et nous retourner le document."

Cher Monsieur O. Dulac,
Avant toute chose, permettez-moi de vous dire que vous avez un nom merveilleux, j'espère que je ne suis pas la première à vous le dire et qu'il éclaire vos jours comme il éclaira ma matinée entre une mise au four de poulet rôti et une expédition à la banque accompagnée d'un MiniLoup juché sur sa draisienne et peu enclin à s'arrêter devant les pigeons (plutôt dessus, s'il avait pu). La matinée ayant été chaude et tirant à présent sur l'orageux, je vous prie de croire que ce courant d'air frais dans mon quotidien fut une bénédiction, surtout qu'entre le poulet rôti et la course à la draisienne, la cafelière avait déjà pas mal souffert de la chaleur.
Ceci étant fait, je me permets d'ajouter que votre offre tombe à pic. Je ne sais si vous l'avez fait exprès ou si vous vous êtes contenté de donner pour instruction à votre secrétaire ou à votre stagiaire du moment d'éplucher les registres du commerce de notre bonne ville de Rennes (département Ille-et-Vilaine, par là-bas à l'Ouest, au bout des Champs en gros, puis un peu au sud), mais, sachez-le, votre offre me touche particulièrement à un moment ou, en effet, la question se pose.
Je ne peux pas vous promettre en toute honnêteté que prendre mon téléphone pour vous appeler sera mon premier geste, au cas où les banques me refusent dans les semaines qui viennent le prêt qui m'est indispensable pour ne pas mettre la clé sous la porte. Je pense, me connaissant un peu depuis le temps, que j'irai joindre mes larmes à l'averse du moment, quitte à m'en vouloir pour le reste de cette éternité et de la suivante d'avoir contribué à noyer les caves de mes voisins.
Par contre, je serai sûrement en mesure de venir vous voir ensuite, ayant réservé mes petites larmes bretonnes à la capitale de cette belle région, pour, bravant le métro parisien et les pigeons que rien n'étonne, même pas une draisienne domptée par un MiniLoup, vous expliquer pourquoi j'admire infiniment votre prose et en quoi je pense pouvoir vous être, à mon tour, utile.
L'objet de ma grande admiration, c'est la phrase qui ouvre votre missive à la cafelière adressée : "Nous avons le plaisir de vous informer que l'un de nos clients pourrait être intéressé par l'acquisition d'une entreprise similaire à la vôtre." J'explique.
"Nous avons le plaisir..." : ça fait toujours plaisir que quelqu'un ait plaisir à quelque chose qui vous concerne, ne serait-ce que vous adresser un courrier pas tellement fait pour vous faire rigoler, donc là, super, parfait, ne changez rien.
"de vous informer que..." : c'est la teneur du message, vous tenez à me communiquer une information.
"l'un de nos clients pourrait être intéressé" : très fort, parce que pour des restaurateurs aux abois en ces temps difficiles, savoir qu'un client, même si ce n'est pas le sien, est intéressé, ne manquera pas de lui faire plaisir, voire de lui redonner un espoir insensé car un commerçant vit d'espoir, d'eau fraîche, de l'air du temps et du bon vouloir des clients.
"par l'acquisition d'une entreprise" : là aussi, le commerçant qui n'est jamais totalement à l'abri d'un coup de fatigue trop insupportable pour être supporté, peut voir une issue à son problème du moment, en plus ça fait sérieux, dossier en carton gris retenu par un ruban tissé et tout et tout.
"similaire à la vôtre" : impeccable... car si ça se peut pour les autres, hein, pourquoi pas pour lui, se dit le commerçant.
Une lecture rapide tendra donc à redonner le sourire à notre commerçant et ça, c'est indubitablement toujours bon à prendre. Peut-être oubliera-t-il de lire ce que cette phrase signifie réellement, c'est-à-dire "nous avons des clients, ça leur arrive d'avoir envie d'acheter des trucs, rien n'est moins sûr, en plus c'est pas vous mais votre concurrence qui les intéresse alors si vous ne vous dépêchez pas ou si vous vendez trop cher ils risquent d'acheter ailleurs, enfin on veut quand même vous en faire profiter mais faut discuter et si vous êtes vraiment aux abois on pourra voir à vous donner un petit quelque chose pour vous dépanner quand on aura pris la peine de reprendre votre entreprise qui coule et dont personne ne veut, ben faut voir qu'en ce moment les restaurations de type rapide ça court les rues en plus", mais dame...
Alors vous pensez bien, mon cher Monsieur, que je ne vais pas cocher la case [], parce que vos actions Anonymes, Confidentielles et Discrètes m'épatent beaucoup et que j'espère bien que vous me tiendrez au courant de la suite.
Et puis j'allais vous proposer mes services pour me reconvertir dans l'écriture de lettres pour votre compte mais je m'aperçois que je viens de démontrer que vous le faites infiniment mieux que moi et surtout plus court. Alors si je dois me reconvertir, je pense que je me dirigerai plutôt vers le comptage des points de coccinelles.
Bien à vous, etc.
La cafelière du Café Clochette

samedi 23 mai 2009

Art vandale


Vous voyez ici un bel exemple d'art vandale, dans la période abrutis.
Je parle du bout d'enseigne que j'avais bricolé en attendant d'avoir le droit de repeindre cette satanée devanture et que des imbéciles que j'espère au moins heureux ont décroché dans la nuit et dépiauté joyeusement. Enfin j'espère au moins que c'était joyeux. S'ils étaient sinistres et malheureux ces imbéciles, ce serait vraiment perdu pour tout le monde.
Plus d'enseigne, donc si on me trouve, ce sera à la boussole et avec de la chance.
Je suis fatiguée, là.

mardi 19 mai 2009

Esperluette, je te plumerai

& le verbe fut... ainsi que le sujet et plein de compliments.
J'ai l'humeur fumeuse, pas de moquette ô non, mais embrumée, quoi. Pas nette. L'envie furieuse de mettre la clé sous la porte (encore que ça me mettrait sur le paillasson) et de retourner jouer à écrire des trucs à partir d'autres trucs pour parler, ou pas, de tas de machins sans grande importance. Au lieu, je veux dire, de faire des gâteaux et du poulet à l'étouffée et de la compta et remplir des Cerfaaaaaah et espérer ne pas couler dans les mois qui viennent. Bof. Pour l'instant, ça s'maintient. Mais le sujet de mon ire passagère, qui vous vaut ce verbiage intempestif dont vous me voyez rougir à vue d'oeil, c'est une nouvelle invention destinée à me simplifier la vie. Alors moi je dis : simplifiez-moi la vie, je vous en prie, surtout ne vous gênez pas, mais ne me le dites pas ! Je n'ai pas besoin de paperasse pour qu'on m'explique comment, pourquoi, par la grâce de qui et à qui s'adresser si ça ne marche pas. J'ai juste besoin de savoir à qui s'adresser quand ça ne marchera pas.
Il existait un dispositif destiné à simplifier les démarches des TPE (très petites entreprises), qui s'appelait le CETPE et qui marchait quand il voulait vu que les cases du formulaire informatique étaient chatouilleuses et qu'il lui arrivait d'oublier de calculer des trucs - m'enfin avec un chouette comptable comme Mister C., on arrivait à redresser deux-trois barres et s'en sortir quand même. Les couleurs du CETPE, c'étaient le vert et l'orange. Et puis voilà qu'on m'annonce qu'à compter d'avril de cette année, le Tese prend le relais du CETPE. Ses couleurs sont le vert et le violet et pour les adhérents, "aucune démarche n'est nécessaire". Mon centre (j'ai un centre ?) se chargera de toutes les modalités de transfert de mon dossier d'un dispositif à l'autre. On m'envoie des formulaires verts et violets pour remplacer les précédents que je n'utilisais déjà pas puisque je passais par internet, mais soit, et on m'annonce que ça me simplifie la vie. Alors là je dis, attention les bisons, ça va chauffer.
Ca sert à quoi de me le dire ?
Si c'est pour prévenir que attention, on veut me simplifier la vie mais que bon, faut s'attendre à ce que ça bugge un chouia quand même, je trouve ça limite pervers. Si c'est juste pour ajouter des paperasses inutiles à mes tas déjà conséquents, je trouve ça cruel. Et si c'est juste par habitude, et bin à mon avis, la loi de modernisation de l'économie qui est semble-t-il à l'origine de toute cette affaire, elle a de beaux jours devant elle. Vous voudrez bien peser toute l'ironie que je mets dans cette dernière phrase, je vous prie.
Pasque ça me chatouille à la fois les zigomatiques et l'agacement. Et qui c'est qui raconte ses agacements à pas d'heure et qui en oublie de refaire des petits gâteaux ? ben c'est bibi.
Mais j'ai un plan. Pour demain, je fais des petits sablés. Avec un glaçage joli tout plein. J'hésite juste entre le vert et orange ou le vert et violet.
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