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mercredi 10 novembre 2010

De la carte récalcitrante

Depuis que je travaille au Café, je m'émerveille toujours du menu spécifique que nous propose chaque jour. Tiens, aujourd'hui le menu était à la carte. Euh, plutôt la carte au menu.
Tout a commencé ce matin, par la recherche éperdue de la carte de Rennes pour situer la boutique, où se trouve la précieuse pièce de rechange de la machine à capuccino...
Mais impossible de remettre la main dessus! Suivi d'un appel bien légitime à propos des plats proposés dans notre restaurant. Euh, ben, ça dépend des jours, des produits frais et de saison trouvés, de l'inspiration, de l'essence dans le réservoir et la disponibilité du chef...Oui, mais samedi par exemple, qu'elle est la carte du jour ? Alors là, difficile de la présenter encore, quand on ne fait que des plats du jour... C'est la surprise ! La carte se dévoilera au plus tôt vendredi, au plus tard le jour même, mais toujours avec des plats sans gluten et des plats végétariens, autant que faire ce peu.
Je comprends bien que ce fonctionnement puisse être assez perturbant pour nos chers clients, habitués aux menus fixes d'un restaurant avec un seul plat du jour ou encore au menu de la semaine remanié au jour le jour, proposé il y a encore quelques mois...Mais nouvelle cuisinière , nouvelle façon de procéder.
Le restaurant vous invite à vous laisser surprendre davantage par ses saveurs du jour. C'est un peu comme les paniers de légumes des AMAP. On fait en fonction de ce que la nature nous offre ici et maintenant. Nouveau concept à développer?
Mais peut-être qu'un jour on se rangera un peu et que nous proposerons une carte saisonnière avec un plat du jour seulement...
Selon ce curieux principe de synchronicités, le capuccino devrait de nouveau être à la carte du service, juste le jour où j'aurai retrouvé la carte pour chercher la pièce de rechange à capuccino. Et oui, c'est comme ça. Nous aussi on se laisse surprendre par les événements et les choix des clients. Il y a les jours capuccino, les jours thé au gingembre ou tchaï, comme si les clients avaient décidé dans un consensus télépathique inconscient que c'était aujourd'hui le jour de telle boisson ou tel plat !
Et, si finalement c'était le client qui choisissait inconsciemment la carte du jour ?
Que les inconditionnels du capuccino ne s'inquiètent pour autant ! En attendant la fameuse pièce, leur douce boisson italienne s'élabore onctueusement à la main...

mercredi 8 septembre 2010

Tétées, thé, théo ; ou, comment l'esprit vient aux femmes

Tout a commencé par une naissance. Quand MiniLoup est né, je croyais avoir déjà pas mal roulé ma bosse ; je me suis aperçue qu'en fait, non. Il restait un continent à explorer, celui de la maternité, et il n'est pas sans ses déserts, ses montagnes escarpées, ses bêtes sauvages, ses traces de civilisation et ses mégapoles. Le traverser à toute vitesse est impossible. S'y perdre est fréquent. Mais l'explorer, c'est la plus belle aventure qui soit.
Vibrant aux grandes idées que se font les mamans novices, j'avais des tas d'idées sur la question. Elles se sont très vite envolées. Il en est resté l'essentiel, la certitude que ce petit bonhomme dont la survie au quotidien ne dépendait que de moi avait un monde à m'apprendre (je crois qu'une large proportion des billets de ce blog en fournit la preuve éclatante). Alors quelques années plus tard, je n'allais pas laisser passer l'occasion de laisser entrer chez moi des nuées de petits professeurs en body et culottes courtes. Voilà comment, de maman, je suis devenue cafelière et écolière.
Il se trouve que le chemin ne s'arrêtait pas là, contre toute attente. Il y a deux jours, on m'a confié les clés de ma chambre d'étudiante où j'aurai le plus grand mal à caser ma bibliothèque et à courir un sprint, mais qui a l'immense avantage d'être au calme et à vingt secondes pedibus de la salle de cours la plus lointaine. Lundi prochain, ayez une pensée pour moi, j'aborderai aux rivages de la langue hébraïque et j'espère ne pas y échouer. Pourquoi tout reprendre à zéro, me direz-vous. C'est une bonne question. Mais il se trouve que je ne pourrais y répondre qu'en vous racontant des histoires - vous me direz, vous avez l'habitude, depuis le temps que je vous cause. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il paraîtrait que quand on cherche, on trouve, et que j'ai bien l'intention de chercher. Un paramètre que mon MiniLoup à moi a l'air d'avoir pris en compte, jugez-en plutôt.
- Maman, maman, il est où, Dieu ?
- Euh... pas facile, comme question. Voyons... peut-être qu'on pourrait éventuellement dire qu'il est là où on a confiance ?
- ...
- ...
- Dis, maman, ton école, là ?
- Oui ?
- C'est pour parler de Dieu, non ?
- Oui, en quelque sorte.
- Ah. Et ben je crois il faut que t'y retournes, hein, paske peut-être t'as pas tout bien compris.
Et paf, recalée la maman. Je viens de vivre l'angoisse du premier examen.

lundi 23 août 2010

Rien ne va plus

Les cartes sont sur la table, la roulette est lancée et les dés sont jetés. Et maintenant, qu'est-ce qui se passe ?
Quand un prêtre corpulent fait l'éloge de ceux qui passent par la porte étroite, qui croire ? Cette question fait partie de celles que je rapporte de ce voyage estival en compagnie d'un petit bonhomme amateur de jardinage et de châteaux de sable et fasciné par le dragon de Saint-Georges. Nous avons visité un certain nombre d'édifices religieux et, coïncidence sans doute, à chaque fois nous y avons rencontré ce pauvre dragon en train d'être occis à dextre et à senestre par ce monsieur. Je me suis toujours demandé sur quel genre d'animal il avait dû s'entraîner avant - un genre de tortue, à mon avis. Dans le Berry, Mini-Loup a appris à tenir un chien fou-fou en laisse et à reconnaître un cep de vigne et une chèvre et à arroser les fleurs. Dans la Loire, il a posé des tas de questions sur les chevaliers et pourquoi ils construisaient leur château dans l'eau ("tu crois que c'est pour attraper des poissons dans la cave, dis, maman ?"). Sur la côte, il a voulu savoir si les mouettes du Gois se réunissaient pour discuter de l'heure de la marée. De retour à Rennes, il a combiné gratouillis à Clochette et réinvestissement de son épée intergalactique. A l'heure où je vous écris, il est quelque part dans la maison en train de parler aux chats de son voyage, lesquels chats s'efforcent de préserver, sans grand espoir, leur tranquillité relative gagnée en dix jours de vacances. A moins qu'ils ne contemplent ébahis le loupinet en plein démontage de fer à repasser en panne. Et moi, je m'interroge. Et maintenant, qu'est-ce qui se passe ?
Cette semaine, dernière semaine de vacances pour la plupart de nos enfants, va être agitée au Café Clochette, entre le retour au boulot de l'équipe habituelle et l'organisation de la période à venir. Car en septembre, c'est décidé, je mets les voiles. Ce qui ne va pas sans poser un certain nombre de problèmes logistiques, ne serait-ce que régler le délicat problème de l'ouverture du Café Clochette lorsque sa cafelière en titre est à quelque sept cent kilomètres et des poussières. Il y a aussi le problème récurrent de la compta qui s'entasse et des coups de fil urgents à passer à la banque, aux fournisseurs et à ces messieurs-dames du RSI qui n'ont pas l'air d'être en vacances, eux. Et qui me rajoutent par leur dernier courrier du pain sur la planche (à repasser).
Comme, n'en doutons pas, les prochains jours vont être riches en événements, on va voir, mes amis, ce qu'on va voir. Et après ça, il n'y aura plus qu'à y aller.

dimanche 15 août 2010

En fait

- Bon, mon loup, demain on part en vacances, d'accord ?
- Ouaaaaais ! on va faire du camping ?
- Oui, on met toutes les affaires dans la voiture et on tape la route.
- Pourquoi on tape la route, elle est pas plate ?
- Euh... si. Bon, tu vas faire ton sac ?
- Ouaiiiiiis ! je prends que des petites voitures ou des chaussettes aussi ?
Dans la nuit, la cafelière commence à ressentir une douleur localisée au niveau de son appendice nasal, côté gauche, et se dit que zut, elle aura l'air malin avec un petit bouton sur le bout du nez, en camping. En fait de petit bouton, c'est le nez en aubergine qu'elle se réveille le lendemain matin. Le docteur quelques heures plus tard : "oh le joli cas d'hérésie-pèle !" C'est un rigolo, le docteur. Résultat, on ne part pas.
- Bon, mon loup, on part demain, d'accord ?
- Si ton nez il est redevenu rose, tu veux dire ?
- Mouis, en gros c'est ce que je veux dire.
- Mais pourquoi tu peux pas conduire avec le nez rouge ?
- Euh... j't'expliquerai plus tard, ok ?
Le lendemain, MiniLoup est victime d'une foudroyante attaque d'eczéma qui le prend en traître et nous oblige à reporter le voyage.
- Bon, mon loup...
- Ouais, je sais. J'enlève quoi du sac, les chaussettes ou les petites voitures ?
Le lendemain, on se lève prudemment, on se rend au garage à pas feutrés, aucune catastrophe en vue, on met vite les sacs dans la voiture et on paaaaart !
- T'as vu mon loup, on a réussi à partir aujourd'hui !
- Oui maman, mais elle est où la tente ?
- Elle est... Ah oui.
On est retournés chercher la tente. Résultat des courses, on arrive chez la Mouette à pas d'heure, mais c'est les vacances, youpi ! Bon, je manque m'ouvrir la tête en heurtant du nez une poutre en béton dans le garage, mais c'est les vacances, youpi, et puis côté couleur on ne voit pas trop la différence de toute façon. Stéphanie-la-mouette nous reçoit comme des cocottes en patate avec sa cuisine délicieuse et en plus, ce soir, il y a des pestacles dans la ville et des lumières partout et c'est beau et c'est une belle ballade. Il y a un même un dragon qui crache du feu avant de se faire dézinguer par un ardent chevalier et qui fait "presque pas peur" au petit loup.
Le lendemain, une nouvelle ballade dans la vieille ville et nous ne nous décidons pas à partir, du coup on reste, on discute, et on se raconte nos péripéties respectives. Quand on revient à la voiture, sous une pluie assez humidifiante ma foi, tiens c'est curieux, pourquoi les phares sont allumés, et tout pâles ? Tiens oui.
Panne de batterie. La mouette sait se servir des câbles et le papa de MiniLoup est prévoyant, il y en a dans mon coffre. J'ai donc appris à me servir des câbles de boost, par contre la voiture a décidé que partir en vacances sans lui changer sa batterie, ça ne se faisait pas. Elle refuse de redémarrer. MiniLoup dans son siège à l'arrière commente les tentatives. "Maman, pourquoi la bactérie elle veut pas repartir ?" Sûrement parce que je déborde d'antibiotiques, je ne vois que ça.
Allo l'assurance ? allo le réparateur ? ah bravo le réparateur ! ah elle ne tiendra pas la batterie ?... ah, il faut aller à N*raut* ? tiens ? route de Tours ? ah bon, d'accord. C'est sans compter avec mon sens de l'orientation un rien défaillant, mais entre la lecture de la mousse sur les arbres et la navigation aux étoiles, après avoir retenu ma respiration à tous les feux rouges à écouter le moteur avec inquiétude, je finis par trouver un N*oraut* qui accepte, contre une somme que je comptais hélas consacrer à quelques nuits sous la tente, de me changer la batterie de Madame Titine. MiniLoup dort benoîtement à l'arrière. Il se réveillera deux cent kilomètres plus loin, sous une pluie battante, quand un gendarme muni d'un bâton lumineux requérera l'arrêt de Madame Titine. Les papiers ? oui bien sûr... ah non tiens, c'est le papa de MiniLoup qui les a. Mais j'ai des câbles de démarrage, si vous voulez... Et bien croyez-le ou non, entre mon nez en aubergine, mon fiston sur le siège arrière, la pluie battante et l'histoire de la batterie, le gendarme il a dû se dire que ça faisait assez pour la journée et on est repartis avec un "allez, courage ma ptite dame, vous y êtes presque dans le Berry !"
Oui, on y était presque. Enfin avec mon sens de l'orientation, tout ça, et bien je me suis perdue sur les petites routes et on s'est retrouvés dans un chemin creux entre vignes. Au moment où un cri de désespoir s'échappait de ma poitrine comprimée par le destin, du haut d'une colline, on a vu éclater sur le côteau d'en face un feu d'artifice, dites donc. Alors on s'est arrêtés, MiniLoup, Madame Titine et moi, et on a regardé le feu d'artifice. Et c'était beau.
Quand on est repartis, une petite voix flûtée à l'arrière a fait : "ben c'était pas si compliqué en fait". Si c'est pas une belle leçon de vie, ça, je sais pas ce que c'est.

vendredi 6 août 2010

Aïe have a faïe

Les fidèles lecteurs de ce blog connaissent ma faille secrète. Mon talon d'Achille. Mon miroir de Narcisse. L'allumette de Néron. Euh... non. Enfin bref. Je disais donc que j'avais une faille et que certains d'entre vous par ici la connaissent. C'est une faille très ennuyeuse pour qui se targue de travailler dans une cuisine professionnelle, pleine de couteaux très coupants, de mandolines perfides et d'éclats de porcelaine périodiques. C'est une faille encore plus ennuyeuse pour quelqu'un dont le manque de sommeil se traduit par une... une... zut, comment on dit déjà ? ah oui, une, euh... une distraction euh... abyssale. Et une maladresse subséquente et malencontreuse.
Alors voilà : ces derniers temps, l'insomnie a retrouvé le chemin de mon lit et ne me quitte plus guère, du coup je suis un brin épuisée malgré les siestes en compagnie de MiniLoup (et de son épée intergalactique qui ne le quitte plus, elle non plus) et j'ai une certaine tendance à ne pas regarder ce que je fais quand je fais autre chose que m'occuper les mains en cuisine. Y compris quand je coupe, à l'aide de mon merveilleux nouveau couteau japonais acquis en début de semaine en compagnie de MiniLoup, de son épée et d'un presse-citron que le mominet avait absolument tenu à emmener en virée, des patates pour la purée au romarin pour le parmentier de canard confit de samedi. Et zifff, une belle coupure bien nette sur le pouce de la cafelière.
Qui, comme l'implique sa fameuse faille dont je ne cesse de vous causer, s'est évanouie avec élégance une fois le pouce pansé (hihi, c'est rigolo, le pouce pansé). Bloum. Comme ça. C'est ballot quand même. Heureusement que Aude était là pour prendre la relève du service de thés et pâtisseries diverses et pour finir de découper les patates, y ajouter le romarin et mettre le tout à frissonner sur un coin de feu. Et que Christine a retrouvé dans son cellier une paire de gants de ménage qui va me permettre de ménager mes névroses en protégeant mon pansement sur le bout de mon doigt où se trouve la coupure. Aïe.
Enfin le bon côté des choses, c'est qu'au moins, au Café Clochette, ça ne choquera personne si je me balade avec au bout du doigt une poupée...

dimanche 18 juillet 2010

Marketing ting ting

Samedi matin, à l'heure où blanchiss... euh non, le soleil était déjà haut quand nous avons mené nos pas vers le marché des Lices en bonnes petites camarades férues de marketing direct (que mes amis à l'âme révolutionnaire considèrent en toute amitié que je leur tire une langue virtuelle et patronale, c'est comme ça, parfois il faut savoir assumer les divergences d'opinion au risque de se faire interdire de petit blanc au comptoir quand on a passé la ligne de l'exploitation des masses - pour les autres, qu'ils me pardonnent ces privautés) avec dans l'idée de "faire de la pub".
Il y a déjà bien longtemps, dans les temps obscurs qui suivirent immédiatement l'ouverture du Café Clochette, une jeune amie de mon MiniLoup qui l'avait connu haut comme ça avait distribué des flyers sur le marché et depuis, ça faisait quand même un an que je me disais qu'il faudrait peut-être remettre ça. Histoire d'aider un peu le bouche à oreille (que d'aucuns appellent, il me semble, marketing viral, beurk). Histoire qu'on nous connaisse, quoi. Histoire que les gens qui passent devant tous les jours finissent par se dire que tiens oui, ils ont entendu parler de cet endroit quelque part, un jour. Enfin bref, on s'est dirigées, on s'est plantées pas du côté de l'escalier des chats, vu que l'escalier pour les poussettes ce n'est pas très indiqué, mais plutôt vers le marchand de ballons, vous voyez, un peu plus bas que le marchand de pommes et en face du marchand de journal. Oui, de journal : le samedi matin, sur le marché des Lices, il ne se vend qu'un journal, LE journal, Ouesteuh-France bien sûr.
Quoique - ce matin, ce n'était pas exact, un grand monsieur à l'air sympathique tenait à bout de bras "La décroissance", le journal de la joie de vivre, vendu 2€ et disponible sur abonnement, ou le samedi matin au bout du bras du monsieur. On a échangé des sourires. Et Aude et moi avons dégainé nos gobelets. Pourquoi des gobelets ? parce que les flyers, ça se jette par terre et que nous avons l'esprit recyclable. Enfin je veux dire, que nous tenons aux petits gestes écolos. Enfin bref. Nos gobelets (ceux-ci, pour vous les remettre en mémoire) sont du même genre que ceux qu'on prête sur les sites de concerts contre une consigne symbolique et qu'on peut soit rapporter, soit garder en souvenir. Nous, on les donnait. Enfin on essayait de les donner.
Vu que c'était du marketing, on ciblait, vous pensez bien. La vue d'une poussette à l'horizon éveillait notre atavisme de... non - notre enthousias... non - notre regard pétilllant... ouais, peut-être. Enfin on se dirigeait, gobelet tendu, vers la petite famille groupée autour et dans la poussette. "Bonjour, est-ce que je peux vous offrir un gobelet du Café Clochette, un restaurant pour les familles un peu plus loin dans la rue de Dinan ?"
Souvent, on n'arrivait même pas au bout de la phrase, un signe poli de la tête ou un "non merci" plus ferme suffisait à nous arrêter avec un "tant pis, bonne journée !". Parfois, quelqu'un nous interpellait pour savoir de quoi ça retournait cette histoire de clochette. Parfois, on passait sans nous regarder. Curieuse sensation, de se voir dans les autres quand on réalise qu'on fait la même chose, pour échapper aux sondeurs par exemple, pour ne pas être embêté dans la rue par des inconnus. C'est pas super confortable, comme position, d'être celui qui donne le truc. Mes amis à l'âme révolutionnaire me voient démasquée : j'ai peu tracté dans ma longue vie. A part mon petit frère sur son tricycle.
Pour finir, on a distribué quelques dizaines de gobelets, taillé une bavette avec des amis qui passaient et puis on est allées déposer les autres chez Gabriel, le marchand de journaux du bas des Lices (oui journaux, lui, il les a tous) et à Saint-Germain des Lys, le caviste qui nous fournit notre cher Pic Saint-Loup. Et on est rentrées pour se retrouver plongées dans le tourbillon d'un service très plein, avec des enfants partout, des adultes très sages et gourmands dont l'oeil s'allume au spectacle du fondant dans leur assiette.
Quand le tourbillon s'est apaisé, qu'on a eu fini de remplir le troisième lave-vaisselle de la journée et qu'on s'est assises avec de quoi manger à notre tour, on s'est demandées si on n'avait pas joué à l'apprenti sorcier, celui qui a multiplié les balais pour remplir sa baignoire et ne sait plus comment s'en sortir... Voilà c'est ça : notre technique, là, c'est du marketing-balai.
Je vais de ce pas déposer le concept.

vendredi 9 juillet 2010

Indigestion

Il arrive que trop de bonnes choses tuent les bonnes choses, et là je ne parle pas de ma vie privée, notez bien, mais de ma marotte, le magazine des CHR de mon coeur, que je me plais habituellement à éplucher et découper en petites rondelles toutes fines avant de les faire revenir au beurre avec une touche de safran, pour la bonne bouche et votre plus grand plaisir. (Si ça vous ennuie que je raconte n'importe quoi, vous êtes en droit de me le dire. Mais avec ménagement, je vous prie, j'ai les nerfs fragiles ces derniers temps.)
Donc, le magazine, là, je me suis plongée dedans dans le but avoué de vous en tirer un petit billet rigolo. Je commençais déjà à pouffer dès l'édito, enfin un peu jaune parce qu'il exposait les démêlés d'un confrère avec une administration et ça m'a rappelé des choses. Cet édito acide, intitulé "Noires ou blanches", n'est pas consacré à la musicologie, mais à la mésaventure d'un célèbre restaurateur. Citations : "dans les instances internationales, les représentants français, dont la suffisance est légendaire, n'hésitent pas à expliquer aux peuplades inférieures, c'est-à-dire au reste de la planète, que nous avons la meilleure administration du monde [...]. Nous avons un très beau cas dont seule notre vénérée bureaucratie est capable : le strict et admirable contrôle que les inspecteurs de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes exercent sur les cartes des restaurants. [Cette mésaventure] illustre les excès d'une administration que l'on croyait délivrée du syndrome de l'infraction permanente. Le seul commentaire qui vient à l'esprit du citoyen contribuable s'inspire du simple bon sens : faut-il mobiliser un tribunal correctionnel (celui d'Albi) pour qu'il se prononce sur l'épouvantable question de l'appellation de "truffé" attribuée à un plat dont l'élément cryptogamique, la truffe en l'occurence, était blanche et non pas noire ?" En effet, la question se pose. Je n'ai pas suivi les derniers développements de cette affaire, mais elle semble avoir suffisamment affecté le restaurateur en question pour qu'il se dise écoeuré et ferme son établissement en attendant d'y voir plus clair. Le plat dont il était question, c'était une "Poitrine de veau farcie et truffée, braisée en cocotte, lard paysan et noix de cajou". Hélas, la truffe en question, bien que bien de chez nous, n'était que blanche, donc. Pourtant, ça avait l'air bon.
Le reste du magazine était consacré au Michelin 2010 et à ses stars. Tiens, par exemple, page 20, le chef de l'Auberge du Vieux Puits, qui vient de décrocher sa troisième étoile, affirme que sa "cuisine est comme un rhinocéros en ballerines". Il aurait peut-être suffi au premier restaurateur de mettre des ballerines à son veau, non ? Sinon, il y avait l'exemple du chef du Sa.Qua.Na à Honfleur, qui vient de recevoir sa deuxième étoile et qui nous propose une recette de "Homard poché au citron vert, feuilles de livèche et coriandre, un bouillon clair à la noix de coco et huile de combava" qui, personnellement, me fait rêver. Encore que j'aimerais être sûre que le citron est bien vert, on ne sait jamais. Un autre chef, de Courchevel, a choisi pour son restaurant des assiettes qui se retournent pour pouvoir les utiliser au dessert, parce qu'il faisait ça quand il était petit. Tiens, moi aussi. Ah, souvenirs. J'ai dû m'égarer cependant en chemin, parce que lui vient d'obtenir ses deux étoiles et nous évoque sa "cuisine vive qui vient de ses artères". Un autre, de Val-Thorens, me plaît bien parce que non content d'avoir gagné récemment sa deuxième étoile, il a un petit garçon de 18 mois et qu'il fait la cuisine pour toute la crèche. "Je fais une cuisine de coeur et ne rate aucun service, dit-il. Je serre la main de mes clients. A l'Oxalys, on ne vient pas manger ma cuisine, on vient manger mon âme." Je suis sûre qu'elle est blanche comme neige.
Quelques pages plus loin, j'aime bien le tout jeune chef de l'Ambrosia, qui dit avoir pleuré d'émotion quand son nouveau four est arrivé dans sa cuisine et qui se dit possédé par le virus de la cuisine gastronomique après avoir commencé en cuisine tout en bas de l'échelle. Son "Agneau en déclinaison cuisiné aux épices marocaines, avec une semoule, des pois chiches en pulpe, un jus de harissa et une écume de merguez" m'a bien l'air, en effet, d'un "couscous version XXIe siècle".
Voilà des gens étonnants. Quelque chose, tout de même, m'a l'air bien curieux. Si les pages de gauche du magazine sont consacrées à tous ces gens épatants (et je n'en cite que quelques-uns parce qu'au bout d'un moment, toutes ces recettes et tous ces beaux visages sous leurs toques blanches, ça fait un peu beaucoup), les pages de droite sont consacrées à des publicités accompagnées de photos magnifiques. Davigel, crème brûlée précuite en brique UHT, Debic qui fait des crèmes toutes prêtes en bouteille, de la mousse au chocolat et de la chantilly en bombe, préparation pour tiramisu, Pasta Presto (un concept qui permet de servir 81 combinaisons différentes de pâtes et de sauces en moins de 3 minutes), la KebaBox, "le kit malin pour booster vos ventes", les cuisinés pour bagels, paninis et pâtes, Bonduelle et Kellogg's - quelque chose me dit que l'adéquation entre le lectorat et les valeureux sujets des articles n'est pas parfaite. Il y a les aristocrates, et les autres - ceux qui auraient sûrement rêvé de jouer dans la cour des grands, eux aussi. Ceux qui seront peut-être plus intéressés par la pub de Valtero qui vante "la qualité au gramme près, la gestion au centime près" que par la recette de "Foie gras frais de canard de Chalosse en chaud-froid, morilles et asperges vertes", qui nous est offerte par un autodidacte modeste. Là comme ailleurs, il y a ceux qui réussiront à faire s'épanouir leur créativité, et ceux qui besogneront pour rester en course au quotidien en faisant une croix sur le grand art culinaire.
Encore que la réalité, là comme ailleurs, soit sans doute plus nuancée et qu'entre le blanc et le noir il n'y ait toute une gamme de gris plus ou moins souris...

jeudi 8 juillet 2010

La guerre des pistoles

Les pistoles sont des petits disques de chocolat de 2g chacun ; c'est la forme la plus pratique de chocolat lorsqu'il s'agit de le faire fondre sans sortir un grand couteau pour hacher une plaque de 5kg. Malheureusement, tous les habitants du Café Clochette, à l'exception notable des petits poissons, qui sont trop loin sans doute de la cuisine pour les avoir jamais remarquées, en sont fous. Limite raides dingues.
Les chats, tous les trois, trouvent très rigolotes ces petites balles plates et d'une taille idéale pour les pousser sous les meubles du bout de la patte, après leur avoir fait traverser toute la pièce façon palet de hockey. Il est inexact de dire que les félins n'ont pas l'esprit d'équipe, donnez-leur une pistole pour trois et ils le démontreront avec brio. Si vous leur donnez une pistole chacun, ils se feront des passes. Pour peu que ce soient des pistoles de chocolat blanc, qui ne se voient pas bien sur le sol jaune poussin du Café, ils feront exprès d'en laisser une au milieu du passage, pour que votre pied la rencontre par inadvertance et l'envoie lui-même sous le lit des bébés. Ils vous regarderont alors, l'air complètement outragé, et passeront le reste de la journée à essayer d'appâter leur jouet en lui tendant la patte, un bout de chiffon ou tout ce qu'ils trouveront dans le vain espoir de la faire sortir de là où, dans votre grande perversité, vous l'aurez fourré tout seul. Si c'est du chocolat noir, ils l'enverront valdinguer du premier coup sous un tapis où vous ne retrouvez qu'un petit tas à moitié fondu le jour où vous ferez le ménage en grand.
MiniLoup aime le chocolat, point. Sous toutes ses formes et toutes ses couleurs. Il est capable de faire le siège du lit des bébés en compagnie des chats et de leur apporter une aide matérielle non négligeable pour extirper la pistole de sa cachette. Et se verra conséquemment lancer trois regards noirs quand il y aura réussi, au moment précis où il aura fourré les deux grammes de friandise dans sa bouche après l'avoir époussetée soigneusement.
Moi, je trouve simplement que le chocolat sous cette forme, c'est bien pratique. Notamment pour goûter les ingrédients avant de les mélanger. Quoi ? deux grammes de plus ou de moins, ça ne va quand même pas faire foirer ma recette, si ?
Ayant chacun nos raisons pour aimer ces petites choses qui ressemblent à des boutons, certains jours, c'est la guerre. Il suffit que le son du carton des pistoles de chocolat blanc tiré de son coin sous le comptoir arrive aux oreilles de l'une ou de l'autre des parties en présence pour que son frémissement de joie attire toutes les autres. Il peut alors arriver que nous nous battions, avec nos armes respectives. Les chats miaulent à en fendre le coeur des amoureux des animaux, puis se battent entre eux dans l'espoir de créer une diversion propre à permettre à une patte leste de récupérer l'objet de leur fixation, si possible en plusieurs exemplaires pour aller faire un foot. MiniLoup s'approche l'air innocent et propose de m'aider à faire un gâteau. Et je soulève la boîte au-dessus de ma tête pour mettre hors de portée de tous ces envieux la base de mon gâteau du jour. A leur grande joie, il arrive que ce faisant, la boîte s'ouvre brutalement et m'arrose d'une pluie chocolatée aux gouttes de deux grammes pièce.
C'est sans doute une des raisons pour lesquelles, au Café Clochette, le jeu de backgammon prend une dimension tout à fait intéressante et totalement imprévue au regard des règles canoniques de ce jeu fascinant : on peut y manger les pièces. C'est ce qui s'appelle intéresser la partie, j'imagine.

mardi 6 juillet 2010

Colloque singulier

Plusieurs choses étaient à l'ordre du jour de notre réunion, à Mister C. et à moi. Il s'agissait, déjà, de faire le point sur l'activité. Ca s'appelle un bilan comptable, en termes adéquats. Ce fut donc fait hier après-midi, sur la terrasse, en compagnie d'une Clochette déchaînée et d'un MiniLoup accro à Tom et Jerry. Faire la lecture d'un bilan comptable en se levant toutes les 7 minutes pour aller mettre un nouvel épisode et/ou pour empêcher l'animal de se fourrer dans le sac des classeurs à levier, dans la manche de la veste de Mister C. ou dans le grillage du lierre, c'est pour le moins sportif. Essayer de se souvenir, deux ans après, où peut bien se balader la facture intermédiaire des travaux de la cabane des jouets, et pourquoi il y a un écart de 13 centimes entre le devis original et la facture finale, ça l'est aussi. Quant au mystère du montant des cotisations dues au RSI, vous qui suivez ce blog depuis longtemps savez qu'on n'a jamais vraiment réussi à le résoudre. Il fut aussi évoqué des impôts fonciers, du pro-rata, des intérêts dus et des congés payés.
Tiens, d'ailleurs, puisqu'on parle de congés payés. Ca vous dit quelque chose, le Tese ? je ne vous en voudrai pas si ça ne vous dit rien, moi-même je m'efforce de l'oublier entre deux déclarations mensuelles. M'enfin si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, c'est par ici (clic) et par là (clic). Donc, le Tese, sis à Lyon pour ce qui est des CHR (établissements relevant de la catégorie des hotels, cafés et restaurants, pour les distraits), a un site internet dont je suis sûre que quelqu'un est très fier pour l'avoir créé et porté sur les fonts baptismaux. Fierté dont je ne sais si elle est totalement légitime, entre nous soit dit. Disons que ce site est pourvu d'un certain nombre de cases, dont l'organisation et le remplissage apparaissent au presque néophyte parfaitement aléatoire et/ou impossible. Le calcul des congés payés se fait via une case nommée, non pas "congés payés", mais "indemnités". Et pour finir, une fois qu'on a réussi à plus ou moins forcer les cases à recevoir la déclaration qu'il fallait absolument faire pour ne pas être en infraction avec la législation en vigueur, pouf, le site plante. On s'est demandé hier si on avait fait sauter tout le système sur le territoire national ou si c'était juste temporaire et limité au périmètre intérieur d'un Café Clochette tout résonnant des hurlements de frustration d'un MiniLoup privé pendant quelques dizaines de minutes de Tom et Jerry pour cause de machine impossible à partager, toujours est-il que l'accès est toujours impossible et que la fenêtre principale m'affirme que mon numéro de Siret n'existe pas, le sagouin. Encore n'est-il pas totalement impossible dans cet espace-temps-là que la déréliction du Tese ait abouti, par des voies qui m'échappent, à la disparition de ma petite entreprise.
Allez savoir. Enfin quand je dis que la gestion d'entreprise, ce n'est vraiment pas pour moi, on n'est pas très loin de la vérité. J'ai juste appris que la vérité, en matière de gestion d'entreprise, est une donnée très largement surfaite quand elle touche à vos propres capacités à faire face à l'adversité. Avec un co-pilote de la trempe de Mister C., dont la phrase favorite est "ah, c'est un problème... mais ne vous inquiétez pas", on passe au travers des gouttes.
Pour ceux qui s'inquièteraient de l'issue de notre lecture du bilan comptable, je vous rassure : le Café Clochette n'est pas sur le point de disparaître corps et âme. On ne peut pas dire que ce soit tout à fait florissant, m'enfin au bout de 18 mois on est encore là, ce n'est pas si mal, et sans perspective immédiate de devoir priver les chats de croquettes pour payer l'électricité. Mettons que l'année prochaine sera critique, mais en ce moment, il y a tellement d'entreprises pour lesquelles l'an prochain sera critique que le Café Clochette n'est somme toute qu'une petite entreprise tout à fait ordinaire. Enfin, si on considère que l'ordinaire, c'est un chat qui se faufile dans la manche du comptable occupé à batailler avec des cases plus ou moins vides pendant que le fils de la patronne hypnotise l'ordinateur.

samedi 3 juillet 2010

Hope springs eternal

C'est bien connu, la contrainte est mère de créativité. Ah si, ah si, c'est connu, je vous assure. Du temps de ma jeunesse, j'ai habité près de la Campagne à Paris, dans le 20e arrondissement, et il se chuchotait dans les arrière-cours que la forme de la petite rue qui en faisait le tour, une sorte de e minuscule, était cause de l'éviction de cette même lettre du fameux roman de Pérec, La disparition. Il faut dire que, selon la rumeur, la maman de Pérec aurait habité dans le coin (encore que dans un e, je ne vois pas très bien où se cache le coin ; un E, encore, ou un M, je veux bien, mais un e manuscrit, non). Peut-être cela prouve-t-il que parfois, le génie des grands écrivains ne se niche pas dans le giron, mais simplement dans la rue où habite leur maman*.
Tout ça pour dire que se profile à l'horizon du Café Clochette une grande aventure comme seules peuvent en vivre des cafelières en chef et adjointe passablement engourdies par l'inaction et prêtes à toutes les aventures au fond de leur cuisine, même les plus absurdes à première vue. Le grand chantier à venir, c'est de vider le placard de l'épicerie sèche. J'en vois frémir une de l'autre côté de son écran, parce qu'elle l'a fréquenté et s'en souvient encore. Oui, la mouette, nous nous attaquons au Placard. Armées de toute l'espérance que recouvrent deux grands fronts innocents (et plein de tâches de rousseur, quant au mien), nous allons aligner dans les jours qui viennent les boîtes de conserve, pots de miel et autres petits packs de crème UHT. Il doit y avoir également, dans mon souvenir, une bouteille de ketchup, du sucre en roche venu tout droit de chez Bélasie et que certaines petites filles de ma connaissance aiment à croquer au moment du thé, une ou deux boîtes de sardines de la Belle-Iloise pour ma consommation personnelle, des graines d'alfalfa à faire germer, et sans doute les dix boîtes de fécule de maïs que je ramène périodiquement des courses hebdomadaires, persuadée que je suis qu'il n'en reste pas assez pour la prochaine fournée de sablés sans gluten, alors que si bien sûr. Ah, et quelques boîtes de thon et autres olives ramenées d'Espagne et que je garde par nostalgie. Ce que je ne sais pas, c'est s'il reste de cet excellent pesto dégoté dans un coin secret l'an dernier, ni quel fut le sort de mon précieux bocal de griottes au sirop.
Quant aux citrons confits rescapés du dernier poulet aux olives et au citron, il me faut absolument m'assurer de leur nombre exact avant que de racheter innocemment du poulet et des citrons sans soupçonner que la pénurie m'attend à la maison sur le front des citrons confits. Rien de pire que de prévoir une recette et de se retrouver le bec dans l'eau au retour des courses. Si : oublier l'ingrédient principal sur le chariot au magasin. Ca peut arriver.
Ensuite, une fois poussé des "oh" et des "ah" au spectacle des denrées retrouvées, il s'agira d'utiliser la montagne hétéroclite que nous aurons entreposée sur un des plans de travail en inox de la cuisine. La contrainte, c'est d'utiliser un maximum du contenu des placards sans y adjoindre d'ingrédients supplémentaires. Vous voulez jouer ? si je vous propose du maïs en boîte, de la tapenade, une boîte de soupe de poissons cancalaise, des câpres au vinaigre et un sachet de préparation bio pour flan au chocolat (acheté en perspective d'une recette de gâteau miracle sur laquelle je n'ai jamais pu remettre la main), ça vous donne des idées ?
Si oui, faites-moi signe... vous avez droit à toutes les voyelles que vous voulez pour ce faire, mais si ça vous tente version lipogramme, surtout ne vous gênez pas.

* et qui porte aujourd'hui le nom du fiston.

mercredi 19 mai 2010

Un sage appel aussi

- Allo, bonjour, je pourrais parler au responsable s'il-vous-plaît ?
- Oui, c'est moi.
- Ah bon ? ah, alors bonjour.
- Bonjour.
- Ici monsieur ***** des Pages Jaunes. On vous a déjà appelée je suppose ?
- Ah non, je ne crois pas non.
- Tiens, curieux. On appelle tout le monde, vous comprenez. Enfin en tout cas, on m'a confié quelques dossiers et on m'a chargé de vous appeler.
- Oui ?
- Parce que vous comprenez, chaque année on s'assure que tout est en ordre, hein. Parce que sinon, après les gens ils nous disent qu'on les a pas appelés, et que c'est une catastrophe parce qu'ils ont changé d'adresse, tout ça.
- Oui ?
- Alors je vous appelle.
- Oui, je vois.
- Vous n'avez pas changé d'adresse ?
- Non.
- Et le nom, c'est bien Café Clochette ? c'est un bar, c'est ça ?
- Non, c'est un restaurant.
- Ah, vous êtes sûre ?
- Euh... oui.
- Ah, parce que moi quand j'entends Café Clochette, je pense tout de suite que c'est un bar. C'est une brasserie, alors ?
- Non, un restaurant.
- Ah, et votre mari il s'appelle Peter, c'est ça ? hinhinhin.
- Euh, dites, puisqu'on en parle, ici c'est un restaurant et il est 11h15 et les choses se précipitent un peu, là, alors si on pouvait accélérer la manoeuvre ?
- Hum, oui, bon, d'accord. Alors le nom c'est Café Clochette c'est un restaurant (c'est sûr hein ?), vous n'avez pas de spécialité (non ?), ce n'est pas un restaurant ouvrier (si ?), on peut venir le week-end et le soir (hein ?) et voilà.
- Euh... oui.
- Ah bon, alors envoir madame Clochette. Bonjour à Peter, hein ! hinhinhin.

mardi 18 mai 2010

Vers de sages appels manqués

Un petit matin, le téléphone portable de la cafelière se met à sonner. Il est beaucoup trop tôt pour que ça la réjouisse franchement, mais elle n'a qu'à s'en prendre à elle-même, vu que c'est elle qui lui a demandé de la réveiller, alors elle ne l'écrase d'un coup de poing rageur qu'à contre-coeur et en retenant ses forces. Las ! avant même que sa main ne s'abatte, la bestiole électronique s'étrangle, tousse puis se tait. V'là aut' chose. Impossible d'ignorer plus longtemps la vérité : il est à bout de forces, pauvre petit. Ca fait quelques années qu'il prend des photos, passe à la cafelière la voix douce de multiples administrations et lui permet de joindre dans l'urgence divers banquiers, comptables, artisans et autres fournisseurs. Elle avait fini par croire, sûrement, qu'il faisait définitivement partie du tableau du Café Clochette. Mais c'était sans compter avec la déliquescence des choses. Voilà, il est mourru, comme dirait MiniLoup qui ne s'explique toujours pas avec certitude la raison de la disparition des dinosaures, tout empêtré qu'il est dans ses trois zypotèses.
Ce n'est pas la première fois qu'on a à déplorer une perte au Café Clochette ; Prosper avait déjà rendu les armes devant l'amplitude de la tâche, il y a quelques mois, mais un miracle était arrivé et il était revenu, un peu essoufflé mais prêt à épauler son nouveau collègue Tancrède pour mixer, mouliner et râper à tours de moulin au fond de la cuisine. Cette fois-ci, dit la dame du magasin à la cafelière, je crains que ça ne soit définitive, comme mourritude. Enfin elle dit plutôt, l'air mi-désolé mi-gourmand, "ah ben il est foutu, là, hein. Vous avez des points ?"
Comme la cafelière, après vérification, a des points, elle repart avec dans ses poches crevées ses poings, fermés l'un sur le petit corps sans vie de son ancien téléphone et l'autre sur la boîte contenant le nouveau. Il s'agit désormais de se présenter et... ah ! c'est l'aventure qui commence. Comme toujours. La nouveauté, ce n'est pas que ça la rebute la cafelière, c'est juste que... c'est pas comme d'habitude, quoi. Dont acte. On rentre au Café Clochette le palpitant papillonnant, on s'assoit, on se fait un déca, on pêche la notice dans la boîte, on sort avec précaution la nouvelle bestiole et on fait connaissance.
- Bzzz. Bonjour. Veuillez entrer votre code PIN.
- Ouais, salut. Mon quoi ? (feuilletage effréné du papelard) Ah voilà. Tic-tic-tic-tic. Enter.
- Blllllouuubzz.
- Quoi ?
- Clic.
- Oh ?
- Bzzzzzz. Bonjour !!!
- Ah, euh, rebonjour. Bon, maintenant on fait quoi ? Ah tiens, il faut que j'appelle Mister C., là. Euh... Abracadabra, bottes de sept lieues, petit génie, appelle-moi Mister C., stoplé.
- ...
- Et ben ? il est où, le numéro de Mister C. ? ben zut alors ! plus de Mister C. !
- ...
- Je vois. Il y a de la résistance à la marche du progrès, par ici. Quand je pense que je viens de te tirer de l'obscurité pour t'introduire au monde palpitant du petit commerce, c'est petit. Petit petit petit.

Trois heures plus tard, j'avais entassé sur mon bureau quelques tas de vieilles paperasses pour récupérer les traces aléatoires, sur papier, de tout un tas de numéros de téléphone qui avaient rendu l'âme en même temps que mon précédent téléphone. Je suis en train d'écluser le tas, mais ça me ralentit un chouia sur la production culinaire. Si vous n'avez pas demain de quoi vous mettre un deuxième dessert au chocolat sous la dent, plaignez-vous à un certain Bell Alexander Graham, dont l'invention a sans doute fait beaucoup pour l'humanité, mais pas grand-chose pour la tranquillité d'esprit de la cafelière. Il fallait que ce soit dit.

vendredi 9 avril 2010

Un centre qui bouge et quelques périphéries

L'homme aux semelles qui grincent était un homme aux semelles de vent. Poussé par le zéphyr, il part du côté du Costa Rica ; et il m'emmène dans sa sacoche. Il doit se dire qu'une cafelière ça sert à tout et que ça peut peut-être tenir le nord dans la canopée, au cas où nous nous y égarions. Pauvre homme, je n'ai pas osé lui avouer que du temps estudiantin où je hantai Paris, je fus persuadée pendant de longs mois que le Centre Pompidou était monté sur roulettes, tant il semblait n'être jamais au même endroit. Ca promet.
Fiction ou réalité ? cher lecteur, seul l'avenir nous le dira.
En attendant, deux annonces importantes : samedi midi, le Café Clochette sera complet, ne venez pas ou vous risquez de vous casser le nez... Par contre, ce soir vendredi et samedi soir, c'est possible de venir dîner, sur réservation. Veuillez noter également qu'il y a un brunch dimanche à partir de 13h, sur réservation, et qu'il reste quelques places. J'ai prévu une petite terrine de saumon aux baies roses, un cake salé avec plein de bonnes choses dedans, des viennoiseries, du gâteau, et un autre truc auquel j'ai pensé tout à l'heure et qui, nom d'un éléphanteau des steppes angevines, m'échappe tout à coup. C'est sûr, je vais en rêver cette nuit. Auquel cas je reviens vous en parler, bien sûr, vous pensez.
Enfin, je vous prie de bien vouloir noter que ce vendredi est J-8 pour Christine, qui va quitter les rivages joyeux du Café Clochette pour des vacances bien méritées et d'autres horizons. Donc, si mes calculs sont bons, vendredi de la semaine prochaine, ce sera son dernier jour. Alors réservez votre vendredi midi, mes amis, nous fêterons dignement son départ. A vous tous qui l'avez appréciée, venez le lui dire...

jeudi 25 mars 2010

Aqua Sasserre, la boisson de l'été

Une entreprise n'est pas une fin en soi. Le Café Clochette n'existe que parce qu'il remplit des fonctions précises, et d'autres moins précises mais tout aussi essentielles, pas parce qu'il existe un numéro de Siret quelque part ou quelques arbres en moins à cause des Cerfas remplis pour garantir son existence première.
Il existe parce que c'était un rêve et que les rêves, ça fait vivre.
Il existe parce qu'une entreprise est censée créer de la valeur ajoutée et que dans l'idée de départ, ladite valeur aurait dû me permettre de conserver un toit à peu près étanche au-dessus de ma tête. Les finesses de la gestion d'entreprise sont supposées garantir cet état de fait (ou de faîte, en l'occurence).
Il existe parce que c'est le lieu où il se passe des choses concrètes : des gens viennent, mangent, rigolent, allaitent des bébés, lisent des histoires à des plus grands, se consultent, se disputent le dernier gâteau de l'assiette ou se font des amabilités pour le céder à leur voisin, viennent chercher le dernier gratuit à destination des jeunes parents ou bouquiner un des livres de la bibliothèque, enfin ils viennent vivre des choses normales dans un lieu qu'ils ont l'air de trouver sympa. Donc, ça vit.
Il existe parce que mes chats s'ennuieraient sinon.
Il existe pour que j'aie des choses à raconter ici.
Il existe pour les gens qui le font vivre. Une entreprise emploie des gens, c'est comme ça. Moi je mange à l'oeil, déjà, je vous ferais dire, et MiniLoup aussi. Et il est en pleine croissance, en plus. Et Isabelle, Christine, Aude depuis la semaine dernière (bienvenue, Aude, c'est un plaisir de t'avoir ici !), quelqu'un d'autre très bientôt, en ont tiré ou en tirent ou en tireront un (petit) salaire. Et une occupation, un emploi du temps, une visibilité sociale qu'on n'a pas quand on n'a pas un emploi, aussi modeste soit-il. Ca ne change pas la face du monde, mais j'en suis un petit peu fière quand même.
Il existe pour la part qu'il prend au contrat social. Tous les Cerfas que je remplis, ça permet à des tas de gens d'avoir une occupation, qui leur garantit un salaire, qui fait vivre d'autres gens et leur permet d'aller au cinéma. Donc Georges Clooney, c'est un peu grâce à moi qu'il... euh, non peut-être pas. M'enfin bon. C'est pas faute d'essayer. Et puis les sous que je reverse à la collectivité servent à créer des places de parking et vous avouerez qu'il n'y a rien de plus grand sous ce soleil qu'une place de parking pile devant la gare quand on cherche à se garer devant la gare. Non ?
Il existe parce que sinon il faudrait l'inventer et je vous jure que rien que d'y repenser, ça me fatigue. Ce qui est paradoxal, c'est que je suis en train de trépigner à attendre le moment où je pourrai inventer autre chose.
Il existe pour les surprises et même pour les grincements, de dents ou autres, pour les choses arrivées et les choses rêvées, les choses réussies et les choses ratées. Et puis il existe pour ne pas que je m'ennuie, parce qu'une cafelière qui s'ennuie, c'est terrible. Genre dragon, je crois me souvenir, mais ça n'est pas arrivé depuis un moment, somme toute.
Enfin, il existe parce qu'un jour où je conduisais tranquille sur une petite route de Bretagne, un MiniLoup tout mini dans sa coque à l'arrière et un soleil d'hiver rasant la campagne, je me suis dit, "tiens, ce serait bien si on pouvait faire un truc pour les enfants". Et qu'au lieu de rentrer direct, j'ai laissé MiniLoup finir sa sieste voiturée et que j'ai imaginé comment ça serait, ce lieu hypothétique. Donc si le Café Clochette existe, c'est parce que MiniLoup n'acceptait de faire la sieste qu'en voiture, ce qui tend à démontrer que les enfants n'ont jamais de problèmes de sommeil, juste des parents qui ne savent pas tirer profit des accidents du destin.
Ceci dit, les enfants, si vous laissez vos parents dormir de temps en temps, ils n'oublient pas les céréales dans le lait du matin et d'après MiniLoup, c'est un prérequis pour une bonne entente familiale, je vous livre cette petite sagesse enfantine pour ce qu'elle vaut.

(Mes titres n'existent que pour me faire rigoler. Je réalise pleinement que je suis sans doute la seule à m'en amuser et je prie mon aimable lectorat de bien vouloir me passer cette innocente et somme toute bien aimable manie. Ca pourrait être pire. Croyez-moi, ça pourrait.)

dimanche 24 janvier 2010

Le choc des civilisations et quelques agacements


Vendredi, j'ai lâchement déserté les lieux pour aller parler de gratuité à des collégiens. Je sais, une commerçante qui parle de gratuité, c'est un peu paradoxal, mais ce n'est peut-être pas si hasardeux. En tout cas, ça doit être épuisant d'être enseignant de nos jours : pour être sûre de garder leur attention, je me suis efforcée, toutes les minutes trente environ, de les faire rire, ou d'écrire un mot clé au tableau, ou de leur poser une question. Tout développement supérieur à deux minutes se perdait dans des yeux un peu vagues ; bon, c'était vendredi, ils avaient sûrement hâte d'être en week-end... Toujours est-il que j'ai passé une après-midi fort instructive (eux je ne sais pas, mais je crois quand même) et ceci bien que l'affaire se soit mal engagée.
J'avais passé la matinée à courir dans tous les sens pour que tout soit en place en cuisine le plus tôt possible. Finir le ménage, courir chercher le pain et les légumes, faire la purée et la mettre au four pour la faire gratiner, fignoler le moelleux aux céréales, laver la salade, écrire les ardoises, vérifier l'état des sanitaires, répondre au téléphone, mettre sur le feu le rougail du jour avec oignons, tomates et thym, enfin tout, quoi. Mais vite. En essayant toutes les dix minutes d'écraser ce fichu épi qui était apparu dans mes cheveux au cours de la nuit et qui résistait à tout. Heureusement, à midi c'étaient des gens charmants qui étaient là et comme on se connaissait bien, on a pu prendre les choses légèrement. Vers le milieu du service, j'ai laissé Christine campée solidement au milieu de la cuisine, une cuillère en silicone à la main en train de dompter le rougail saucisse et j'ai déguerpi.
Enfin j'aurais déguerpi si j'avais pu sortir ma voiture du garage. Chose rendue impossible par la présence d'une voiture, warnings allumés. Mais pas de numéro de téléphone. C'est idiot, mais ce que j'ai trouvé de plus irritant, c'est les warnings allumés. J'ai trépigné, grinchonurlé de frustration et appelé la fourrière qui m'a promis une demi-heure d'attente, le véhicule idoine étant appelé à d'autres enlèvements dans l'intérim. Rouge de colère, j'ai appuyé sur tous les boutons de tous les interphones du coin. Des buzz se sont déclenchés pour me laisser entrer dans les immeubles, ce qui ne m'intéressait pas le moins du monde, quelques têtes sont sorties des fenêtres et plusieurs voix rageuses m'ont enguirlandée copieusement, sans doute en raison d'une sieste interrompue (d'ailleurs j'ai la vague impression qu'un monsieur n'avait pas remis ses dents pour m'interpeler de la sorte).
Au fin fond de la colère, je suis allée questionner les clients du restaurant d'Hélène, saluer Jean-Marie du Papier Timbré qui déjeunait tranquille sans se douter de rien (et n'était pas l'auteur du forfait, heureusement) et Jean-Paul de Presol qui se substantait itou, et suis repartie bredouille trépigner derechef devant mon garage toujours obstrué. Nom d'un pétard. Bougre d'imbécile. Crapule intersidérale. Des ptits jeunes m'attendent, là, quoi !
J'ai fini par aller sonner chez le voisin qui, la dernière fois, m'avait promis-juré qu'il ne se garerait plus jamais devant mon garage. Quand même, ça ne pouvait pas être lui, cette fois ?
Cinq minutes plus tard, je quittais enfin les rivages heureux de mon garage joli, après avoir rappelé la fourrière pour prévenir que l'incident était clos.
Le soir, rebelote pour rentrer dans mon garage.
Ensuite, c'est mon restaurant qu'un couple a choisi pour un dîner de rupture. Je ne sais pas quelle est l'étiquette en pareil cas, mais vous vous voyez, vous, interrompre deux jeunes gens en pleurs pour leur dire que désolée, là il est onze heures, il faudrait peut-être songer à plier bagage ? moi, non. J'ai passé le reste de la soirée dans la cuisine à faire des gâteaux avec Tancrède.
Mon épi et moi, on est allé se coucher fort tard et fort épuisés de toutes ces émotions. Ya des jours, comme ça. Et pourtant, ce qui me reste à l'esprit, c'est le sentiment d'avoir plongé dans la vie du dehors avec délices et d'avoir réussi, un peu, à transmettre quelque chose d'important. Allez comprendre.

lundi 4 janvier 2010

Peter Pan a froid mais la clochette sonne

C'est la rentrée. Je ne sais pas vous, mais ici il fait froid, à en avoir les papattes toutes raides. Comme le petit oiseau qui, avachi au milieu de la route ce matin, était tellement roide et hypnotisé par les phares qu'il n'a pas bougé d'une plume. Il s'est juste mis à piailler de mécontentement quand un monsieur, qui arrivait en face et s'est arrêté aussi, l'a pris dans sa grande poigne. J'espère qu'il se sera réchauffé entre de bonnes mains. Comme dirait MiniLoup, c'est sûrement qu'il ne trouvait plus sa maison.
Ce soir, sur la poignée de la porte d'entrée du Café Clochette, il y avait un petit paquet et dedans, une clochette pour la porte d'entrée... Si c'est pas l'oeuvre et le clin d'oeil de quelqu'un de drôlement gentil qui, en plus, lit le blog du Café Clochette, je ne sais pas ce que c'est ! Merci, quelqu'un, on a fixé la clochette et ça tintinabulle comme ça doit, comme une petite fée, quoi.
Entre ces deux moments, ce fut une de ces journées un peu étranges et hors du temps, où rien de ce que j'avais prévu ne s'est passé. J'ai croisé par le plus grand des hasards un couple de gens des plus extraordinaires et à qui j'avais offert, justement, si c'est pas du hasard, un jeu du taquin pour leur petit Noël. On a parlé du vide et du poids des morts, de chemins qui bifurquent et de la fac de Montpellier, de cinéma et de dimanches ensemble. Un peu plus tard, les mains dans la farine, je soupirais en me disant que les vacances, quand même... c'est court, quand, au moment précis où j'ajoutais le pavot à la pâte au citron, Prosper s'est mis à fumer furieusement et à tousser comme un chat qui a avalé une boule de poils. Il a l'air bien fatigué, ce soir, Prosper. Il faut dire que ça fait un an qu'il turbine sec et enchaîne les pâtes à gâteau et l'appareil à meringues, il y a de quoi lasser les plus braves. Je crois qu'il va falloir que je lui offre une retraite paisible en limitant ses interventions au fondant au chocolat. Et encore, si j'étais vraiment attentive à sa petite santé, je monterais les oeufs et le sucre à la main. J'ai comme l'impression que la fine équipe s'essouffle, là. Allez les troupes, il faut se reprendre, dans deux jours, comme dirait MiniLoup, "quand y a des enfants au Café Clochette c'est que c'est mercredi, hein maman ?", et le mercredi, il faut être sur le pont et opérationnel et tout ça.
J'étais remontée comme une pendulette prête à passer l'été à l'alpage à l'idée de reprendre le collier mercredi et puis ça a fait - euh - pfffft. Quand je suis arrivée devant le garage pour prendre la voiture et aller chercher MiniLoup à l'heure des mamans, comme promis, il y avait une voiture garée devant le garage. Et personne en vue, le trousseau à la main. J'ai vu rouge. C'est que ça commence à sérieusement me porter sur le bourichon cette habitude que d'aucuns ont prise de se garer devant mon garage, m'empêchant de sortir ou, le cas échéant, de rentrer. J'ai bien essayé de coller une petite pancarte sur la porte avec "attention, une voiture habite dans ce garage", on me l'a arrachée. Trois fois. Alors je suis allée prendre le bus en fulminant, pour retrouver un MiniLoup tout marri qui mâchonnait son cookie au chocolat blanc sans gluten mais avec un air de reproche. La pendulette ronchon est remontée dans le bus en compagnie d'un loupinet grognon et pour se remettre les esprits à l'endroit, on a pris le métro pour rentrer du bus, ça nous a remis de bonne humeur. Ensuite, on a fait du bricolage, de la pâte à modeler, du découpage et des rutagagas. Il n'aime pas ça MiniLoup les rutagagas, mais il aime les éplucher.
Ce soir, je ne sais pas trop pourquoi, on est un peu fatigués. C'est la rentrée.

mercredi 9 décembre 2009

Boulons sanglots des violons de l'hiver

Visite chez Mister C., pour serrer quelques boulons de chiffres.
- Ah, vous avez toujours des soucis avec le RSI ? tiens... je m'en vais les appeler, on verra bien.
Mister C. a courtoisement tiré les vers du nez de l'ordinateur qui communiquait avec la dame au bout du fil et à eux trois, ils ont débrouillé ma situation. Si j'ai bien tout compris, il va falloir que je pense systématiquement à mettre de côté environ un tiers des sous que je pourrai un jour me verser, pour les appels de cotisations. En termes laïcs, si je prends 100 euros pour ma pomme sur le compte de l'entreprise (si, si, j'ai le droit, c'est même un peu le but de la manoeuvre), 60 seront pour moi, 30 pour l'ensemble des assurés sociaux et pour la gestion des organismes qui gèrent tout ça, et 10 pour les alouettes (enfin je crois que quelques détails m'échappent encore).
Bon, j'ai fait un gros chèque, pris note de la distribution à venir et je m'apprêtais à passer à autre chose (une nouvelle recette, en fait) quand Mister C. m'a dit :
- Et pour vos cotisations vous en êtes où ?
- Euh... on vient pas de s'en occuper là ?
- Ah non, enfin oui, mais c'était pour vous, vous avez bien une employée ?
- Ah oui, oui bien sûr. Et bien ça va, je passe par le Tese et c'est moins dur que d'en écrire une. De thèse. Ahem. Enfin oui, ça va.
- Je peux jeter un oeil ?
- Oui bien sûr.
Ahem. En fait ça n'allait pas si fort que ça. Il ressort de la conversation que Mister C. a eue avec un monsieur du Tese et l'ordinateur connecté au monsieur que j'ai oublié de cocher une case quelque part, que j'ai oublié de déduire des repas et que j'aurais dû faire un avenant à un moment ou à un autre. Enfin, comme a dit le monsieur à Mister C., "vous savez, le Tese c'est très bien mais il faut bien connaître les subtilités du droit social pour ne pas faire de bêtises avec." Ca nous a bien fait rigoler, Mister C. et moi, parce que le Tese se présente comme le sésame des petites entreprises en matière de gestion des salaires, vu que c'est simple à remplir. Enfin c'est simple à remplir mais c'est encore plus simple de faire des bêtises en le remplissant, quoi.
Résultat des courses, il va falloir que je serre quelques boulons et ça me saoule d'avance. C'est pas cette semaine que je vais admirer la fossette de Josh, tiens.
Enfin pour le reste, d'après Mister C., tant que le chiffre d'affaires tend vers le prévisionnel, ça va. Donc un jour, non seulement le Café Clochette existera toujours, mais en plus je pourrai en vivre, si c'est pas formidable ! Si, c'est formidable. Si vous n'avez pas suivi les péripéties jusqu'à présent, c'est-à-dire depuis un an et demi maintenant, vous ne pouvez même pas deviner à quel point c'est formidable. Et pour la Mouette, qui se bat en ce moment pour obtenir un financement, c'est du formidable encore irréel. Accroche-toi, la Mouette... ce n'est pas la fin de la bataille.
Foi d'affiliée au RSI, au Tese et à tout un tas d'autres machins.

samedi 5 décembre 2009

L'ingrédient magique

C'est un peu compliqué la vie d'une cafelière et le temps qu'il se passe des trucs chouettes à vous raconter, il s'est déjà passé des tas d'autres trucs chouettes que je ne trouve toujours pas le temps de vous raconter...
Hier, il y a eu la visite de trois étudiants qui font des études en économie sociale et solidaire et qui voulaient discuter le bout de gras à propos de restaurants sans gluten, ce fut un moment des plus sympathiques. Et puis hier soir c'était plein, et encore ce midi, et encore ce soir, et l'épaisseur du temps transforme les petits instants magiques : la course des canards en bois, les tout-petits qui ont faim, les grandes qui engloutissent leur crème au chocolat.
J'ai découvert qu'en ajoutant un ingrédient secret dans une recette ordinaire, j'arrive à créer un truc incroyable, dont on sait qu'on connaît le goût mais personne n'arrive à mettre le doigt dessus, et ça m'amuse beaucoup de faire des trucs comme ça. Il en faut peu pour m'amuser, remarquez. Comme la truffe de mon chat ce matin en découvrant Croco sous la couette, il a commencé par faire son air égaré, puis il a bondi tout droit sur ses pattes et il a filé en courant. Ces derniers temps, il est un peu nerveux. Allez savoir pourquoi.
Je me suis retrouvée ce soir à marcher dans les rues avec des gens, des vrais gens, dans le froid, sous les lumières de Noël. A force d'être attachée à mes fourneaux au fin fond de ma cuisine, je savoure chaque seconde passée dans le monde extérieur...
Je m'amuse d'être "la dame", la dame du Café Clochette : "on va demander à la dame si tu peux avoir une crêpe" et hop, la dame amène la crêpe...
Quand la salle est pleine et bourdonne et que je commence à être peut-être un peu lasse, je me réconforte en me disant que tout à l'heure, quand le ménage serait fait et les derniers gâteaux cuits, je pourrai boire à petites gorgées ravies mon verre de Pic Saint-Loup en admirant la fossette de Josh Lyman. Non mais quelle fossette quand même.
Ca fait plus d'un an que j'essaie de mettre le doigt sur l'ingrédient magique qui fait fonctionner tout ça. Parfais j'ai l'impression d'avoir trouvé et c'est effectivement quelque chose qui manquerait si ça n'était pas là, mais ce n'est pas encore le truc magique. Le grain de sel. Voilà, c'est ça : ce qui fait marcher tout ça, c'est le grain de sel.
Et je vous jure qu'il faut en avoir un, de grain, pour vivre ça au quotidien !

lundi 23 novembre 2009

Année deuxième, prologue

En ce jour tout gris tout bof, je viens pourtant de rigoler ferme et comme la journée n'est pas finie, je pense que les chats vont encore me regarder de travers. Déjà qu'hier soir ils m'ont ostensiblement fait la truffe parce que je les avais lâchement abandonnés pendant trois jours... eh oh, les matous, je ne vous ai pas abandonnés d'abord, je vous avais assuré le vivre et le couvert en laissant les clés à la mouette ! et si l'image d'une mouette qui nourrit trois chats ne vous réjouit pas, là tout de suite, je ne sais pas ce qu'il vous faut.
Deux raisons à mon hilarité : d'abord, le dessin chaleureux de l'auteur de Hippolyte et Jérémie qui me chatouille régulièrement les zygomatiques, ici (clic), parce que sous l'austérité et la froidure apparentes se cache un sens de l'humour des plus délicats. Et puis une série de conversations qui m'a rappelé les temps joyeux des démarches en tout genre, il y a un an : à la suite d'une malencontreuse chute vaisselière, voilà la plaque de ma cuisinière high-tech toute amochée. Bon, c'est pas grave, mais il faut la changer et comme je suis un peu prise par le temps rapport à des gens affamés qui devraient venir mercredi midi et les jours suivants et un anniversaire jeudi soir (vous n'aviez pas oublié quand même ?), il faut que je débusque un nouvel appareil ou fasse réparer celui-ci aujourd'hui.
Premier appel, le magasin : "ah non, la garantie c'est pas nous, c'est le constructeur."
Puis le constructeur : "ah non, il faut voir avec le magasin, et puis la réparation c'est pas nous, c'est le réparateur."
Le réparateur : "ya pas de garantie pour ça, ma pauv' dame, et puis la pièce elle est indisponible chez mon fournisseur, ça peut prendre trois jours comme cinq semaines ou jamais."
L'assureur : "ah, alors pour ouvrir le dossier il faut une déclaration, et un fax du réparateur, et il faut garder l'appareil pour l'expertise, mais ne vous inquiétez pas, on va trouver une solution."
Et ben en plus non, je ne m'inquiète pas. Je ne sais par quelle étrange alchimie, cette péripétie me semble toute naturelle en cette semaine d'anniversaire. Comme s'il était naturel de se rappeler que ce n'est pas une entreprise ordinaire, qu'elle s'est construite sur des péripéties et des hasards et des rencontres et des accidents du destin qui faisaient entrer l'inconnu dans l'attendu ; comme un clin d'oeil du destin (ou de ce à quoi vous croyez, je ne suis pas sectaire) pour entamer cette nouvelle année d'existence du Café Clochette. Vous voyez ce que je veux dire ? pas sûr, je ne comprends pas trop moi-même...
Bref, je suis rentrée sur un nuage de mon week-end à l'écart de toute contingence clochettesque et je savoure mon retour comme le départ pour l'aventure d'une deuxième année aussi improbable et riche que la première.
En rentrant, j'ai imaginé la mouette dans ces murs, en train de réaliser dans la cuisine ces plats qui n'avaient jamais été concoctés ici, et j'ai regretté qu'on n'ait pas passé plus de temps ensemble à travailler. Mais c'est bien comme ça, elle a des tas de choses à faire, la mouette. Déjà, retrouver l'espoir que son rêve à elle prenne forme dans la réalité. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis sûre que ce sera le cas et que dans pas longtemps, je viendrai vous annoncer que ça y est, elle va ouvrir ! il y a cette ténacité qui l'anime, l'intelligence de ses mains au travail, la chaleur de son sourire, son talent pour deviner ce qui plaira aux convives, tout ça va bientôt lui être bien utile dans son restaurant. Allez la mouette, hop hop, courage, c'est pour bientôt, là tout de suite !
Merci à toi d'avoir été présente et bravo d'y avoir aussi bien trouvé ta place. Merci pour les recettes et les discussions. Merci aussi d'avoir pris soin de mes trois terreurs pendant mon absence.
Bon vent et belle mer, la mouette, et à très bientôt.

jeudi 19 novembre 2009

Mouette en chef

Devinez où est Timirrou au moment où je vous parle ? Il est sous le plancher, mais cette fois de la courette...
Depuis quelques jours, aux moments où je ne me ronge pas les sangs à propos d'un matou en goguette dans les murs ou les planchers, on a beaucoup travaillé au Café Clochette, pensez, une mouette en chef est arrivée et on n'a pas arrêté ! Il semble que tout le monde s'en trouve bien, les clients se jettent (poliment, hein, quand même) sur les plats qu'elle a concoctés pour nous, elle a l'air dans la cuisine comme un poisson dans l'eau (et j'arrête là la métaphore animalière parce que ça va devenir compliqué), Christine partage ses secrets et moi... ben moi je me repose. Ce midi, je me sentais même carrément superflue devant les fourneaux, c'est extraordinaire ! et vraiment très reposant.
Bon, j'aimerais bien que mon chat sorte de dessous le plancher avant que je parte... mais je partirai l'esprit tranquille, et moi qui ai eu un aperçu de la carte pour les trois jours à venir, je peux vous dire que vous pouvez venir l'esprit tranquille déguster des bonnes choses. Il paraît que si tout le monde est très sage, on pourra avoir une recette ou deux...
Et ce soir, on se dévergonde. On va chez Hic et Ha. Eh eh. Alors la suite, mes amis, je vous raconterai plus tard !
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