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mercredi 24 mars 2010

Chute de rien

... ou comment tomber de haut sans se faire très mal.
Plage en perspective oblige, je hante les devantures de magasins qui vendent des maillots de bain. Il est douteux que je me décide à rentrer, la tête des vendeuses en général et de celle du magasin d'aujourd'hui en particulier me faisant ressentir des picotements dans tout le kilo superflu que j'ai dans le coin (et il n'est pas impossible que j'aie plusieurs coins). Rue du Maréchal Joffre, tout droit puis à gauche du temple, tout à l'heure, j'aimais bien le petit maillot bleu à 185 euros (pièce, pour une seule pièce d'ailleurs) mais, comment dire, non. Dans l'idéal, ce qu'il me faudrait, c'est un costume de bain de la Belle Epoque, en gros. Plus la cabine qui va avec, tirée par un cheval sur la plage pour ces dames. J'aime aussi le look des joueuses de tennis chez Jacques Tati, mais je n'ai jamais su tenir une raquette, je risquerais d'éborgner les daurades qui croisent au large. Sinon, il y a l'option Inuit, avec la peau de phoque en trois épaisseurs qui dissimuleraient la mienne, mais même en Bretagne, au mois d'août, je vais détonner.
- Maman ?
- Hum ?
- Pourquoi tu dessines des triangles avec des pattes et une tête ?
- C'est pas des triangles mon loup, c'est des maillots de bain avec des naïades dedans.
- Pourquoi tu dessines des noyades dans des maillots de bain ?
- Pour qu'un jour, sur cette terre, un être humain ait eu l'occasion de dire ce que tu viens de dire.
- Ah ?
- Oui.
- Je comprends rien, mais moi je crois tu devrais plutôt dessiner des ganceterres dans ton maillot de bain. Et pis des tronçonneuses, et pis un dinosaure aussi. Et pis comme ça, personne nous embêtera sur la plage, si tu mets tout ça dans ton maillot de bain.

lundi 25 janvier 2010

The Man With the Squeaky Shoes

De temps en temps, un monsieur entre et demande des petits gâteaux. Ce n'est guère étonnant : j'en vends. Personnage un peu étrange, plutôt bel homme, cheveux grisonnants, il a pour particularité principale d'avoir des chaussures qui grincent sur le lino du Café Clochette. C'est toujours à l'oreille que je le reconnais, avant même de lever le nez de mes touches - car il a pour autre particularité d'arriver systématiquement pendant que je rédige un billet de blog. Pourquoi, mystère. En général, il entre et fonce vers moi, nous nous saluons avec la plus grande urbanité et il contemple le chaos ambiant. Car il a pour troisième particularité de venir, le plus souvent, quand tout le monde est parti après un service du soir, pendant ma pause blog avant de débarrasser les tables. Alors on discute pendant que je saisis mon plateau et que j'empile les verres, les gobelets des petits et les tasses à café. Il lui arrive de récupérer les bouteilles de vin vides et de me les tendre, mais je ne peux jamais les attraper parce que j'ai les deux mains occupées par mon plateau. Alors il les repose. Il tournicote un peu, va voir les poissons, consulte l'ardoise pour voir ce qu'il y avait ce soir-là au menu. Il finit par s'asseoir devant son assiette de petits gâteaux. On dirait qu'il a quelque chose à me demander mais qu'il n'ose pas. Alors on se contente de bavarder, je lui raconte mes aventures avec (et avant) les collégiens, on parle de renverser des tables (mais on ne le fait pas, j'ai encore l'aspirateur à passer, merci bien) et d'avenir incertain. Il me raconte ses histoires mais je suis trop bien élevée pour vous les raconter à mon tour. Il mange ses petits gâteaux, il retournicote un moment et puis il finit par repartir pour des cieux plus ou moins cléments, je ne sais pas.
Parfois, quand j'ai des insomnies, je pense au monsieur aux chaussures qui grincent. Je me demande bien ce que c'est, qu'il n'ose pas me demander. Moi qui n'impressionne même pas mes chats, je ne vois pas trop comment je l'impressionnerais, mais c'est l'impression qu'il donne. Que c'est mystérieux. Ca me rappelle l'inspectrice, tiens.
Ah au fait, l'inspectrice, j'ai eu de ses nouvelles, figurez-vous. Il va falloir que je vous en parle un de ces jours.

jeudi 27 août 2009

Californie

Je viens d'avoir des nouvelles de Xavier. Il est en Californie. Avec l'inspectrice.
Il m'a raconté qu'il avait continué pendant quelques jours à la suivre pendant les vacances, jusqu'au moment où il en a eu assez. Il a attendu qu'elle traverse le Thabor et s'arrête devant la volière pour l'accoster et lui demander de but en blanc ce qu'elle cherchait. De fil en aiguille, elle lui a dit que ce n'était pas ses oignons. Mais qu'elle partait en Californie pour le chercher et que si il voulait, il pouvait venir avec elle.
Ils se sont donc retrouvés le lendemain dans le Paris-San Francisco, départ 10:30, arrivée 12:40, assis l'un à côté de l'autre en classe économique. Ils ont eu le temps de bavarder, mais elle a simplement gardé le silence quand il lui a redemandé ce qu'elle allait chercher là-bas. Une fois sur place, ils ont loué une voiture, elle a pris le volant et ils ont commencé à longer la côte.
Il l'appelle "Annie" et juste avant qu'il ne raccroche, je l'ai entendue le héler "Xavier, on y va ?".
A mon avis, ils sont à la poursuite de Monsieur Glacière, mais qu'est-ce que j'en sais ? je ne suis pas en Californie.

lundi 22 juin 2009

Petit escogriffe

La dernière fois pourtant, nous avons réussi à la suivre jusqu'à sa destination. Au-delà du Thabor, encore une vingtaine de minutes de marche et elle est arrivée devant une petite maison de ville sans beaucoup de caractère, avec un jardin tout pelé pourvu de trois pieds de marguerites anémiées et d'une touffe de menthe fatiguée. Nous nous sommes postés assez peu discrètement - elle ne semblait jamais nous remarquer ni lever la tête du trottoir où elle scrutait ses pensées - de l'autre côté de la route, devant un arrêt de bus désert. Il faisait presque nuit. Elle a sorti une clé de sa poche, une simple petite clé plate, et elle a ouvert la serrure du haut sur la porte du garage. Elle a poussé la porte, est entrée, a refermé et n'est plus ressortie. Au bout d'une demi-heure peut-être, nous sommes allés voir le nom sur la boîte aux lettres. Edwin Drood, en petites lettres penchées et manuscrites sur un bout de papier collant jauni par le temps. Edwin Drood ?
Et voilà que le mystère, déjà passablement épais, s'épaississait encore. Que venait faire un héros mythique de la littérature anglaise dans cette histoire ? une fausse inspectrice de la police française venait d'entrer chez le plus mystérieux des héros de Dickens. On en venait à se poser des questions sur la réalité de tout ça...
Une heure plus tard, c'est un homme qui sortait de la maison. Plutôt petit - plus petit que moi - c'était un personnage étrange. Il portait sur la tête une sorte de touffe de cheveux blancs à la Beethoven dont on aurait pu suspecter sans trop de mal qu'il s'agissait d'une perruque. Son visage, dans l'ombre, n'accrochait pas la lumière. Un escogriffe. Celui-là, on l'a laissé partir. Je n'osais pas m'aventurer à rester seule dans ce coin mal connu de la ville et pour l'instant, ce qui nous importait c'était de savoir ce que devenait l'inspectrice. Edwin Drood a traversé la rue, est passé devant nous et a tourné au coin, nous ne l'avons pas revu. Une heure plus tard, nous avons laissé tombé et nous sommes rentrés chacun vers notre sympathique destin.

samedi 16 mai 2009

Le coin de la rue

L'imperméable a passé le coin de la rue, j'accélère pour le rattraper, l'oeil a demi obscurci par le coin du chapeau de pluie. Ce soir, il pleut à verse. Les gouttes rebondissent sur le bitume et la brume d'eau me tapisse les narines. Ca ne sent même plus la terre mouillée. Je passe le coin de la rue. Le Parlement est en ligne de mire, encore quelques mètres et je décroche. De l'autre côté de la rue, c'est Rémi qui prend le relais. Ce soir, le service commence à vingt heures au Café Clochette. La filature continue sans moi.
Demain, nous reprendrons la poursuite de concert. Ca fait une semaine que tous les soirs, on suit l'inspectrice quand elle sort de son hôtel rue de Nemours et qu'elle nous file entre les doigts entre le Thabor et Oberthur. Nous a-t-elle repérés ? elle a l'air tellement perdue dans ses pensées.
Je me demande qui est cette femme, perdue dans la vie comme dans son imperméable trop grand d'une taille. Pourquoi elle marche comme ça pendant des heures, toujours dans la même direction, sans regarder à droite ni à gauche. Et ce qu'elle cherche comme ça.

mercredi 8 avril 2009

Les deux andouilles

Dix minutes plus tard, ces deux andouilles (de Guéméné bien sûr) arrivaient au Café Clochette, hilares, très contents d'eux et toujours accompagnés de la petite fille aux nattes vêtues de rose. Elle s'appelait bien Adèle, son papa était en réalité son tonton et s'appelait Rémi, et l'autre grand escogriffe patibulaire, c'était Xavier. Ils m'ont expliqué qu'ils suivaient depuis le début l'histoire de Monsieur Glacière et des événements subséquents et que "quand même, c'est bizarre cette histoire". Ils s'étaient dit que j'avais forcément, à me lire, le sens de l'humour et que ce serait une bonne blague. La cafelière, toute vexée qu'elle était de s'être laissée avoir à ce canular, a quand même rosi sous le compliment.
Les présentations étant faites et mon égo dûment flatté, nous nous attablâmes et devisâmes de toute cette affaire. Les trois chats viennent faire un petit tour et puis s'en vont. On a résumé les épisodes précédents.
Episode 1 : un certain Monsieur Glacière appelle un vendredi soir tard, prévient qu'une certaine Gustavine ne pourra assurer sa prestation, dit s'être trompé de numéro et raccroche. Episode 2 : deux soi-disant inspecteurs me rendent visite en disant avoir lu l'histoire de Monsieur Glacière sur le blog et me demandent des détails. Episode 3 : la soi-disant inspectrice me re-rend visite et embarque mon vieux téléphone à répondeur intégré qui ne marche plus sous prétexte de retrouver le numéro de Monsieur G. Episode 4 : je réalise que les inspecteurs de police, au jour d'aujourd'hui, ça n'existe pas, et donc que l'inspecteur Samuel Finley et l'inspecteur - trice, l'inspectice - Annie Jacquert-Bil sont des inconnus dont j'ignore le nom, la fonction et les intentions. Je réalise également que la seule véritable inconnue de l'affaire, c'est la teneur du dernier message téléphonique reçu au Café Clochette, que je n'ai jamais pu écouter pour cause de défaillance du matériel. Sur ce, épisode 5, ces deux andouilles en profitent pour monter un poisson d'avril à mes dépends en se faisant passer pour de mystérieux correspondants, tout amusés qu'ils sont par toute cette histoire. Je réalise tout à coup que tout le monde me prend pour la plus crédule des dindes et ça m'agacerait prodigieusement si je ne réalisais qu'ils ont probablement raison. C'est un choc pour mon ego, je peux vous le dire. Enfin ceci dit, je commence à faire du cuir avec mes histoires de Cerfas mais bon... c'est bon pour l'humilité d'ouvrir un commerce. Je recommanderais bien ce traitement à certains hommes politiques dont les positions, si elles n'avaient aucune influence sur la réalité des choses, me terroriseraient déjà et dont en l'occurence je suis fort inquiète si je ne craignais... enfin bref.
Quelques questions sont soulevées pendant qu'Adèle joue tranquille avec les petites voitures - pas de cliché sexiste au Café Clochette. Qui sont Annie Jacquert-Bil et Samuel Finley ? Qui sont Monsieur Glacière et Gustavine ? et quelle est l'activité de cette dernière ? Que disait le message sur le répondeur et de qui émanait-il ?
Ces deux andouilles sont parfaitement sympathiques et tout à fait intelligents. Le grand patibulaire, Xavier, a le coin de l'oeil malicieux quand il enlève ses lunettes noires et il est prof de géographie à la fac ; le tonton, Rémi, petites lunettes et catogan, est informaticien et philatéliste. Nous voici un trio fort improbable à la recherche d'une vérité incertaine. Où s'arrête la fiction ? ... la suite au prochain épisode.

jeudi 2 avril 2009

Ne pas dire fontaine

- Allo, le Café Clochette ? C'est moi qui ai laissé le dernier message sur votre répondeur. Vous aviez raison, c'est important. On peut se voir ?
J'ai dit que oui. On s'est donné rendez-vous incognito, au café des Libellules, un mercredi après-midi en début d'après-midi, pendant que Christine défendait le fort contre des Indiens potentiels (et probablement pacifiques, dotés de couettes et de petites chaussures souples, le pouce dans la bouche ou le sourcil froncé devant les petites voitures). Je devais reconnaître mon mystérieux interlocuteur aux nattes de sa fille, car ce monsieur, par un souci bien compréhensible de discrétion, avait choisi de se fondre dans le décor. J'ai vite repéré la petite fille aux nattes terminées par un petit ruban de vichy rose et à côté, son papa sans doute, le monsieur aux petites lunettes rondes et aux cheveux longs rassemblés en queue de cheval. J'ai salué Karine, la maîtresse des lieux, et lui ai demandé un thé, puis je me suis dirigée vers la table du coin.
- Bonjour. Merci d'être venue. C'est important.
Je me suis assise devant le monsieur pendant que la petite fille partait jouer et que Karine m'apportait mon thé. J'ai eu l'oeil attiré par un grand type qui détonnait dans cet endroit plus habitué aux petits enfants qu'aux porteurs de lunettes noires façon film américain. Il était assis juste derrière moi, du coup. Le papa continuait son histoire.
- ... et puis je me suis dit qu'il valait mieux vous en parler avant que ça dégénère.
- Ah ?
- Oui, c'est quand même sensible comme histoire.
- Oh ?
- C'est pas tous les jours qu'on reçoit une cargaison comme ça.
- Oui... tiens...
- Et puis... ne vous retournez pas, mais je crois que vous avez été suivie.
- Euh... peut-être...
- Alors ce qu'on va faire, c'est que je vais partir discrètement en premier avec Adèle, et puis après vous vous débrouillez.
Je l'ai trouvé bien cavalier, ce papa. Et puis je me suis creusé le ciboulot pour trouver une parade.
Ce n'est qu'arrivée sur le parking que j'ai réalisé que le grand type aux lunettes noires, c'est moi qu'il suivait finalement.
Et ce n'est qu'arrivée au Café Clochette que Christine m'a fait remarquer que j'avais un énorme poisson en papier épinglé sur mon imper. Ah c'est malin.

dimanche 29 mars 2009

Fictions

L'inspectrice, épisode 1
L'inspectrice, épisode 2
L'inspectrice, épisode 3
L'inspectrice, épisode 4
L'inspectrice, épisode 5
L'inspectrice, épisode 6
L'inspectrice, épisode 7
L'inspectrice, épisode 8
L'inspectrice, épisode 9

vendredi 27 mars 2009

La puce à l'oreille

C'est le commentaire d'une fidèle lectrice ici même qui m'a mis la puce à l'oreille. Et dans une maison pleine de chats, une puce à l'oreille c'est une chose qu'on n'aime pas avoir. Les inspecteurs de police, donc, ça n'existe plus. Une rapide vérification me le confirme, on parle désormais d'officiers de police mais pas d'inspecteurs. Pour votre information, l'enrichissement de votre vocabulaire et le complément de votre culture policière le cas échéant, je peux même vous préciser que leur statut prévoit plusieurs points, dont ceux-ci :

Les officiers de police assurent les fonctions de commandement opérationnel des services et d’expertise supérieure en matière de police et de sécurité intérieure. Ils secondent ou suppléent les commissaires de police dans l’exercice de leurs fonctions, hormis les cas où la loi prévoit expressément l’intervention du commissaire. Ils ont également vocation à exercer des fonctions de direction de certains services.
Dans l’exercice des fonctions définies à l’alinéa précédent, les officiers de police se voient conférer l’autorité sur l’ensemble des personnels qu’ils commandent. Ils assurent le commandement des fonctionnaires du corps d’encadrement et d’application de la police nationale.
Les officiers de police exercent les attributions qui leur sont conférées par le code de procédure pénale et les textes réglementaires spécifiques à leur service d’emploi, notamment en matière de discipline et de formation. Ils peuvent être chargés d’enquêtes, de missions d’information et de surveillance dans les services actifs de police et être appelés à exercer leurs fonctions dans les établissements publics administratifs placés sous la tutelle du ministre de l’intérieur.
Ils sont dotés d’une tenue d’uniforme.
Ils ont droit au port de l’écharpe tricolore.
Ils sont nommés par arrêté du ministre de l’intérieur.


Nom d'une crevette. Mais alors... qui sont les deux olibrius qui ont débarqué ici avec leur imperméable mastic et leurs manières de héros à la Chandler ? Dans ma partie, je ne m'émeus guère d'un pseudonyme, mais en matière de maintien de la paix civile, il me semble que se faire passer pour quelqu'un avec un grade qui n'existe pas est très nettement plus inquiétant. Alors l'inspecteur Samuel Finley, c'est qui ? et l'inspecteur Annie Jacquert-Bil - trice, oui je sais, trice - l'inspectrice Annie Jacquert-Bil, qui est-ce donc ?
Si je résume les épisodes précédents, quel est le résultat des courses ? j'ai offert un thé à une pseudo-inspectrice et elle est repartie avec mon téléphone. Toute une arnaque pour un vieux téléphone qui ne marchait plus, ça me semble quand même extraordinaire. Je me trouve parfois en situation d'être arnaquée, certes, mais là c'est un peu gros non ? Alors récapitulons. Qu'est-ce qu'il y avait de si important sur ce téléphone ? un message. Le dernier. Celui que je n'ai jamais pu écouter parce que le téléphone s'est mis en grève avant. Réfléchissons, quand était-ce déjà ? un rapide retour en arrière sur ce blog me l'indique, c'était le vendredi 20 mars. Ce jour-là, tous les appareils du Café Clochette et de la maison au-dessus sont tombés sur la tête. A part ça, je ne vois pas. Ah si, quid de Monsieur Glacière ?
M'enfin le répondeur du Café Clochette, ce n'est tout de même pas le téléphone rouge. Selon toute probabilité, le dernier message capturé par le répondeur du Café Clochette était une réservation pour quatre adultes et six enfants, comme d'habitude, ou alors un message de Jérôme de Terra Libra qui me prévenait de la livraison imminente de chocolat (et qui doit se demander ce que je fabrique). Alors de quoi il retourne et pourquoi ça intéresse tellement ces deux personnages - enfin peut-être, parce que si ça se trouve tout ça n'est qu'une vue de l'esprit - là, mystère et boule de gommettes.
Enfin si j'ai du nouveau sous peu, bien sûr, je reviens vous en parler. C'est ébouriffant, non ?

mardi 24 mars 2009

L'inspectrice

L'inspectrice est revenue. Elle s'est assise incognito à une table du Café Clochette.
- Tiens, bonjour inspecteur.
- Trice.
- Pardon ?
- Trice, c'est inspectrice.
- Ah oui pardon, bonjour inspectrice. Tout va bien ?
Elle n'a pas répondu, elle a commandé un thé aux épices du Bengale. Je ne savais pas trop quelle était l'étiquette en pareil cas. S'enquérir de sa santé ? demander des nouvelles de notre "ami commun" ?
Dans le doute, j'ai fait remarquer qu'il faisait beau ces derniers temps. Elle s'est perdue dans la contemplation du sucrier. Il est bizarre ce sucrier en ce moment. Il est censé ne verser qu'une dose à chaque fois qu'on l'incline, par une curiosité physique dont j'avoue qu'elle m'est encore impénétrable, mais depuis quelques jours, il continue à verser sans vergogne au lieu de s'arrêter tout seul. J'ai hésité à faire part de cette particularité à l'inspectrice, et puis je me suis dit que ça allait lui sembler étrange, un peu. J'allais me résoudre à la laisser finir son thé tranquille quand elle a levé la tête et m'a demandé pourquoi j'avais des chats. J'ai eu envie de lui dire que c'était une anti-catachrèse incarnée, pour lutter par anticipation contre le cliché qui veut qu'il n'y ait pas un chat, mais j'ai eu peur de m'embrouiller dans mes explications. Ca m'arrive.
Mais elle a enchaîné tout de suite en évoquant un problème de rongeurs au commissariat de la TA. J'ai failli lui faire part de mon expérience en matière de vétérinaires et de rongeurs mais je n'ai pas réussi à en placer une, pour finir. Elle m'a expliqué que les dossiers grignotés dans les coins n'étaient qu'une vue de l'esprit puisque désormais tout est informatisé (et moi qui m'imaginais des tiroirs en métal comme dans les romans policiers américains en noir et blanc, enfin vous voyez ce que je veux dire), mais que parfois, au détour d'un couloir, on se causait des souris qui décampent au milieu de la nuit, au moment du changement d'équipe, et qu'on entend déraper dans les coins. Et qu'elle se disait de temps en temps que ce serait bien d'avoir un chat à demeure au commissariat, qui se ferait grattouiller les oreilles par les policiers entre deux patrouilles et approvisionner en croquettes à tour de rôle.
J'allais m'asseoir et discuter la question du bout de gras (les chats aiment les bouts de gras mais ça n'est pas bon pour leur santé, il faut savoir ne leur en laisser qu'avec modération) quand... Ô vous, lecteurs curieux de la grande histoire, écoutez-en l’horrible tragédie et vous abstenez de frémir si vous pouvez.* Il faut pourtant bien appeler un chat un chat.** Or les chats sont mortels; Socrate est mortel; donc Socrate est un chat.*** La morgue est un endroit peu engageant, pour ne pas dire lugubre, surtout la nuit.****
Ca y est, je me suis embrouillée toute seule, c'est malin. Vous n'allez plus rien y comprendre et vous allez croire que j'ai inventé tout ça. Ce serait quand même dommage, parce que la réalité est bien plus forte que moi et fait en sorte que mes histoires les plus compliquées ne lui arrivent qu'à la cheville. Donc la vérité vraie. Pouf pouf.

*Rousseau, Confessions.
** Sagesse populaire.
*** Ionesco.
**** Joyce.

L'inspectrice a fini de me parler de chat, a poussé un soupir et m'a demandé si j'avais eu des nouvelles de Monsieur Glacière. J'ai dit que non, mais que comme mon téléphone avait connu une panne, ce n'était pas forcément étonnant. Elle a fait une petite grimace et m'a demandé si le téléphone était vraiment en panne. J'ai dit que oui et que je l'avais changé. Elle a refait une petite grimace et m'a demandé si j'avais toujours l'ancien, des fois qu'on puisse retrouver le numéro d'où Monsieur Glacière m'avait appelée.
Dix minutes plus tard, elle partait avec mon vieux téléphone sous le bras. Quelque chose me dit que je ne vais pas le récupérer de sitôt et que ce n'est pas demain la veille que vous allez pouvoir laisser des messages au Café Clochette.

lundi 16 mars 2009

La visite

- Inspecteur Samuel Finley, bonjour. Voici l'inspecteur Annie Jacquert-Bil.
- Trice.
- Pardon inspecteur ?
- Trice, c'est inspectrice.
- Ah oui pardon. Voici l'inspectrice Annie Jacquert-Bil.
Moi, la cafelière, j'étais restée stupéfaite devant l'irruption de ces deux nouveaux personnages. L'un, grand, cheveux poivre et sel, sourire blanc, l'autre, plutôt petite, mince, portant élégamment un imperméable mastic ; tous les deux sérieux comme un pape devant une bulle non signée et professionnels jusqu'au bout des orteils.
- Euh, bonjour.
- C'est bien le Café Clochette, ici ?
- Oui, pourquoi, la devanture est tombée ? on ne voit plus le nom ? tout va bien ?
- Oui oui, c'est bien marqué, ne vous inquiétez pas. Simple vérification. Vous avez bien un blog ?
- Oui, pourquoi ? il y a un souci ? j'ai oublié une virgule ? vous avez besoin d'un coup de main impliquant mes compétences de spécialiste du dix-neuvième anglais ?
Là, ils m'ont regardée curieusement, ça m'a rappelé l'épisode des vétérinaires.
- Non. On a eu vent d'un billet de votre blog. Monsieur Glacière, ça vous dit quelque chose ?
- Monsieur Glacière... ah oui, l'autre soir. Pourquoi ?
Là, le grand monsieur a haussé un sourcil. J'ai cru qu'il allait me dire "ici, c'est moi qui pose les questions", mais je dois lire trop de romans policiers. Il s'est contenté de dire :
- Je peux pas vous le dire.
Et sa collègue a enchaîné :
- Mais si vous avez à nouveau des nouvelles, appelez-nous. On est au commissariat de la TA*, c'est dans les pages jaunes.
Et ils sont repartis comme ils étaient venus. Décidément, les vrais policiers, c'est pas comme dans les romans.

* NDT : La TA = le boulevard de la Tour d'Auvergne, à Rennes.

vendredi 13 mars 2009

Monsieur Glacière, inconnu

Vendredi soir, il commence à se faire tard au Café Clochette. Le téléphone sonne quand les derniers dîneurs finissent de ramasser les dernières miettes de brownie au fond de leur assiette. Les petits, assommés de fatigue, se sont affalés sur une banquette et somnolent pêle-mêle.
- Allo ? c'est monsieur Glacière. Alors Gustavine devait faire une prestation ce soir, vous pouvez lui dire que c'est annulé.
- ...
- Allo ? allo ?
- Euh, vous êtes sûr que vous avez le bon numéro ? je ne comprends rien à ce que vous me dites.
- Je sais pas, vous êtes qui vous ?
- Ici c'est le Café Clochette.
- Ah oui, non, c'est pas ça. Bonsoir. [Clac, dring, dring dring.]
Il s'en passe des choses, au Café Clochette.
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