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jeudi 30 juin 2011

Les fantômes ne sont plus ce qu'ils étaient

- Bon, les enfants, au lieu de lancer des peluches sur les chats, vous ne voudriez pas me rendre service ?
- Mouais. C'est quoi que tu veux ?
- Et bien voilà. Il y a un fantôme dans cette maison.
- (Les copains) : Un fantôoooome ? naaaaan !
- Si, si, un fantôme.
- (MiniLoup, blasé) : Maaah naaan, ya pas de fantôme...
- (La maman) : Si, si, ya un fantôme. Il s'appelle Alphonse et il est très gentil, mais il a une habitude très agaçante : en ce moment, toutes les nuits à quatre heures du matin, il me réveille. Vous ne voudriez pas aller lui parler gentiment et lui demander d'arrêter ?
- (Les copains, impressionnés) : Oui, d'accord...
- (MiniLoup, ultra-blasé) : Maah naaan, attendez, ma maman elle raconte tout le temps des blagues.
- (Les copains, incertains) : Ah, t'es sûr ? ya pas un fantôme, c'est une blague ?
- (MiniLoup) : Ben ouais, elle a même essayé de me faire croire qu'il faut prendre un bain tous les jours, alors !
- (Les copains, convaincus) : Ah ouais, alors c'est une blague !

Ya plus de jeunesse, si vous m'en croyez.

dimanche 29 août 2010

Mais enfin ma chère, qu'eussiez-vous donc voulu que je fisse ?

C'est vrai ça, quoi, la cafelière elle me fâche (comme dirait MiniLoup), mais qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre, moi, à la fin ?
Laissez-moi vous raconter avec toute la neutralité d'un acteur certes engagé, mais aussi impartial qu'on peut l'être. Déjà, laissez-moi vous rappeler que la cafelière s'apprête à partir pour le Sud, qu'elle est un petit peu sur les nerfs parce que ce qu'elle avait imaginé ne se passe pas du tout comme elle l'avait imaginé et en même temps tout à fait sereine, c'est très curieux, et que ces trois derniers jours au Café Clochette ont été pleins de surprises. Tiens, hier par exemple, il y a eu un déjeuner d'anniversaire et comme c'était dimanche, c'était tout à fait inhabituel, et les petits détails de d'habitude pour un service ordinaire en étaient tout dérangés. Ca n'a l'air de rien comme ça, mais ne serait-ce que trouver du pain un dimanche matin alors que la boulangerie habituelle est fermée peut, selon le trajet qu'on emprunte pour revenir du centre ville, se transformer en balade inattendue. Une balade un jour ordinaire, on n'a jamais vu ça. Surtout en compagnie d'un MiniLoup fatigué qui marchait les yeux fermés pour montrer combien il était épuisé et a failli, paraît-il, marcher sur un pigeon par inadvertance, lui qui d'habitude fait des pieds et des mains pour les attraper en les coursant, il en était tout renversé.
Et puis la cafelière a réalisé tout à coup, après avoir ramené le MiniLoup au bercail, que c'était son dernier service avant longtemps. Elle était en train de bouger des tables quand ça l'a heurtée de plein fouet. Je le sais parce que j'étais là discrètement et que je l'ai vue se taper le front avec violence en disant "mais mais mais... c'est mon dernier service avant longtemps, ça !" Alors vous voyez, j'ai mes informations de première main quand même. Ensuite, elle posait un couteau puis une fourchette, puis un couteau puis une fourchette avec un gros soupir, comme ça jusqu'à ce que la table soit mise, avec les verres, les corbeilles à pain et les carafes d'eau. Un gros soupir à chaque fois. Les chats, l'étage au-dessus, en avaient le poil tout ébouriffé.
Après, au fond de sa cuisine, elle essuyait discrètement une petite larme après avoir rempli chaque assiette et au moment de préparer le café, elle était tellement émue qu'elle a mis une double dose dans le filtre et qu'au moment de servir, le café était tellement fort qu'on aurait pu y faire flotter un fer à cheval (j'ai de saines lectures, voyez-vous). Du coup, elle s'est rabattue sur la machine à espresso pour faire des cafés acceptables et elle s'est remise à soupirer en pensant à l'époque où elle était en quête d'une machine à café pour l'ouverture du Café Clochette. Plus de deux ans déjà. De l'eau a passé dans cette machine et sous les ponts, depuis le temps.
Un autre événement sans importance apparente, c'est la disparition du lit des bébés. La cafelière toujours soupirante a décidé qu'il ne servait jamais et qu'il vallait peut-être mieux installer à la place une table pour les jours de grande affluence. C'est que l'hiver ne va plus tarder à arriver (enfin on a encore le temps, mais je me prépare psychologiquement) et que les goûters vont voir affluer plein de moufflets et leurs mamans. Toujours est-il que pendant le papa de MiniLoup se battait avec le lit pliable, que MiniLoup se battait avec des cartons pour les mettre à plat et y faire discrètement quelques trous et que la cafelière se battait avec le lave-vaisselle qui n'avait aucune envie, apparemment, de lui livrer son contenu, je me suis dit que j'allais aider et je me suis installé devant l'ordinateur. Et bien croyez-le ou non, tout ce petit monde faisait tellement de bruit que je me suis emmêlé les pinceaux et qu'au lieu de mettre la dernière main à mon roman, j'ai par inadvertance semble-t-il écrasé la dernière version de la comptabilité du Café Clochette.
Inutile de vous dire que la cafelière a été tout à fait déconcertée, puis je l'ai vue se taper le front et cette fois elle ne s'est pas contentée de soupirer, elle a poussé un grand cri muet et elle a attendu que tout le monde soit parti se coucher le soir pour me passer un savon de première. Je ne sais pas comment elle a deviné que c'était moi. Mais enfin, qu'est-ce que j'étais sensé faire, moi, hein ? Je ne pouvais pas aider pour le lit pliable, le lave-vaisselle et moi n'entretenons qu'une relation des plus banales bonjour-bonsoir et MiniLoup, quand il manipule un couteau pour écraser des cartons, il vaut mieux ne pas s'en approcher de trop près. Elle m'a dit que j'aurais mieux fait, si je voulais vraiment aider, de prendre un balai et d'aller faire le ménage chez le Dalaï-Lama, mais je crois que c'est la colère qui parlait.
Ce matin, elle était un peu radoucie et elle m'a envoyé faire le ménage dans le garage. Encore un jour ou deux et je pourrai sûrement revenir. Enfin quand elle aura fini de ressaisir sa compta, je suis pas fou quand même. Ceci étant dit, je pourrais peut-être lui donner un coup de main.

jeudi 26 août 2010

Le manuscrit


L'histoire du Café Clochette est désormais disponible !
L'annonce est, certes, un rien prématurée pour ce qui est du livre (et j'en rêve pourtant : j'ai tant aimé recevoir mes exemplaires d'auteur, à chaque fois c'est le même frisson quand on caresse la couverture, qu'on tourne et retourne l'objet pour l'examiner sous toutes ses coutures, le papier, l'illustration de couverture, la quatrième, qu'on contemple son nom sous le nom de l'auteur...), mais le pari que je m'étais étourdiment lancé en guise de gros lot pour le nirvana des cartes de fidélité a été réussi en début d'été, c'est toujours ça. Avant de partir et avant que le livre n'existe, peut-être, un jour, je vous fais une offre à saisir rapidement : si vous souhaitez recevoir le manuscrit en format PDF, avec ses coquilles et ses imperfections, c'est possible, à charge pour vous de me donner votre avis une fois que vous l'aurez parcouru. Il contient des billets du blog depuis ses débuts, en retraçant les péripéties, les joizélémizères et les frasques des chats et du MiniLoup locaux, ainsi qu'une sélection de recettes.
Envoyez-moi un mail à l'adresse du Café Clochette et je vous l'enverrai dans les meilleurs délais... tant que je suis là.

PS. Alphonse me fait dire qu'il est très vexé que je ne l'aie pas mentionné dans ce billet. Alphonse, mon cher, vous savez bien que je ne vous ai point oublié. C'est juste histoire de faire durer le suspense...

mardi 29 juin 2010

On achève bien d'imprimer

Cette fois, c'est littéralement qu'une page se tourne. Alphonse en est tout reniflant d'émotion, à tel point qu'il a fini par sortir du bois (enfin de l'armoire) pour venir me tenir compagnie pendant que je mettais la dernière main à notre livre. Je dis notre, parce qu'il y a participé d'active façon, le bougre, et que si les fantômes pouvaient toucher des droits d'auteur, à supposer que notre livre nous rapporte des droits d'auteur, ce qui n'est certes pas gagné, mais sait-on jamais, on a vu plus extraordinaire dans le monde de l'édition, qui est vaste et froid comme un désert la nuit parfois, mais aussi beau comme un bazar oriental d'autres fois, si les fantômes le pouvaient, toucher des droits d'auteur, disais-je avec une totale absence de sobriété dans la formule et une propension agaçante à enchaîner les mots sans reprendre souffle (on dirait que c'est Alphonse en personne qui écrit, dites - mais il se récrie dans mon oreille et rouspète d'une voix à peine voilée que non, c'est même pas vrai, qu'il est un modèle de chameau dans la sobriété), si les fantômes pouvaient, donc, il serait difficile de lui faire un virement bancaire mais il aurait sûrement droit à quelques petits gâteaux mitonnés juste pour lui.
J'ai donc, disais-je avant d'être fort peu élégamment interrompue par moi-même et par un fantôme impertinent mais bien sympathique, fini par tirer un trait à la fin de quelque 300 pages dédiées au Café Clochette, sa vie son oeuvre, enfin sa survie et ses premières années, mettons. Le grand souffle épique qui se dégage de ces pages ne manquera pas de soulever les foules, c'est certain. Ou les pâquerettes. Enfin ça soulèvera ce que ça pourra, pour l'instant j'en suis juste à me réjouir d'avoir enfin terminé. C'est étrange. Tous ces mots sont à la fois très proches de ce que nous avons vécu ici, et très éloignés. Je balance entre l'impression d'avoir livré quelque chose de très intime et l'impression de lire les aventures de quelqu'un d'autre. Ah ! grand paradoxe de la chose écrite et toute cette sorte de choses !
Maintenant, advienne que pourra. J'aurai au moins rempli ma promesse envers les heureux détenteurs d'une onzième carte de fidélité du Café Clochette (on me dit dans l'oreillette - ah non c'est Alphonse qui me dérange la frange - que la douzième est proche pour une petite, enfin grande, famille) et puis on ne sait jamais, ça deviendra peut-être un jour le livre de chevet (bernardin ou bénédictin, au choix, encore que mes goûts personnels me portent plutôt à apprécier l'esthétique bénédictine, chuchote Alphonse dans mon dos) de jeunes créateurs ou trices d'entreprises en puissance. C'est à vous, mes jeunes amis, que je dédie mon coup de chapeau final en guise de trait tiré sur cette aventure littéraire.

vendredi 25 juin 2010

Oui, mais de mort lente

Humour culinaire breton : mélangez du beurre, du sucre, du beurre, du sucre et une cuillerée de farine, puis mélangez énergiquement pour alléger la pâte. Ca fait rigo-râler la cafelière à tous les coups de cuillère en bois. Heureusement, c'est plutôt une saison à panna cotta et petits choux au citron avec du coulis de framboise, c'est moins physique comme cuisine. Je sais pas trop ce qu'elle a, la cafelière, elle cherche à s'échapper de sa cuisine au moindre prétexte en ce moment. Le petit loup en résidence étant tout maladou au point de manquer bientôt la fête de l'école, elle a même parcouru la ville en tous sens avec lui sur le dos dans l'écharpe qu'il fréquentait assidûment du temps où il faisait quand même dix kilos de moins.
Le Café Clochette continue, lui, sa vie quotidienne habituelle avec querelles de matous, petits enfants barbouillés de chocolat et haltes tranquilles dans la courette. Quant à moi, je vérifie tous les soirs l'avancée du fameux "Jolies recettes du Café Clochette" d'où je m'efforce d'enlever quelques coquilles et c'est au moins aussi harassant que de parcourir les routes avec une coquille sur un sac à dos. J'ai fait ça, aussi, à la grande époque de ma vie terrestre, avant d'endosser cette tunique d'invisibilité qui me colle à la peau de fantôme. Il y a comme du flottement dans les avenirs par ici. Le mien est, de toute façon, voué à une vie discrète et puis tous les copains sont sur le point de partir en vacances (pourquoi croyez-vous que les fantômes n'ont pas besoin de vacances ?) et je me retrouve un peu seul. Je n'ai pas l'intention de rallier mes pénates estivales avant de voir ce qui va se passer, vous pensez bien. On attend déjà demain pour voir le résultat du battage de pâte version gâteau breton, rien que ça, ça vaut son pesant de croquettes.
Et puis une grande décision nous attend pour l'été : quand ferme-t-on, pour combien de temps, et à quelle date fixer la rentrée ? Il semblerait que le Café Clochette doive rester ouvert au mois de juillet et fermer en août, mais il reste quelques paramètres à identifier, ne serait-ce que la date du miam-miam-poulettes anniversaire du premier, deux-trois anniversaires à caser pour une célébration dans les règles et les escapades promises au loupinet depuis l'été dernier, sous la tente, à batailler avec les mouettes. Je me demande s'il y aurait une petite place pour moi sous la tente. Je pourrais me rendre utile. Enfin il paraît que je ronfle, ça ferait désordre une tente vide qui ronfle en attendant le retour de ses occupants légitimes. Bon, quelques paramètres à identifier, on disait...

jeudi 27 mai 2010

Mariolène de Krasnoyarsk

Les salades sont pleines de bébés limaces, en ce moment. La cafelière les saisit délicatement et les installe sur la terrasse, où je leur tiens compagnie entre deux averses.
Et voilà, moi, Alphonse qui vous parle, j'avais été envoyé en mission à Krasnoyarsk, une mission dont il est inutile de vous livrer les détails, ce serait trop dangereux pour vous, même à plusieurs siècles de distance. A l'époque, c'était le bout du monde. Là-bas, j'ai rencontré une petite jeune femme toute fluette que j'ai surnommée Mariolène. Je ne me souviens même plus de son vrai nom. Il n'y avait pas beaucoup de femmes dans le coin à l'époque, c'était avant la découverte de l'or et c'était un monde d'hommes. On a passé un été clandestin, entre ma mission et ses propres occupations, dont j'ai découvert un peu trop tard que l'une avait fort à voir avec les autres. Mariolène aimait le café. On passait une bonne partie de notre temps à siroter du café sibérien en discutant de tout et de rien dans un mélange de Français, de russe et d'une langue locale dont j'ai oublié le nom, sinon les intonations. Un jour, parce qu'il n'y avait plus de café, elle est partie à cheval s'en procurer au camp le plus proche. Ca n'avait rien de bien étonnant, elle y travaillait souvent et je ne me suis pas inquiété. Mais lorsque la nuit est tombée et que ni le cheval ni Mariolène ne sont rentrés, j'ai commencé à trouver que c'était bien suspect. J'avais des instructions précises en cas de danger, ma vie était trop précieuse pour que je la risque de façon inconsidérée, et pourtant j'avais l'habitude de vivre dangereusement. Mais j'étais partagé, parce que Mariolène était sûrement en danger, elle aussi. J'ai fait ce que tout jeune imbécile fait dans ce cas : j'ai choisi d'aller voir prudemment ce qu'il en était pour elle. En fait de prudence, je me suis retrouvé pris dans un piège à ours qu'on avait tendu à mon intention et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'étais occis. C'est terrible, je sais. Tout ça pour du café. Je n'ai pas eu le temps de voir si Mariolène s'en était tirée, je sais juste qu'elle n'était pas étrangère à mon passage de vie à trépas, mais curieusement je ne lui en ai jamais voulu. Jeune imbécile, je vous dis.
Et non, tout ça n'avait aucun rapport avec les limaces du début. Vous faites bien de me le faire remarquer. M'enfin j'avais promis de vous raconter l'histoire. Ceci étant fait, passons à des choses plus réjouissantes - j'ai un peu le cafard ces derniers temps, le Timirrou, là, doit me déteindre dessus. Quelqu'un a une suggestion ?

mardi 25 mai 2010

Esprit frappant

Il était une fois... non.
A l'origine il y avait... non.
Au début des choses... non.
Avant que le reste n'arrive... ah zut ! non.
Ici Alphonse, bonjour tout le monde. Ca fait une heure que je me triture la plume à essayer d'écrire le début d'une histoire crédible pour vous raconter ce qui se passe ici, et rien à faire, ça ne me vient pas. Bon, tant pis, je vais vous raconter mes histoires à moi alors.
Timirrou, ces derniers temps, a comme un coup de blues. Il passe la plupart de ses journées tapi dans l'armoire sur un tas de vêtements qu'il a tirés un à un, du bout de la griffe, des cintres où ils pendaient auparavant et qui lui font une couche douillette. On a beau être déprimé, quand on est un chat, on aime son confort. Je ne vais pas lui jeter la pierre, j'en profite aussi, remarquez. Il semblerait que la raison profonde de ce vague à l'âme, ce soit la décision ferme, entière et absolue de la cafelière de refuser de le laisser aller sur le toit. En été, dans la pièce du haut, il fait très chaud et on peut ouvrir les fenêtres de toit en grand pour aérer, mais la dernière fois que la famille a tenté ça, Timirrou a mis les bouts sur les ardoises et il a fallu aller le rechercher parce qu'il n'arrivait plus à rentrer tout seul. Au cas où votre mémoire vous ferait défaut, il s'agit bien du même matou qui a réussi à disparaître dans un mur puis sous le plancher de la courette, oui. Le même, seul et unique. Ces derniers temps, à ceux qui lui demandent conseil pour l'ouverture d'un lieu semblable au sien, la cafelière recommande, comme animal fétiche et/ou mascotte, le poisson rouge. Les félins, en ce moment, on dirait que ça la chiffonne sévère.
A part ça, je passe le temps que je ne passe pas à roupiller sur la pile de vêtements froissés à essayer de ne pas me faire asseoir dessus et à cette époque à Rennes, c'est dur, surtout quand on est un fantôme et qu'on préfère siroter le café des autres en terrasse. Le café des autres, forcément, vu que les serveurs, même les plus aimables et les plus sympathiques, ne me voient pas et ne peuvent par conséquent pas accéder à mon désir, pourtant légitime, de goûter tranquille à ce breuvage qui m'a un jour coûté la vie, mais je vous raconterai ça une autre fois. Les terrasses à Rennes à cette époque, c'est bondé, vous verriez ça. La moindre chose qui ressemble à un siège et qui se trouve plus ou moins sur la voie publique se voit prendre d'assaut par des hordes de jeunes filles en phase de bronzage et de jeunes gens à lunettes noires très chics, ainsi que d'autres hordes de tas de gens divers et variés qui, sous le soleil, ont tous l'air aimable. Et après des mois de grisaille, trouver les gens aimables dans la rue, ça vous requinque n'importe qui, non ?
Enfin, je ne vais pas vous laisser sans vous annoncer la réouverture de la cour intérieure du Café Clochette. Fort modeste au demeurant, puisqu'on n'y met que trois tables, mais c'est un petit patio tout à fait confortable et frais quand il fait chaud dans la grande ville. J'y passe les matinées en ce moment, avant l'ouverture des portes, à contempler les hirondelles. Si vous venez y faire une pause de déjeuner, de goûter ou de dîner, ne vous offusquez pas de devoir reprendre un café, d'accord ? ayez une petite pensée pour un pauvre fantôme...

samedi 27 mars 2010

L'éternité en quelques jours

Il y a une seule chose que je ne peux pas me procurer facilement : l'éternité. Vous me direz, ça fait un peu beaucoup et vous aurez raison. Et je vous rétorquerai que vous non plus et que vous pourriez aussi bien vous mêler de vos affaires, mais je suis un fantôme plaisant et placide et je veux bien qu'on en parle. Enfin j'ai deux-trois trucs à vous dire avant, hein, vous commencez à me connaître, je n'ai pas de poche et donc pas de langue dedans, comme qui dirait.
Pendant que la cafelière s'ingénie à désamorcer quelques bombes caloriques pour une sombre histoire de grains et d'autruches, je me tâte quant à la légitimité de bibi de donner son avis sur l'affaire en cours. Je veux dire que je brûle d'en placer une mais que, une fois n'est pas coutume, je n'ose pas. Je lui dis, ou je lui dis pas ? vous feriez quoi, vous ? Bon c'est sûr, si je ne vous dis pas de quoi je parle, vous ne risquez pas d'avoir une opinion, mais quand même. Bon, non, je vous dis pas et je lui dis rien, la dernière fois que je me suis mêlé des affaires de coeur de quelqu'un je me suis retrouvé sur un pré avec un canon court et j'y ai laissé, entre autres, quelques cheveux et une belle amitié.
Sinon, j'ai fait un tour à la bibliothèque ce matin et je suis tombé sur un copain à moi, qui venait d'emménager dans le coin pour cause de précédente demeure rasée par un promoteur. Ca nous pose toujours un cas de conscience à nous autres les fantômes quand notre demeure habituelle disparaît et qu'on doit plier bagages (figurativement, bien sûr, parce que l'avantage du statut de fantôme c'est qu'on voyage léger), parce que l'élection d'une nouvelle maison ne se fait jamais sans heurt. Pour peu qu'elle soit habitée par quelqu'un qui ne croit pas à notre existence, c'est notre existence même qui est remise en cause, figurez-vous. C'est qu'il faut, pour qu'on existe, que quelqu'un sache que c'est possible, or ça peut parfois poser problème. Il suffirait que tous les humains vivants décident du jour au lendemain de ne plus vivre que tournés vers l'avenir sans se préoccuper des fantômes qui les hantent et pouf, on n'existerait plus, c'est aussi simple que ça. Encore que... il y a des finesses, mais en gros c'est ça. Donc bon bref, à la bibliothèque je suis tombé sur Radegrande qui venait d'emménager dans le quartier, chez un jeune prof de fac qui s'appelle Xavier et que vous avez pu croiser par ici, si je ne m'abuse. Le dit Xavier étant toujours en Californie, mon copain a le temps de se faire à ses nouvelles pénates et il m'a raconté qu'il en a bien besoin, rapport à un chat qui hante déjà les lieux et qui a l'air assez moyennement ravi de laisser quelqu'un d'autre investir la place. Il arrive que nous ayons des rapports houleux avec les animaux, voyez-vous.
Ce qui m'amène à ce dont je voulais vous parler, tiens, justement. J'aime bien quand je retombe sur mes pattes en sautant du coq à l'âne, comme ça. Il semblerait que les chats du Café Clochette commencent à se douter de quelque chose et qu'ils s'inquiètent de leur avenir. J'ai beau leur expliquer qu'elle est encore là pour un moment et qu'il y aura encore des crevettes et des champignons crus à venir quémander en cuisine, ils ont comme un coup de blues. Il faut dire que la cafelière parle en dormant et que depuis quelques nuits elle se demande tout haut où elle a mis la clé du hangar de l'avion et pourquoi, s'il est garé au quatrième, l'ascenseur est encore en panne. Un certain nombre de personnages s'incrustent dans ces rêves, apparemment, mais aucun n'a réussi à retrouver la fameuse clé ni le chemin vers le quatrième. Ca a l'air de beaucoup soucier et la rêveuse et les occupants du rêve. Quant à moi, je fais ce que je peux, mais sur ce coup-là il semblerait que je puisse peu.

Que ne puis-je parfois reprendre quelque substance
Afin de rassurer matous et cafelière,
Crevettes pour les uns, clé pour la dernière,
Et qu'enfin tout le monde dorme à poings fermés,
Sans retrouver demain d'ombres sous nos paupières...

samedi 13 février 2010

Analyse spectrale

Tiens, je vous l'avais bien dit, que la cafelière gardait un billet dans sa manche qui ferait bailler n'importe quelle corneille aux oiseaux. Ca lui prend de temps en temps. Remarquez, en temps ordinaire c'est quelqu'un de très urbain et poli, on ne peut pas lui en vouloir de courir sur le haricot de son lectorat de temps à autre, quand même. Ce n'est pas comme si elle passait son temps à essayer de brouiller les pistes en écrivant des billets cryptiques, non plus. Tiens, hier encore je l'ai vue se gratter la tête pendant un bon quart d'heure à se demander comment elle pourrait bien faire pour simplifier sa recette de curry de légumes d'hiver, histoire de la rendre lisible par le commun des mortels. Pas par moi, donc. A moins de considérer que je suis définitivement mortel, je ne vois pas comment on peut contourner le paradoxe de ma fantômitude.
Vous n'avez jamais réfléchi à ça ? Mais voyons, songez-y une seconde : un fantôme, c'est à la fois mort et vivant, désincarné et incarné, substantiel et insubstantiel, silencieux et bavard. C'est un paradoxe (presque) incarné, en somme. Si vous croyez que je n'ai jamais réfléchi à ça... la condition de fantôme, c'est lourd à porter voyez-vous. Pourtant, je ne pèse rien. Paradoxe !
Enfin je ne vais pas vous en faire un cours d'amphi non plus, deux jours de suite ça commencerait à bien faire. Je vous ai raconté l'année où j'ai été prof ? Enfin j'étais un des assistants du professeur de philologie au Collège royal. Ah, le temps où les humanités étaient considérées... le bon temps... J'étais arrivé là un peu par hasard ceci dit, par un quiproquo qui m'a valu plus tard d'être expulsé sans ambages, mais si j'ai le temps je vous en parlerai un autre jour. Enfin c'était un monde très masculin à l'époque le Collège royal, depuis qu'il s'appelle "de France" ça a un peu changé, on y croise même des doctorantes en jupes, dites donc. J'y ai fait un tour il y a un an ou deux, par nostalgie, et je me suis retrouvé dans le département des études cognitives. J'ai un peu blagué les deux étudiants qui se trouvaient là en bouleversant leurs mesures, ce n'était pas très dur, il suffisait que je passe au travers de l'IRM pour faire apparaître une activité cérébrale qu'ils n'avaient pas du tout l'air d'attendre, c'était très rigolo. Après, j'aurais bien pris un café en terrasse sur le boulevard Saint-Michel, mais quand on est un fantôme, c'est une des choses qu'on ne peut pas faire. Alors j'ai fini ma journée en allant m'asseoir dans un cinéma où j'ai revu un vieux Woody Allen, de la première période. Le seul souci dans un cinéma quand on est un fantôme, c'est si on s'endort : immanquablement quelqu'un vient s'asseoir sur vous et c'est très désagréable.
Un peu comme quand un chat vous chatouille avec ses moustaches en rêvant qu'il chasse la souris. Croyez-moi, par ici, ça arrive. Ici, pas de félins possibles. Ben quoi, moi aussi je peux faire des calembours idiots.

mardi 2 février 2010

De heurtoirs, flirts et pentes

Bien bien bien. Il semblerait que d'aucuns s'inquiètent de mon absence. Alphonse, qui est un fantôme selon mon coeur même si je fais mine de m'irriter de sa présence (mais ne le lui dites pas, un fantôme fat c'est comme une maison avec un heurtoir en cuivre : ça fait encore plus de bruit quand on admet qu'on trouve ça beau) (enfin je ne crois pas aux fantômes de toute façon ; comme dirait l'autre, j'en ai trop rencontré) (fin de la parenthèse), a semble-t-il pris le relais l'autre jour avec brio, à tel point qu'il laisse traîner depuis dans toute la maison des petits bouts de papier couverts de paraphes flamboyants sous lesquels on peut lire "A. Morfati, co-auteur". Alphonse, mon cher, ne vous fourvoyez pas, l'édition c'est un milieu sans pitié pour les gens sans substance et je crains que, tout bien pesé, votre ego ne pâtisse d'un long flirt avec lui. Et voilà, encore un alexandrin.
En vérité, je suis épuisée. Je marche assise et à tout petits pas. Il y a des fois où on arrive au bout de sa résistance physique, où les événements, même les plus souriants, s'accumulent un peu trop et qu'on n'arrive plus à suivre. J'attends toutes les nuits la bonne nuit de sommeil qui me fera remonter la pente (ouh la vilaine métaphore pas finie) mais elle tarde à venir, alors en attendant, je tente d'assurer le quotidien, j'écoute MiniLoup à l'affût d'une belle parole, j'échange de jolis messages avec des gens qui se préoccupent gentiment de ma santé et je me creuse le ciboulot à la recherche de quelque chose à vous raconter. Ce qui n'est clairement pas la meilleure méthode, vu que les billets que j'ai préféré vous écrire étaient ceux qui coulaient tout seuls. Le long de la pente remontée par mon sommeil, sûrement...
Mais demain et les jours suivants vont être passionnants, alors je serai sur le pont. Demain soir, mercredi, de 18h à 19h, il y a toujours le cercle de silence devant la mairie. Jeudi matin, au Café Clochette, il y aura un atelier de portage en écharpe animé par Magali de l'association Tribu Koala, tous les renseignements sont sur le blog de l'association, il faut s'inscrire auprès de Magali. Samedi matin, il y a une permanence de l'association Maman Blues animée par Ingrid. Et dimanche, les brunchs reprennent, c'est à partir de 13h et sur réservation (et c'est complet pour ce dimanche, le prochain brunch sera début mars).
A bientôt !

samedi 30 janvier 2010

Casseroles

La cafelière est très embêtée : elle n'a rien à dire. Même la réception du journal des CHR, qui d'habitude l'inspire, lui est passée par-dessus la tête. Il se passe au Café Clochette les choses ordinaires du Café Clochette, qui ne sont jamais banales, mais en dehors de ça, rien qui puisse la foudroyer d'inspiration là comme ça tout de suite, point de missives incendiaires contenant un Cerfa, point de banquier à l'ire gratouilleuse, point même de fournisseur nouveau dont elle pourrait vous toucher un mot. Il se passe des choses dans sa vie à elle, notez bien, mais ça, elle ne vous en parlera pas. Enfin à voir sa trogne, ce ne sont pas de mauvaises choses. Hier, elle est rentrée à pas d'heure (ben forcément, quand on va prendre le frais après le service, ça fait tard) et pour la première fois depuis longtemps, elle n'a pas eu d'insomnie. Elle a juste été réveillée par la meute féline vers 4 heures du matin, mais c'est de ma faute, j'avais expulsé sans le vouloir Timirrou de l'armoire en me retournant dans mon sommeil et ça a provoqué un certain remue-ménage. Bon, elle n'était pas ravie, elle a menacé de les attraper et d'en faire des mouffles avec une petite toque assortie, mais elle s'est rendormie aussi sec.
J'ai même l'impression qu'elle a fini par réussir à apprendre l'alphabet grec. Ah ben moi non plus je ne comprends pas pourquoi ça la réjouit à ce point et si vous avez eu des expériences malheureuses avec le grec ancien je conçois que ça vous fasse lever les sourcils, et si j'étais vous j'éviterais ces parages dans les jours à venir parce qu'elle a l'air de concocter un truc un peu pontifiant comme elle seule sait en faire (enfin non, quand j'étais jeune j'avais un prof de philo qui se posait là, mais ça n'a rien à voir), mais il paraît que ça a à voir avec la gratuité. Elle y tient beaucoup en ce moment la cafelière, à la gratuité. Un peu trop probablement pour une commerçante, mais bon, moi je suis un fantôme, hein, ce que j'en dis, de la gratuité, c'est que je ne suis plus concerné par le sujet. Vu que tout pour moi est gratuit, je veux dire. Enfin sauf un truc, mais je vous en parlerai une autre fois.
Donc, rien à dire. C'est malheureux quand même. Heureusement, je suis là et je prends les choses en charge quand c'est nécessaire. Tiens, l'autre jour, elle avait oublié un chocolat sur le feu, et bien c'est moi qui suis allé chercher les chats pour qu'ils fassent un fennec. Ca n'a pas manqué, ils ont mis un tel bazar qu'elle s'est retrouvée le tablier imbibé de chocolat chaud et l'air ébahi. Enfin la casserole était récupérable, c'était le principal, non ?
Tiens, en parlant de casserole. Je vous ai pas encore raconté cet épisode palpitant de ma vie, je crois bien. Il y a environ deux siècles, cette maison abritait un médecin. Il avait une servante qui s'occupait de sa maison et qui avait découvert mon existence un soir d'hiver, quand le vent soufflait par les lucarnes du toit. J'avais failli m'envoler et je lui avais atterri, si l'on peut dire, sur la tête. Ca lui avait fait un effet bizarre et elle avait fini par comprendre de quoi il retournait (moi). Comme elle n'avait pas plus peur de moi que des souris, on s'est très bien entendu. Elle avait un seul défaut, Suzette : elle ne savait pas faire rétamer les casseroles. Elle avait l'art de les confier à n'importe qui et de se retrouver avec des trous encore plus gros qu'au départ et d'où n'importe quelle soupe normalement constituée ne pouvait que s'échapper avec ardeur. Moi, je connaissais un collègue deux maisons plus loin, où vivait un petit garçon tout blond. Lui, il avait pour secrète ambition de devenir le meilleur rétameur de Rennes. Alors par l'entremise de mon copain, je m'arrangeais pour lui confier nos casseroles discrètement et il faisait ça comme ça, pour s'entraîner, et il était drôlement doué ce petit. Suzette, elle a fini par tellement s'habituer à avoir des casseroles impeccables en toute occasion qu'elle a fini par croire que c'était un don. Elle s'est mise à se vanter de ne jamais trouer ses casseroles, et je peux vous dire que dans le quartier, c'était une célébrité. Jusqu'au jour où le petit garçon, qui était devenu un peu plus grand, a découvert que la fille du voisin avait de jolies couettes et qu'il n'a plus du tout eu la tête à rétamer des casseroles, entremise de fantôme ou pas entremise de fantôme. Suzette s'est retrouvée petit à petit avec des casseroles qui recommençaient à fuir et elle a cru qu'elle avait perdu le don. Ca lui a fichu un tel coup qu'elle a démissionné du jour au lendemain pour aller épouser son promis à la campagne et lui trouer ses casseroles à lui. Et qui est-ce qui s'est retrouvé tout penaud avec des tas de casseroles trouées, un médecin pas content-content et des courants d'air dans le grenier ? et oui, c'est bibi, Alphonse. Et vous savez ce que j'en ai fait, des casseroles ?
Ouhla, attendez, je vois la cafelière qui arrive par ici, sérieusement décidée à s'emparer de l'ordinateur. Je ferais mieux de me faire rare. A bient...

vendredi 1 janvier 2010

Comme qui dirait...

La cafelière*, son MiniLoup** et les trois félins*** du Café Clochette, sans compter les petits poissons****, vous souhaitent une année 2010 belle et pleine et rigolote*****, avec des siestes, des croquettes, des dinosaures, des paillettes, des petits gâteaux et des coussins moelleux. J'ajouterai à titre personnel... pardon ? et des glaces à la vanille ? ah oui, alors aussi des glaces à la vanille. Et j'ajout... comment ? et des machines à bubulles pour l'aquarium ? euh... si vous voulez. Des machines à bubulles, alors. Et une clochette pour la porte d'entrée ? hum, pourquoi pas. C'est tout ? personne n'a rien à ajouter ? je peux terminer ?
Si ? tu veux quoi ? tu veux un crocodile vivant mais pas trop grand pour qu'il habite dans la baignoire pour que tu lui racontes des histoires quand tu prends ton bain ? Tu crois qu'on peut souhaiter ça aux gens, aussi ? ah oui ? bon, d'accord.
Alors le Café Clochette, pour la nouvelle année, vous souhaite un crocodile. Enfin mettons que nous vous souhaitons de joyeux crocodiles, des machines à bubulles et des coussins moelleux et tout le monde sera content.
En tout cas, que cette nouvelle année vous soit douce et riche et pleine de belles rencontres...

- Mais enfin Mini-Loup qu'est-ce que tu as fait à mon ordinateur ?
- Mais c'est pas moi ! c'est le type transparent, là.
- Alphonse ? il a encore fait des siennes celui-là ?
- Ben il est gentil, faut pas le gronder.
- Mouis, mais je le gronde pas, je lui fais juste remarquer qu'il abuse un peu.
- Qu'il a quoi ?
- Buse, qu'il a buse.
- C'est quoi une buse ?
- C'est un oiseau.
- C'est pour ça qu'il a des plumes le monsieur ?
- Non, ça c'est pour écrire. Tiens, d'ailleurs c'est une idée.


L'année prochaine c'est moi qui écrirai les voeux, à la plume, ce sera plus efficace et surtout plus sobre. Du genre :

Bonne année !

un truc comme ça, quoi. Simple, sobre. Un rien banal sans doute, mais efficace******.


* (et demain)
** (ragan)
*** (possibles)
**** (et les petits oiseaux qu'ils aiment d'amour tendre)
***** (à riz)
****** (du siècle)



PS discret d'Alphonse : ne faites pas attention, la cafelière est un peu fatiguée et je crois qu'elle est toute émotionnée de pouvoir vous souhaiter une bonne année pour la deuxième année consécutive. En tout cas il est temps que vous reveniez, là. Elle fait rien qu'à squatter l'ordi et ranger des trucs et j'ai un mal fou à me faire discret. Si ça se trouve, elle va finir par me remarquer pour de bon. Enfin bref, bonne année !

vendredi 27 novembre 2009

Des bulles et un brave

Il y avait un monde fou hier soir au Café Clochette, vous n'avez pas idée. Timirrou et moi, on s'est regardés et on est allés se plancher, je veux dire se planquer dans la penderie un moment, le temps que ça se calme. Et comme ça ne se calmait pas, j'ai laissé le matou roupiller en paix sur les chaussettes évadées d'un tiroir par la grâce d'une papatte à l'affût et je suis allé jeter un coup d'oeil discret. Mes aïeux ! plein de moufflets dans la cabane à jouets, des adultes en train de siroter des bulles (ah, les bulles... j'aime bien les bulles) et tout le monde qui grignotait des trucs et des machins et discutait tranquille et en rigolant. J'ai aperçu un banquier en cravate et un artisan en polo, une graphiste détendue et une couturière qui lui a offert une jolie écharpe, comme si elle avait peur que la cafelière attrape froid. Il faut dire qu'elle est un peu pâle en ce moment, il faut dire que la mésaventure de Timirrou l'a un peu ébranlée, il faut dire que tout ça c'est bien émotionnant. Il y avait aussi les amis d'avant, qui connaissaient le Café Clochette avant que ça soit le Café Clochette, du temps où il n'y avait ni tables ni chaises mais un canapé et un grand bureau. On les reconnaît facilement parce que les enfants appellent encore ça "chez Pacale" et demandent où sont les meringues. Hier, les meringues elles sont parties en deux coups de cuillère à pot, si je puis dire. Il faut dire qu'elles étaient particulièrement réussies, grâce au nouveau four qui parle. Si, si, il parle. Il dit poliment "bonjour" quand on lui adresse la parole et il prévient "attention porte ouverte" dès qu'on met quelque chose dedans, ça a l'air de stresser un chouia la cafelière et son acolyte qui ne s'y sont pas encore faites. Mais moi, j'ai vérifié, pas moyen de l'allumer le four, les touches tactiles ça vaut rien pour les fantômes, il faudrait repenser le truc. Enfin j'en ai pas spécifiquement besoin remarquez bien, mais la technique ça me passionne, alors vous imaginez la frustration ? enfin il me reste l'ordinateur, c'est déjà ça. Je suis en train d'essayer de me créer un compte Facebook, là. J'ai juste un souci pour la photo. Bon, où j'en étais déjà ? ah oui, les invités. Les invités, donc, ils buvaient des bulles. Moi, j'aime bien les bulles. Mais quand j'ai réussi à descendre discrètement quand la cafelière s'est retirée pour la nuit dans ses appartements, les bulles elles étaient tièdes et si j'ai une fortitude d'âme à faire frissonner tous les châteaux-forts de la Basse Bretagne, je me morfonds devant des bulles tièdes. Pas de bulles pour le brave, hier soir. Tant pis. Il restait un tout petit bout d'andouille et une lichette de tartinade au saumon (parce que le frigo, je peux l'ouvrir, lui, là aucun problème, d'où, j'imagine, les froncements de sourcils épisodiques de la cafelière devant la disparition impromptue de certains restes, attribuée bien injustement aux chats, mais elle ne se figure pas comment ils arrivent à ouvrir la porte) qui ont fait l'affaire quand même. La cafelière, elle n'avait pas le droit de faire un discours et de toute façon je soupçonne qu'elle aurait préféré se cacher sous une table plutôt que de monter dessus pour haranguer les foules, mais je soupçonne qu'elle aurait dit un mot de moi. C'est que maintenant qu'elle a compris que j'étais dans le coin (sauf rapport au frigo, là elle a pas encore fait le lien, mais ça ne saurait tarder), elle a bien compris aussi que j'étais utile. Rapport aux souris, tout ça, enfin je vais pas me répéter, ceux qui me lisent me connaissent. Et puis comme je l'ai entendue marmonner dans son sommeil, je sais qu'elle pensait aussi à Isabelle et Christine, les deux équipières de choc qui l'ont épaulée depuis le début et sans qui ce serait rudement moins rigolo, aux artisans qui ont créé le lieu tel qu'il est, aux fournisseurs réguliers avec qui se sont tissés des liens de confiance et, parfois, d'amitié, aux artistes aux doigts de fées, aux amis qui ont donné les coups de main, de marteau et de pinceau avant l'ouverture, aux amis, souvent les mêmes, qui ont suivi les mésaventures du début et n'ont jamais fait défaut quand ça devenait dur, aux clients qui sont devenus des amis, et il y en a beaucoup. Je le sais, moi, je les vois depuis un an et je vois grandir les petiots. Et puis à tous ceux qui ont investi les lieux pour les animations, du cours de portage au cours de langue des signes, du cours de grec à la réunion de LLL, et tous les autres...
On me dit dans l'oreillette que je suis trop long. (Nan, s't'une blague.) Alors pour conclure je ne dirai qu'une chose : longue vie au Café Clochette.
Mais la prochaine fois, pensez à mettre ce qui reste de bulles au frais.

mardi 20 octobre 2009

Fin de soirée

Et voilà, elles ont remis ça. Ca caquettait et ça rigolait sec dans la salle du resto ce soir, derrière le rideau tiré. Ca ressemblait à s'y méprendre à une dégustation de vin aussi, d'ailleurs quand je suis descendu, il n'en restait pas une goutte. (Ne le dites pas à la cafelière, il m'arrive de tester les fonds de bouteille pour rendre service. Le Pic Saint-Loup est particulièrement bon cette année, enfin ce que j'en dis, moi.) A un moment, il y a eu une course au chat. J'ai vu filer un Timirrou puis une tornade qui brandissait un cachet. Tout ça s'est résolu apparemment puisque dans la minute, tout le monde est retourné à sa tasse d'infusion pendant que le pauvre matou partait se terrer dans la penderie. Je sais qu'il se terre dans la penderie parce qu'on la partage parfois, quand la cafelière entreprend de ranger ses cartons de thé. Il vaut mieux ne pas rester dans les parages, le chat et moi on est d'accord sur ce coup-là. Je ne partage pas son goût pour les croquettes, mais son opinion quant à la nécessité de laisser le champ libre à la patronne quand elle rouspète après ses boîtes, oui.
En ce moment, c'est un peu la pagaille au Café Clochette, côté coulisses. Pendant les heures de fermeture, Mister T. fait fissa pour poser le nouveau sol de la cour et créer le banc sur lequel les gens pourront se prélasser au soleil dès qu'il sera revenu, celui-là (et c'est pas parce que je suis un fantôme que je ne crains pas le froid, je peux vous le dire, d'autant qu'il m'est évidemment impossible de porter des vêtements chauds - d'où mon goût pour la penderie, où les cintres les portent pour moi), enfin bref, pourvu que l'hiver ne dure pas trop longtemps, ça me déprime déjà. Ah ben oui les fantômes peuvent déprimer, et pourquoi pas je vous prie ? ya pas que les chats qui dépriment, hein Timirrou ? Et encore, depuis que j'ai trouvé le code d'accès à l'ordinateur de la patronne, j'ai nettement plus de ressources qu'avant. Ressources mentales je veux dire, parce que pour le reste je vous ai dit que je n'avais pas de vêtements, comment voulez-vous que j'aie des poches pour la monnaie ? J'en vois frémir, là. Non, je ne suis pas tout nu. Non, il n'y a pas un fantôme tout nu qui se balade dans le Café Clochette de jour comme de nuit. C'est plus compliqué que ça. J'ai un genre de vêtement invisible, une tunique en fait. Mais je peux pas vous expliquer.
Bon, qu'est-ce que j'étais venu vous dire, déjà ? Ah ben zut ça y est j'ai oublié.
Ah si ! J'ai découvert que la cafelière nourrissait une ambition secrète, en plus de ses clients, ses chats, ses poissons, son fiston et ses amis. Un peu comme moi à l'époque où je me prenais pour Cyrano. J'avais prévu d'écrire une histoire comique des états et empires de la vallée de Chevreuse, mais ça ne s'est jamais fait. Enfin bref. J'avais une fameuse collection de plumes. Ma maman avait failli faire une congestion le jour où elle a découvert que j'avais plumé sélectivement la moitié de sa basse-cour. Quant à la haute cour, je l'avais mise à profit quand j'ai décidé de fabriquer des violons, les chevaux ont été chauves pendant tout un été. Enfin je n'ai jamais réussi à fabriquer autre chose que les cordes. Qu'est-ce que je disais déjà ? Ma maman, elle disait toujours "Alphonse, tu t'égares, mon choupinet" - oui, elle m'appelait choupinet. Et alors ?
Alors je disais donc que la cafelière nourrissait des ambitions secrètes. Elle écrit. Je suis tombée sur le fichier tout à l'heure et je peux vous donner le titre. Le voilà : "Les jolies recettes du Café Clochette".
Attendez... les jolies recettes ? quoi, c'est un livre de cuisine ? Oh. Je suis un peu déçu, là.
Oh ben ça me rendrait presque triste, dis donc. J'ai un peu froid, du coup... Timirrou, tu me fais une place dans la penderie ?

lundi 21 septembre 2009

Miam miam poulettes

La cafelière a encore inventé un truc - enfin paraîtrait qu'elle ne l'ait pas inventé, ça existait du temps de CBB et paraîtrait qu'elle en ait la nostalgie. Moi j'appelle ça les miam miam poulettes, mais elle, avec sa distinction naturelle, elle appelle ça autrement. Elle a un seul truc pas distingué la cafelière, enfin deux : une ignoble paire de hideuses mules roses. Mais je lui dis pas, des fois que ça la froisse. Ah oui, parce que je vous ai pas dit : depuis mon passage ici, elle a, je sais pas comment, deviné mon existence et un soir où j'hantais tranquille entre les piles de boîtes de thé, elle m'a coincé entre quat'zyeux - c'est pas simple face à quelqu'un de totalement transparent, total respect sur ce coup-là (oui je cause jeune, malgré le grand nombre de mes années et donc le fait que je sois très vieux, je cause jeune. C'est l'effet internet.) - et elle m'a remonté les bretelles. J'ai une paire de bretelles en argent que ma maman m'avait brodée du temps où j'étais mousquetaire. Mon copain Albert Paucrife (on l'appelait Peau-Griffe parce qu'il était maigre comme un chat et qu'il griffait la joue de ses adversaires "par inadvertance" quand on s'entraînait au duel, il était marrant Paucrife, c'était un bon bougre) les appelait mes bretelles égiaques. Il avait le sens de l'humour. Et de la répartie. Il a fini noyé dans un baril de cidre, on n'a jamais su comment, et je n'ai pas osé lui demander quand je l'ai revu quelques années plus tard. Donc bref, j'ai été mousquetaire. Et non, je n'ai pas connu D'Artagnan. Tous les mousquetaires n'ont pas connu D'Artagnan. Et le seul ferret que je connaisse c'est celui de Saint Jean Cap où j'ai vécu du temps de BB. Oui, je vous ai dit que j'étais très vieux, ça remonte à un moment. Quoi ? qu'est-ce que j'ai dit ? c'est pas poli d'évoquer l'âge des dames ? Ah ? alors vous croyez qu'il vaut mieux pas que je vous dise l'âge de la cafel... Aïeuuuuh ! mais ça fait mal ! ça alors, j'y crois pas, elle a piégé l'ordi ! elle a monté une sécurité encyclopédique, je viens de prendre sur le coin du nez le premier tome, A (Aa) à Be (Benêt). Je vous laisse, le suivant est en équilibre instable et il contient...
Boum.

vendredi 21 août 2009

Personnage conceptuel

Je me présente : je m'appelle Morfati et je suis le fantôme du Café Clochette ; mon petit nom, c'est Alphonse. Je suis à peu près sûr que vous ne m'avez jamais vu, parce que personne ne peut me voir, vu que je suis complètement transparent. Ca rend les choses pas faciles pour se recoiffer, croyez-moi.
J'ai un travail assez facile par ici. En fait ce n'est pas à proprement parler un travail, plutôt une fonction. J'hante. J'hante surtout de nuit. De jour, de toute façon, ça n'a aucun intérêt, puisque personne ne me voit. La nuit, j'effraye les souris. Enfin il y aurait sûrement des souris si je n'étais pas là, mettons. Les chats ? quoi les chats ? vous croyez que ces trois andouilles feraient peur aux souris ? allons, allons.
Et puis je mets de l'ordre dans les stocks de la patronne. La patronne, c'est la cafelière, vous me suivez ? non, j'aime bien être sûr qu'on parle de la même chose. C'est que quand on est transparent, c'est difficile d'être sûr que la personne en face sait de quoi je parle. Bon, là c'est pas pareil, je squatte l'ordi de la patronne, d'ailleurs vous verriez les trois andouilles, là, qui regardent les touches qui bougent toutes seules, c'est à mourir de rire ! Oui, bon, moi je suis déjà mort, je sais, mais c'est pour dire.
Ce que je fais pour de vrai ? ben j'hante, j'vous l'ai dit. Ma fonction, là. Il paraît que j'ai une mission, mais depuis le temps, j'ai oublié quoi, c'est ballot non ? Enfin en gros, je me la coule douce. J'essaie de mettre de l'ordre sans que ça se voie, pour pas effrayer la patronne pour ainsi dire, et c'est pas simple de mettre de l'ordre sans que ça se voie dans le bazar qui lui sert de stock, je vous le dis. Et des boîtes de thé, et des sacs de sucre, et des boîtes d'amandes en poudre, et des bouteilles de vin, et des jouets en bois... tout ça dans un ordre, hum... relatif. Si, si, elle est sympa la patronne, mais question gestion de l'espace, pardon, j'aurais plus confiance dans les andouilles pour empiler leurs croquettes proprement, on va dire.
Bon c'est pas tout ça, c'est pas que je m'ennuie avec vous mais j'ai à faire. A plus !
Où est mon... ah le voilà. Tcho !
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