vendredi 12 février 2010

שבולת

Depuis un an, je picore du grec ancien au gré de mes rares loisirs. Il est très destabilisant, pour la traductrice que je suis encore en filigrane, de faire de la traduction sans saisir, et de loin, toutes les nuances de la langue traduite.
Ca m'évoque la découverte du langage par les enfants : on procède par sédimentation de la répétition, pas par logique. A force de voir et d'entendre les mêmes mots aux mêmes places, on finit par comprendre à quoi il servent, même si on ne retient pas encore ce qu'ils veulent dire. Et puis on écoute ceux qui maîtrisent la langue dans ses subtilités et c'est leur plaisir de parler qui se transmet. Il surnage ainsi quelques petites choses qui, si elles ne m'aident guère pour l'instant à lire couramment (d'autant que d'une fois sur l'autre j'oublie le son de certaines lettres), me fascinent par leur signification.
Un de ces détails, c'est le temps qui s'appelle "aoriste". Que les distingués hellénistes du présent lectorat me pardonnent si je raconte n'importe quoi, je vais essayer quand même. L'aoriste, ce n'est ni du présent ni du passé, c'est un temps qui désigne une action dont la durée n'est pas précisée et qu'on représente dans son intégralité. On pourrait le dire comme ça, tout à la fois : "ça arrive ; c'est en train d'arriver ; ça se déroule ; peu importe qu'il y ait un début ou une fin, c'est une action pure". Au lieu de dire "je marche", dans ce temps-là c'est "depuis longtemps je marche et pour toute l'éternité, dans ce temps donné"... c'est curieux non ?
L'action, toute l'action et rien que l'action, en somme, à la fois unique et toujours en train d'advenir. C'est extraordinaire ce que ça ouvre comme horizons : on peut dire dans cette langue des choses qu'on ne dit pas dans la nôtre, où on ne peut même pas les concevoir, ou de très loin. Je me suis laissé dire qu'un temps de l'hébreu était encore plus extraordinaire et qu'il donnait au terme "éternité" une connotation qu'il n'a pas dans la nôtre. Enfin je m'arrête avant de raconter trop de bêtises...
En réalité, plus ça va et plus j'ai envie de me consacrer à ces questions-là. Je suis faite pour être une éternelle étudiante, sans doute. A l'aoriste ou pas... Mais je vous en reparlerai un de ces jours.
Avant de perdre tout à fait votre attention au terme de ce billet tout bizarre et mal foutu, je me permets de vous ramener à la dure réalité, telle qu'illustrée par une phrase épique de mon fiston.
- Maman, pourquoi tu lis ce truc encore ?
- Parce que je voudrais bien connaître le fin mot de l'histoire.
- Et le gros mot, tu veux pas le connaître ?

6 commentaires:

cb a dit…

shiboulettes de viandes.
(ça c'était le jeu de mots débile)

(en tous cas en hébreu moderne, c'est très épuré, 3 temps : present passé futur. Le conditionnel (et la délicatesse diront certains) tu peux en faire des boulettes. En revanche, et ça je trouve ça magnifique, il n'y a pas de verbe être. Tout est.)

Biz a dit…

Au commencement était le verbe...

Pascale a dit…

cb : ça donne une sacrée densité en effet...
Biz : puis il y eut une nuit et il y eut un matin, puis deux arbres au milieu d'un jardin, et un jour il y eut des blogs ! (bienvenue par ici, au fait)

Cath a dit…

oh, l'aoriste, que de beaux souvenirs! (oui j'ai fait grec ancien, moi! mais ça fait longtemps...)

BrightEyedMum a dit…

Et moi aussi quand j'étais en vrai étudiante fraîche bachelière... mais si peu de temps que j'ose à peine le dire... et quand tu sauras le gros mot, je veux bien le connaître aussi !

Ascaphip : interj. formule magique qui fait squeak squeak !

Anne a dit…

génial de découvrir l'aoriste!

moi, de grec, je n'ai que le pied ( hé si ma pauvr' dame)
bisous en aoriste alors!

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