vendredi 22 mai 2009

Maternité, circa 1950

Ce billet est dédié à la mémoire de Maria, qui a donné naissance en 1952 à une petite fille.

J'ai eu l'occasion il y a peu d'avoir entre les mains un petit "Livret de Maternité", envoyé sans doute à toutes les futures mamans du département de l'Ille-et-Vilaine aux alentours de 1950. Ca a quelque chose d'émouvant d'évoquer ainsi la maternité d'une femme d'alors... elle a tout à voir avec celle d'une femme d'aujourd'hui, bien sûr, et pourtant.
Les conseils contenus dans ce petit livret résonnent à la fois familièrement et étrangement aujourd'hui. Dans les "Conseils d'Hygiène pendant la période de la grossesse", il est recommandé à la future mère de surveiller sa santé, dont dépend celle de l'enfant, et les précautions n'ont guère changé (suivi médical, alimentation équilibrée et sans alcool, sommeil) ou presque : "Supprimez les jarretières qui vous feraient avoir des varices" ne se dit plus guère.
Dès le début de la grossesse, il est recommandé de se préparer à allaiter son bébé. Les conseils, par contre, me font frémir : "Lavez tous les jours vos bouts de seins à l'eau et au savon ; s'ils sont sensibles ou enflés, appliquez un mélange par moitié d'alcool à 90° et de glycérine, vous éviterez ainsi les crevasses et les abcès". Il est à craindre que le remède n'ait provoqué le mal - mais ce n'est pas rare. Quel médecin, encore aujourd'hui, sait par exemple que les tubercules de Montgomery sécrètent un lubrifiant et désinfectant naturel qu'il vaut mieux laisser travailler tranquille ?
Les conseils relatifs à la période de l'accouchement disent un mot de l'accouchement à la maternité, en recommandant de ne pas oublier les affaires prévues pour la maman et l'enfant. Pour l'accouchement à la maison, ce sont des conseils de bon sens : bien chauffer la pièce, avoir du linge propre, "une toile cirée ou un caoutchouc, ou, à défaut, une provision de journaux", deux brocs d'eau qu'on aura fait bouillir pendant dix minutes... Rien qui ne puisse me choquer, maman louve d'un petit loup né à la maison (oui, là, au-dessus du Café Clochette !) en compagnie d'une fée-sage-femme. Ce sont les conseils suivants qui m'épatent :

Dans les dix jours qui suivent l'accouchement...
Suivez fidèlement les conseils du médecin. Ne vous levez pas avant qu'il ne vous le permette et restez au lit au moins les dix premiers jours.
Ne faites jamais votre lessive aussitôt levée et, pendant un mois, évitez la fatigue, les efforts qui pourraient provoquer des descentes d'organes.


On ne dit plus guère que la grande proximité mère-enfant dans les premiers jours, c'est quand même ce qu'il y a de mieux pour la maman comme pour le bébé, ne serait-ce que pour lancer un allaitement efficace. Et oui, c'est vrai, le corps de la maman a besoin de temps pour terminer la "période de l'accouchement", expression qui me semble bien plus vraie que juste "l'accouchement". Dix jours ! si seulement toutes les jeunes accouchées pouvaient vraiment avoir dix jours de calme à leur disposition !
Dans les conseils sur la période qui suit la naissance, il est recommandé notamment de ne pas utiliser de couverture de fourrure, dangereuse par les poils, et de ne pas coucher l'enfant sur le dos mais plutôt une fois sur le côté droit, une fois sur le côté gauche. "Enfin, ajoute la brochure, nourrissez vous-même votre enfant ; vous en avez le devoir ; les enfants nourris au sein meurent six fois moins que les autres ; votre lait lui appartient." On n'ose plus dire une chose pareille de nos jours où le message est plutôt, au mépris de toute logique, qu'il n'y a pas de meilleure nourriture que le lait maternel, mais que le lait en poudre est aussi bien. Les conseils sur l'allaitement, eux, ne sont plus vraiment à la page (pas moins de trois heures entre deux tétées et jamais moins de deux heures et demie, toujours aux mêmes heures, et jamais plus de quinze minutes, sauf avis contraire du médecin). Ouf, La Leche League est passée par là depuis et les connaissances scientifiques sur l'allaitement ont un peu changé la donne.
Les conseils pour donner le biberon sont inquiets, il faut "prendre les plus grandes précautions". Il faut dire qu'à une époque où il n'y avait que du lait de vache non transformé, il était besoin de le couper d'eau, d'y ajouter du sucre et de compléter par des jus de fruits (toujours les recommandations du livret). Jamais plus d'un litre par 24 heures, surtout ; soigneusement faire bouillir biberon et tétine ; faire attention aux mouches ; se procurer du lait de vaches saines. Et consulter immédiatement au moindre signe de problème.
On sent bien, déjà, la présence importante du médecin, garant de l'hygiène et de la santé publique. Mais les conseils sur l'allaitement montrent bien que ces sujets ne relèvent pas d'une stricte vérité médicale, plutôt d'une interprétation sur ce à quoi les corps de la mère et de l'enfant doivent se plier. Aujourd'hui, avec les accouchements/naissances médicalisés, c'est une logique poussée encore beaucoup plus loin.
Comment cette jeune maman a-t-elle vécu sa grossesse, son accouchement, la rencontre avec son bébé ? Je sais seulement que sa petite fille a été maman à son tour. Mais ces histoires-là, elles n'apparaissent pas dans les livrets de maternité.
Maria, que l'éternité vous soit douce. Ici, nous continuons la chaîne...

5 commentaires:

Ppn a dit…

Ce serait bien que cette chère Rachida D. lise ce petit livret, elle qui a repris son job au bout de 5 jours ! Et elle parle de faire un deuxième enfant, à 44 ans... Elle lui consacrera quoi cette fois ? Une semaine ?

juliette a dit…

cette Maria pourrait être ma grand mère et ça me touche, merci pour ce billet
bises

cémoi a dit…

il y a même des pays où la jeune maman n'a le droit pendant 40 jours que de s'occuper de son bébé! Et rien d'autre!

Merci

Cath, Hayden et Loreleï a dit…

j'adore! merci!

madalen a dit…

Touchant et instructif; merci du partage!
Amicalement,

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