lundi 31 mai 2010

Les morts sont bien rangés

Il m'arrive de loin en loin de longer un cimetière pour rentrer chez moi. Les morts y sont bien rangés. Aujourd'hui, il faisait beau et chaud ; on n'y est pas encore habitués après ce long hiver et ces derniers jours mitigés et tout a encore l'allure de la nouveauté. Du coup, j'ai contourné les morts et rejoint le canal. Un gros chien à l'allure de renard s'est précipité sur une grille pour me hurler dessus, puis il a penché la tête, levé une oreille et il m'a souri. Je lui ai rendu son sourire. Un monsieur à l'air sombre sortait des pompes funèbres, un carton plein de dossiers reliés dans les bras. A côté, les fleurs faisaient grise mine.
Sur le bord du canal, il y a des roses partout, en ce moment, y compris les toutes petites, à moitié sauvages, qui commencent déjà à se répandre sur le trottoir au moindre souffle. Un autre chien-renard minuscule a sauté sur sa grille avec une voix haut perchée. Il ne m'a pas souri. Sur l'eau, un monsieur canard tout seul qui se haussait du col vert pour impressionner des demoiselles absentes coincointait distraitement. Je lui ai tenu compagnie quelques mètres, puis il m'a distancée. J'ai la légèreté de qui croit tous les avenirs ouverts et l'inquiétude qu'aucun ne se réalise. Des pies se chamaillent, j'aime bien les pies, elles ont sur leur plumage le possible et l'impossible, le blanc et le noir et foncent tout droit vers le ciel comme des porteuses de présages.
Un jeune couple du Finistère a garé sa voiture de sport pour venir pécher au bord de l'eau avec une canne à pêche immense, sur des petits fauteuils en toile. Une dame tend sa canne vers une branche chargée de fleurs pour attraper les plus belles, tout en haut. Des jeunes femmes à écharpe ont l'air d'avoir chaud.
J'ai épuisé tout mon carnet de tickets de métro pour noter à l'envol ces jolis détails, il faut vraiment que je m'offre un carnet véritable. C'est l'été.

vendredi 28 mai 2010

Recette de Clochette

De nouveaux parfums, un nouveau mariage de saveurs, un nouveau plat sorti tout droit du four et de l'imagination culinaire de la cafelière, il y a quelques temps... Certains d'entre vous l'ont sûrement vu sur l'ardoise ou même goûté.
Je ne sais si c'est le discret goût anisé du plat, mais il était encore aux abonnés absents du blog et de l'index des recettes.
Mais un goût subtil et original, ça laisse une petite graine de mémoire qui refait surface quand on ne s'y attend pas... Un peu comme les graines de poivre vert de ce plat !
Avec parcimonie quand même, sinon la mémoire sera certes plus vive, mais risque fort de rester bloquée sur le piquant plutôt que sur la délicatesse du mets...

A noter que ce plat sans gluten favorise aussi la lactation.

Sur ce, j'en profite pour me présenter... Cette fois-ci ce n'est pas Alphonse, le fantôme qui rôde sur les pages du blog, mais Aude, la nouvelle recrue bien vivante du Café. Et des plats comme ça, ça donne de l'enthousiasme pour servir ... et écrire, alors merci à ta créativité culinaire, Pascale !


Parmentier de cabillaud au fenouil, aneth et poivre vert

Dans un robot ménager, hâchez un bulbe de fenouil et une botte d'aneth. Arrosez d'un jus de citron et versez le tout dans un plat à four beurré. Parsemez de quelques grains de poivre vert.
Coupez en morceaux les filets de cabillaud. Roulez-les dans la Maïzena. Salez, poivrez. Disposez sur le mélange précédent.
Couvrez d'une feuille d'aluminium et mettez au four à 180° pendant 10 min.
Recouvrez d'une purée de pomme de terre, faites dessus des croisillons à la fourchette et remettez au four pendant 20 min. Servir avec des rondelles de citron et de la salade.

jeudi 27 mai 2010

Mariolène de Krasnoyarsk

Les salades sont pleines de bébés limaces, en ce moment. La cafelière les saisit délicatement et les installe sur la terrasse, où je leur tiens compagnie entre deux averses.
Et voilà, moi, Alphonse qui vous parle, j'avais été envoyé en mission à Krasnoyarsk, une mission dont il est inutile de vous livrer les détails, ce serait trop dangereux pour vous, même à plusieurs siècles de distance. A l'époque, c'était le bout du monde. Là-bas, j'ai rencontré une petite jeune femme toute fluette que j'ai surnommée Mariolène. Je ne me souviens même plus de son vrai nom. Il n'y avait pas beaucoup de femmes dans le coin à l'époque, c'était avant la découverte de l'or et c'était un monde d'hommes. On a passé un été clandestin, entre ma mission et ses propres occupations, dont j'ai découvert un peu trop tard que l'une avait fort à voir avec les autres. Mariolène aimait le café. On passait une bonne partie de notre temps à siroter du café sibérien en discutant de tout et de rien dans un mélange de Français, de russe et d'une langue locale dont j'ai oublié le nom, sinon les intonations. Un jour, parce qu'il n'y avait plus de café, elle est partie à cheval s'en procurer au camp le plus proche. Ca n'avait rien de bien étonnant, elle y travaillait souvent et je ne me suis pas inquiété. Mais lorsque la nuit est tombée et que ni le cheval ni Mariolène ne sont rentrés, j'ai commencé à trouver que c'était bien suspect. J'avais des instructions précises en cas de danger, ma vie était trop précieuse pour que je la risque de façon inconsidérée, et pourtant j'avais l'habitude de vivre dangereusement. Mais j'étais partagé, parce que Mariolène était sûrement en danger, elle aussi. J'ai fait ce que tout jeune imbécile fait dans ce cas : j'ai choisi d'aller voir prudemment ce qu'il en était pour elle. En fait de prudence, je me suis retrouvé pris dans un piège à ours qu'on avait tendu à mon intention et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'étais occis. C'est terrible, je sais. Tout ça pour du café. Je n'ai pas eu le temps de voir si Mariolène s'en était tirée, je sais juste qu'elle n'était pas étrangère à mon passage de vie à trépas, mais curieusement je ne lui en ai jamais voulu. Jeune imbécile, je vous dis.
Et non, tout ça n'avait aucun rapport avec les limaces du début. Vous faites bien de me le faire remarquer. M'enfin j'avais promis de vous raconter l'histoire. Ceci étant fait, passons à des choses plus réjouissantes - j'ai un peu le cafard ces derniers temps, le Timirrou, là, doit me déteindre dessus. Quelqu'un a une suggestion ?

mercredi 26 mai 2010

L'image dans le tapis

Bon, si je fais le compte des activités de la journée, que reste-t-il ? Une certaine amertume certainement, à avoir été témoin de l'indifférence et de l'arrogance mêlées ; je lutte contre la tentation, depuis plus de deux ans, de dire que les administrations de notre beau pays sont propices à abriter la petite-cheffitude de pire espèce, mais il y a des jours où je suis à deux doigts de perdre la bataille. Je ne me doutais pas, à l'époque, du parcours du combattant que représentait l'affrontement avec une machine aveugle et sourde à tout sauf aux Cerfas. Il y a de quoi se mettre profondément en colère, et pourtant la colère est la dernière chose à laquelle on a droit. On rend les gens fous, comme ça.
Plus tard, en train de faire les courses hebdomadaires pour le Café Clochette, je me suis surprise à échanger des saluts avec des tas de gens qui me le rendaient. Tiens ? on dirait que d'une façon ou d'une autre, j'ai fait mon trou dans le milieu. Enfin c'est relatif, il s'agit juste du fait que des gens dont la restauration est le métier me voient et ne se disent pas immédiatement "mais qu'est-ce qu'elle fait là celle-là", c'est déjà pas mal. J'en ai eu la vision d'une page tournée sur ma vie précédente, où je ne tournais que de vraies pages sans guère parler à grand-monde. Qui, il y a quelques jours, me parlait de compétences ? j'ai de plus en plus la certitude que les compétences, elles s'acquièrent dans tous les chemins de la vie et que les plus importantes ne sont pas les plus visibles - parlez-en à n'importe quelle nouvelle maman, tiens. Donc, dans cette nouvelle vie, hop, quelques compétences acquises me permettent de me rendre sans trembler dans un endroit qui grouille de gens tout à fait compétents, en témoigne le contenu de leur chariot. Moi, je ne saurais pas du tout quoi faire avec cinq kilos (au bas mot) de poulpe, par exemple. Total respect.
Plus tard encore, il s'agissait de comprendre qui, des gouttes soudaines sur le toit ou du pigeon égaré sur la verrière, venait de nous déranger face à la question hautement existentielle de la greffe de branches. Précisions sur demande pour ceux que ça intéresse, quant à moi j'ai mis les bouts pour récupérer à l'école un MiniLoup épuisé par les microbes, la chaleur et une longue journée d'école terminée sur le terrain de jeu :
- Ouh là, t'es tout sale, toi.
- Mah non, c'est pas moi, c'est la poussière.
Et puis ce fut une conversation volée sur le trottoir avec le mystérieux r.i. qui vient lire ce blog à la volée et n'arrête pas de me taquiner.
Il ne restait qu'à revenir sur terre en créant des choses à manger à partir des choses achetées plus tôt, à se creuser le ciboulot pour un menu enfant qui sorte de l'ordinaire, vu que la famille de samedi soir m'a fait remarquer que, peut-être, je ne me renouvelais pas beaucoup et que j'en ai conçu une légère blessure à l'égo, à faire une salade d'oranges à l'eau de fleur d'oranger et à mettre au lit un MiniLoup épuisé par cette journée. Je ne sais pas vous, mais moi, rien qu'à vous raconter tout ça, je suis passablement épuisée aussi, dites.
Ce qui tendrait à prouver qu'il n'y avait pas de fil directeur particulièrement important au cours de cette journée, sinon la volonté d'y survivre, et que le sommeil me semble la dernière option envisageable. Dont acte.

mardi 25 mai 2010

Esprit frappant

Il était une fois... non.
A l'origine il y avait... non.
Au début des choses... non.
Avant que le reste n'arrive... ah zut ! non.
Ici Alphonse, bonjour tout le monde. Ca fait une heure que je me triture la plume à essayer d'écrire le début d'une histoire crédible pour vous raconter ce qui se passe ici, et rien à faire, ça ne me vient pas. Bon, tant pis, je vais vous raconter mes histoires à moi alors.
Timirrou, ces derniers temps, a comme un coup de blues. Il passe la plupart de ses journées tapi dans l'armoire sur un tas de vêtements qu'il a tirés un à un, du bout de la griffe, des cintres où ils pendaient auparavant et qui lui font une couche douillette. On a beau être déprimé, quand on est un chat, on aime son confort. Je ne vais pas lui jeter la pierre, j'en profite aussi, remarquez. Il semblerait que la raison profonde de ce vague à l'âme, ce soit la décision ferme, entière et absolue de la cafelière de refuser de le laisser aller sur le toit. En été, dans la pièce du haut, il fait très chaud et on peut ouvrir les fenêtres de toit en grand pour aérer, mais la dernière fois que la famille a tenté ça, Timirrou a mis les bouts sur les ardoises et il a fallu aller le rechercher parce qu'il n'arrivait plus à rentrer tout seul. Au cas où votre mémoire vous ferait défaut, il s'agit bien du même matou qui a réussi à disparaître dans un mur puis sous le plancher de la courette, oui. Le même, seul et unique. Ces derniers temps, à ceux qui lui demandent conseil pour l'ouverture d'un lieu semblable au sien, la cafelière recommande, comme animal fétiche et/ou mascotte, le poisson rouge. Les félins, en ce moment, on dirait que ça la chiffonne sévère.
A part ça, je passe le temps que je ne passe pas à roupiller sur la pile de vêtements froissés à essayer de ne pas me faire asseoir dessus et à cette époque à Rennes, c'est dur, surtout quand on est un fantôme et qu'on préfère siroter le café des autres en terrasse. Le café des autres, forcément, vu que les serveurs, même les plus aimables et les plus sympathiques, ne me voient pas et ne peuvent par conséquent pas accéder à mon désir, pourtant légitime, de goûter tranquille à ce breuvage qui m'a un jour coûté la vie, mais je vous raconterai ça une autre fois. Les terrasses à Rennes à cette époque, c'est bondé, vous verriez ça. La moindre chose qui ressemble à un siège et qui se trouve plus ou moins sur la voie publique se voit prendre d'assaut par des hordes de jeunes filles en phase de bronzage et de jeunes gens à lunettes noires très chics, ainsi que d'autres hordes de tas de gens divers et variés qui, sous le soleil, ont tous l'air aimable. Et après des mois de grisaille, trouver les gens aimables dans la rue, ça vous requinque n'importe qui, non ?
Enfin, je ne vais pas vous laisser sans vous annoncer la réouverture de la cour intérieure du Café Clochette. Fort modeste au demeurant, puisqu'on n'y met que trois tables, mais c'est un petit patio tout à fait confortable et frais quand il fait chaud dans la grande ville. J'y passe les matinées en ce moment, avant l'ouverture des portes, à contempler les hirondelles. Si vous venez y faire une pause de déjeuner, de goûter ou de dîner, ne vous offusquez pas de devoir reprendre un café, d'accord ? ayez une petite pensée pour un pauvre fantôme...

lundi 24 mai 2010

Manipulation ou communication ?

- Dis, mon MiniLoup tout patraque malgré ce grand beau temps, tu voudrais un peu de pomme pour chasser tes microbes ?
- Ah ouaaaaiiiis ! Mais alors pas épluchée et pas en morceaux, hein.
- Ah, fait la maman en contemplant la pomme épluchée, éviscérée et en morceaux qui s'entasse dans la coupelle. Voilààààààà !
- C'est quoi ? fait le MiniLoup suspicieux devant tant d'enthousiasme maternel.
- C'est des aiguillettes de pomme, mon loup, et après je te fais des aiguillettes de mangue, oké ?
- Ouaaaaaiiiiis !

J'essaie d'arrêter, mais pas tout

Ca fait maintenant deux bonnes années que j'ai commencé à rêver à avoir un blog. Voyez où ça m'a menée. Enfin ça pourrait être pire, mais c'est vrai que quand votre premier réflexe quand il se passe quelque chose, ce n'est pas de décrocher votre téléphone pour parler à quelqu'un de réel ou de foncer parler à des vrais gens qui peuvent répondre en se moquant de vous ou en compatissant, selon la situation, mais de foncer sur les touches pour raconter tout ça, voire pour en profiter pour faire des effets de style, vous pouvez commencer à vous poser des questions. C'est un réflexe auquel on résiste, notez bien. Surtout quand des gens réels se chargent de vous bousculer un peu pour vous sortir de derrière vos touches. Merci à tous ceux qui se sont manifestés ces derniers temps, y compris en grec ancien ou à des heures indues derrière le rideau tiré !
Et puis il y a des situations où il n'y a pas grand-chose à dire mais plutôt des choses à faire et je vous invite à jeter un coup d'oeil à l'affiche qui suit. Pour défendre la liberté d'expression et faire poids là où, aujourd'hui, il est important de ne pas détourner le regard des réalités, venez faire un tour mercredi soir à la Salle de la Cité et soutenir le Collectif de soutien aux personnes sans papiers de Rennes.


dimanche 23 mai 2010

For my eyes only

Une fois n'est pas coutume (ahem), je vais me servir de ce blog à des fins toutes personnelles et égoïstes. Je vais y consigner la liste des recettes que j'ai vraiment envie d'essayer et qui commencent à s'accumuler. Il est donc probable, cher lecteur, que ce billet te soit totalement étranger et/ou inutile. Tout le monde, certes, ne court pas les blogs culinaires à la recherche de la perle rare. Alors si vraiment, cher lecteur, ta souris t'a égaré ici aujourd'hui mais que ça te laisse tout à fait indifférent, sache tout de même ceci : on est dimanche, au milieu d'un week-end de pont, et il fait un temps magnifique, alors quand même, moi je dis, tu devrais plutôt faire autre chose que passer ton temps sur internet. Et voilà. Enfin repasse plus tard, ça sera sûrement plus intéressant !

La liste donc, sans trompettes ni tambours ni rien de ce genre.
Des biscuits soufflés au chocolat sans gluten, trouvés chez Sandra sur son blog Le pétrin.
Le gâteau de Savoie super moelleux de chez Papilles et pupilles.
Le Turinois de Chocolat &cetera, ainsi que sa Dacquoise au chocolat, son cheesecake au chocolat blanc et ses sablés bretons au chocolat.
Les chocolate and coconut macaroons de David Lebovitz, sur son blog Living the sweet life in Paris.
Le sbrisolona, gâteau sableux de Mantoue à la farine de maïs, sur le blog Very Easy... Kitchen.
Le cake au thé et au chocolat de Sophie, déniché sur le blog de Lilibox.
Les brownie roll-out cookies de chez Smitten Kitchen, ainsi que ses 17 recettes de douceurs sans farine.
Le Pleyel de Cakes and the City, et aussi ses macarons marocains aux amandes effilées et ses étoiles à la cannelle, deux recettes sans gluten, et le shortbread aux cranberries.
Chez Eryn, voici les Choco-noisetti, sans beurre et sans gluten. Miss Diane a aussi tout une liste de recettes sans gluten à essayer absolument, ici.
Chez the Wednesday Chef, une recette de Kim Boyce, le Olive Oil Cake, gâteau à l'huile d'olive, au chocolat et au romarin.
Chez puce bleue, sur son blog J'en reprendrai bien un bout, j'ai trouvé une recette de tarte aux fraises avec une pâte étonnante et sans gluten.
Chez Cléa, il faut absolument que j'essaie la recette des biscuits vanillés aux graines de fenouil. Il y a aussi les amaretti aux épices, sans gluten et très parfumés.
En salé, voici les cannelés à la chataîgne sur Paperblog.
Enfin, il y a longtemps que je rêve devant le gâteau basque de Sucrissime et un de ces jours, c'est sûr, je vais le tenter.

Voilà. Ceci étant fait, bon week-end gourmand à tous !

samedi 22 mai 2010

Heigh ho, boulot

Si, ces jours-ci, vous ressentez le besoin profond de voir quelqu'un travailler avec enthousiasme, je vous encourage vivement à venir faire un petit tour au Café Clochette. Vous y rencontrerez, si ce n'est déjà fait, la dernière recrue de la petite bande : Aude. Non contente de tenir le fort pendant que la cafelière se refait une petite santé au fond du lit ces derniers temps, elle y met une bonne humeur communicative. Et l'index, mes amis, avez-vous vu l'index des recettes ? il était en déshérence depuis de longues semaines, au grand dam des amateurs de recettes qui devaient fouiller le blog de fond en comble pour trouver celle dont ils rêvaient... Voilà, vous pouvez la retrouver facilement maintenant, tout y est. Et la compta ! si la cafelière a une bébête grise, c'est la compta. Et bien pouf, elle est faite. Et les jouets, ceux qui s'amoncelaient sur l'étagère du haut dans la cabane des jouets au grand dam du petit bonhomme qui nous fit remarquer avec esprit et à propos, ce midi, que c'était pas logique que ces jouets-là ne soient pas à leur place alors qu'on lui demandait d'y mettre les autres, à leur place (enfin c'était plus élégant et moins alambiqué, comme formulation, les enfants ont de ces talents-là) : et bien ces jouets, pouf, rangés à leur place. Incroyable. Et je ne vous parle même pas des petits gâteaux, car nous avons été prises d'une frénésie de sablés salés qui surprendra peut-être les amateurs de nos fameuses assiettes de dégustation sucrées, mais qui nous a bien amusées et tenues en haleine sur la question du four (si l'histoire vous intéresse, elle est à retirer à l'accueil du magasin).
Enfin bref, j'ai un peu l'impression de me la couler douce ces derniers temps. Alors imaginez ma stupeur ce soir quand, sur le coup de 20h, au moment où je lâchais mon lâcheur de téléphone qui commence à me courir sévère, celui-là, et où je me tâtais pour vérifier les programmes ciné de la soirée à Rennes, juste au cas où, sont arrivés des gens dans mon restaurant. Oui, des vrais gens ! qui avaient faim, et tout ! Dans ces cas là, on se dit bon sang, ça ne saurait mentir, et ça ne fait qu'un tour. Et puis il n'y a plus qu'à soupirer en se disant que les braves font face, même si Aude n'est pas là ce soir... Et puis il n'y a plus qu'à prendre son courage à deux mains avant de le laisser retomber brusquement faute de mieux, vu que ses deux mains on en a terriblement besoin, d'un seul coup. Carafes, corbeilles, verres à vin, petites serviettes, les couverts, hop hop, on pousse les tables, on pousse le chat installé au milieu sur la terrasse où tout le monde veut s'installer, même sur la petite table bleue toute branlante, on attrape des assiettes au vol et on sort avec précaution les salades de la grande assiette de salades de printemps pour les disposer élégamment mais à grande vitesse sur les assiettes, les grandes carrées. Pour la daube, ce sont les profondes façon torchon à carreau. Et pour le dessert, les petites à cerises bleues. Il arrive un moment où on jongle avec tout en même temps, et trois cafés qui partent, mais attention, il faut un déca aussi, surtout ne pas se tromper, surtout le soir ! Et surtout on n'oublie pas la grande assiette de dégustation sucrée pour la chouette table de quatre où il y a trois jeunes filles et deux parents, ce qui en fait une table de cinq, forcément.
Ce sont des moments intenses. Mais il faut aussi garder quelques minutes pour s'indigner de Clochette qui met la truffe dans la carafe sur une table pour s'abreuver tranquille ou juste se rafraîchir les moustaches, lui dire un mot entre quatre-zieux et consoler les convives de la table en question qui se désolent pour le pauvre petit chat qui avait l'air d'avoir soif. Et se demander, nom d'un escargot urticant, où on a déjà vu ce monsieur, là, à la table du fond, ce serait pas le grand-papa de A., des fois ? mais sans oser lui demander.
Sur le coup de très tard, une fois qu'on a fini de passer la serpillère et que la purée pour demain est au four en train de gratiner, on se dit que quand même, le travail, c'est peut-être bon pour la santé, mais que c'est légèrement fatigant, quand même. Heureusement, demain, il y a Aude. Je vous ai dit, pour l'index ? c'est pas épatant, ça ?

vendredi 21 mai 2010

Cheesecake !

Une bonne recette de cheesecake, c'est comme une bonne recette de gâteau au chocolat : quand on en tient une, on est sûr qu'on tient la meilleure au monde et on essaie de la refiler à tout le monde au prétexte que "cherche plus, c'est la meilleure". Vous me connaissez, ce n'est pas mon genre. M'enfin là quand même, celle-là elle est très très bien... Alors je vous la refile quand même mais en douceur, à vous de voir si elle est aussi bonne que la vôtre. Chiche.


Cheesecake banane-caramel

Ecrasez joyeusement (au rouleau à pâtisserie si vous avez les nerfs, au robot ménager sinon) 250g de gâteaux secs (spéculoos, petits beurre... ce que vous avez sous la main ; pour une version sans gluten, mettez des petits gâteaux sans gluten et un peu d'amandes en poudre) et mélangez-y 50g de beurre fondu. Tassez au fond d'un moule à fond amovible tapissé de papier sulfurisé. Faites cuire 5 mn à 180°C puis laissez refroidir. Attention, laissez vraiment refroidir ! sinon ça n'a pas le temps de durcir et quand vous versez l'appareil dessus, tout part en patafiole ! Mélangez 500g de fromage frais (type Saint-Môret, mais les marques génériques des grands magasins sont tout à fait bien aussi), quatre ou cinq cuillères de crème fraîche ou de mascarpone, 75g de sucre et quatre oeufs. A part, écrasez deux bananes avec du jus de citron et ajoutez au mélange précédent. Enfin, ajoutez du caramel liquide, selon votre goût.
Versez la préparation dans le moule où a cuit la croûte et mettez à 150°C pendant une heure. Laissez refroidir dans le four, puis au frigo pendant une nuit.
Vous pouvez zapper les bananes et mettre autre chose : myrtilles, fraises, framboises... parfumer au citron, au citron vert, au café...

jeudi 20 mai 2010

The vegetable orchestra

Merci à Cristelle pour le lien vers ce beau moment paraculinaire !

mercredi 19 mai 2010

Un sage appel aussi

- Allo, bonjour, je pourrais parler au responsable s'il-vous-plaît ?
- Oui, c'est moi.
- Ah bon ? ah, alors bonjour.
- Bonjour.
- Ici monsieur ***** des Pages Jaunes. On vous a déjà appelée je suppose ?
- Ah non, je ne crois pas non.
- Tiens, curieux. On appelle tout le monde, vous comprenez. Enfin en tout cas, on m'a confié quelques dossiers et on m'a chargé de vous appeler.
- Oui ?
- Parce que vous comprenez, chaque année on s'assure que tout est en ordre, hein. Parce que sinon, après les gens ils nous disent qu'on les a pas appelés, et que c'est une catastrophe parce qu'ils ont changé d'adresse, tout ça.
- Oui ?
- Alors je vous appelle.
- Oui, je vois.
- Vous n'avez pas changé d'adresse ?
- Non.
- Et le nom, c'est bien Café Clochette ? c'est un bar, c'est ça ?
- Non, c'est un restaurant.
- Ah, vous êtes sûre ?
- Euh... oui.
- Ah, parce que moi quand j'entends Café Clochette, je pense tout de suite que c'est un bar. C'est une brasserie, alors ?
- Non, un restaurant.
- Ah, et votre mari il s'appelle Peter, c'est ça ? hinhinhin.
- Euh, dites, puisqu'on en parle, ici c'est un restaurant et il est 11h15 et les choses se précipitent un peu, là, alors si on pouvait accélérer la manoeuvre ?
- Hum, oui, bon, d'accord. Alors le nom c'est Café Clochette c'est un restaurant (c'est sûr hein ?), vous n'avez pas de spécialité (non ?), ce n'est pas un restaurant ouvrier (si ?), on peut venir le week-end et le soir (hein ?) et voilà.
- Euh... oui.
- Ah bon, alors envoir madame Clochette. Bonjour à Peter, hein ! hinhinhin.

mardi 18 mai 2010

Vers de sages appels manqués

Un petit matin, le téléphone portable de la cafelière se met à sonner. Il est beaucoup trop tôt pour que ça la réjouisse franchement, mais elle n'a qu'à s'en prendre à elle-même, vu que c'est elle qui lui a demandé de la réveiller, alors elle ne l'écrase d'un coup de poing rageur qu'à contre-coeur et en retenant ses forces. Las ! avant même que sa main ne s'abatte, la bestiole électronique s'étrangle, tousse puis se tait. V'là aut' chose. Impossible d'ignorer plus longtemps la vérité : il est à bout de forces, pauvre petit. Ca fait quelques années qu'il prend des photos, passe à la cafelière la voix douce de multiples administrations et lui permet de joindre dans l'urgence divers banquiers, comptables, artisans et autres fournisseurs. Elle avait fini par croire, sûrement, qu'il faisait définitivement partie du tableau du Café Clochette. Mais c'était sans compter avec la déliquescence des choses. Voilà, il est mourru, comme dirait MiniLoup qui ne s'explique toujours pas avec certitude la raison de la disparition des dinosaures, tout empêtré qu'il est dans ses trois zypotèses.
Ce n'est pas la première fois qu'on a à déplorer une perte au Café Clochette ; Prosper avait déjà rendu les armes devant l'amplitude de la tâche, il y a quelques mois, mais un miracle était arrivé et il était revenu, un peu essoufflé mais prêt à épauler son nouveau collègue Tancrède pour mixer, mouliner et râper à tours de moulin au fond de la cuisine. Cette fois-ci, dit la dame du magasin à la cafelière, je crains que ça ne soit définitive, comme mourritude. Enfin elle dit plutôt, l'air mi-désolé mi-gourmand, "ah ben il est foutu, là, hein. Vous avez des points ?"
Comme la cafelière, après vérification, a des points, elle repart avec dans ses poches crevées ses poings, fermés l'un sur le petit corps sans vie de son ancien téléphone et l'autre sur la boîte contenant le nouveau. Il s'agit désormais de se présenter et... ah ! c'est l'aventure qui commence. Comme toujours. La nouveauté, ce n'est pas que ça la rebute la cafelière, c'est juste que... c'est pas comme d'habitude, quoi. Dont acte. On rentre au Café Clochette le palpitant papillonnant, on s'assoit, on se fait un déca, on pêche la notice dans la boîte, on sort avec précaution la nouvelle bestiole et on fait connaissance.
- Bzzz. Bonjour. Veuillez entrer votre code PIN.
- Ouais, salut. Mon quoi ? (feuilletage effréné du papelard) Ah voilà. Tic-tic-tic-tic. Enter.
- Blllllouuubzz.
- Quoi ?
- Clic.
- Oh ?
- Bzzzzzz. Bonjour !!!
- Ah, euh, rebonjour. Bon, maintenant on fait quoi ? Ah tiens, il faut que j'appelle Mister C., là. Euh... Abracadabra, bottes de sept lieues, petit génie, appelle-moi Mister C., stoplé.
- ...
- Et ben ? il est où, le numéro de Mister C. ? ben zut alors ! plus de Mister C. !
- ...
- Je vois. Il y a de la résistance à la marche du progrès, par ici. Quand je pense que je viens de te tirer de l'obscurité pour t'introduire au monde palpitant du petit commerce, c'est petit. Petit petit petit.

Trois heures plus tard, j'avais entassé sur mon bureau quelques tas de vieilles paperasses pour récupérer les traces aléatoires, sur papier, de tout un tas de numéros de téléphone qui avaient rendu l'âme en même temps que mon précédent téléphone. Je suis en train d'écluser le tas, mais ça me ralentit un chouia sur la production culinaire. Si vous n'avez pas demain de quoi vous mettre un deuxième dessert au chocolat sous la dent, plaignez-vous à un certain Bell Alexander Graham, dont l'invention a sans doute fait beaucoup pour l'humanité, mais pas grand-chose pour la tranquillité d'esprit de la cafelière. Il fallait que ce soit dit.

lundi 17 mai 2010

Tentatives d'épuisement

Il arrive qu'on se retrouve avec un petit fond de quelque chose dont on ne sait vraiment pas quoi faire. (Surtout quand c'est le fond de l'air et qu'il est frais, mais c'est le sujet d'un autre débat que je n'ai pas le courage d'aborder ici maintenant, vu que ce fond, précisément, est à l'origine d'une sinusite carabidée qui me poursuit depuis une sebaide et que j'ai comme un léger mal de tête, là.)
Non, je voulais parler des petits fonds de sachets de trucs et de machins : trois pruneaux qui se battent en double duel, quelques graines de sésame noir qui ont survécu à la dernière fournée, un bout et demi de gingembre confit qu'on n'a pas réussi à caser dans un sablé, ce genre de choses. Comme on a, parfois, de drôles d'idées, on se dit que ça pourrait peut-être servir à un exercice de style du genre des Papous dans la tête, version culinaire, et que la contrainte est mère de créativité, tout ça. On a aussi sous la main un épatant petit livre de Cléa, Croquez salé !, et des démangeaisons dans la balance à ingrédients. Alors hop, on fait des expériences.
Acte 1. Hacher des champignons séchés. Une poussière s'élève, c'est que ça fait une poudre toute fine les champignons séchés et hachés au robot. La cafelière tousse. L'éléphant qui s'agite dans ses sinus depuis quelques jours fait des sauts périlleux à travers un cerceau rose.
Acte 2. Ca fait quoi, une cuillère à soupe de sésame, quand on mesure en fond de sachet et qu'on a la flemme d'aller chercher une cuillère à soupe dans le pot sur le buffet à l'autre bout de la cuisine ? Ca faisait trop. C'est du sésame noir et ça a transformé la pâte en amas grisâtre et informe qu'on a le plus grand mal à tasser sur le plan de travail où on est supposé en tirer des morceaux à l'aide d'un emporte-pièce.
Acte 3. Où est l'emporte-pièce ? chais pas, pas le courage d'aller chercher dans le tiroir à bazar où MiniLoup a mis de l'ordre il y a trois jours. Il paraît qu'on peut prendre un verre, prenons un verre. Mauvaise idée, la pâte se réfugie au fond du verre et refuse d'en sortir, il faut y aller à la maryse et toutes mes maryses sont trop larges et/ou trop fatiguées au bout de deux ans de bons et loyaux services pour me rendre celui-là. Penser à racheter une maryse.
Acte 4. Le four est chaud. Les petits tas de pâte ont été péniblement disposés sur une plaque à pâtisserie. Hop.
Acte 5. C'est bizarre. Ca sent comme si c'était cuit, ça a l'air cuit, mais ce n'est pas cuit du tout. Dix minutes plus tard, c'est trop cuit. Il reste un peu de pâte pour une ultime tentative en mettant le four un chouia plus fort.
Acte 6. La cafelière et son éléphant s'efforcent d'écrire un billet de blog à partir des expériences du jour.
Acte 7. C'est trop cuit, forcément, quand on se laisse déborder par la litté-rature et qu'on oublie ce qu'on a dans le four.
Acte 8. Pourquoi s'être levée ce matin ? N'ayant aucune bonne réponse à cette question, je retourne me coucher. Bonne journée tout le monde. Si vous avez besoin d'un fond de sésame noir, j'ai ça, mais la passation ce sera pour après la sieste.

PS. Le livre de Cléa, il est vraiment bien. Suffit de respecter les recettes !

dimanche 16 mai 2010

C'est pas tout ça

Le but de la manoeuvre, quand on a un blog, c'est quoi ? bonne question. Je ne vous remercie pas de me laisser vous la poser, je sens la migraine qui pointe. Ce que ce n'est pas, je le sais bien : un journal de bord. Parce que dans un journal de bord on peut pointer les bonnes et les mauvaises choses et dans un blog, par définition public, on ne peut tout compte fait que mentionner les bonnes choses, à quelques exceptions près. Ce n'est pas qu'il est inutile de faire pleurer dans les chaumières ni même (et pourtant) qu'il s'agit de protéger à toute force une intimité parfois mise à mal par la livraison de soi sur la toile, mais surtout que quand on tient un commerce, ma foi, on se doit de ne pas livrer l'aspect plus... discret des choses. Les clients pas drôles, les tracas de la gestion ordinaire, les inquiétudes fondamentales restent au panier de la narration, au moins en grande partie.
Quand on a dit ce que ce n'est pas, alors qu'est-ce que c'est ? Un exutoire. Une bouffée d'air frais au quotidien, qui permet de fixer dans des mots des choses rigolotes, si possibles, ou utiles à partager, ou utiles à dire juste pour que ce soit dit. C'est aussi un exercice, celui de la forme brève. Mine de rien, écrire un petit bout de texte aussi souvent, ça vous fait la plume, même si l'on peut craindre parfois de ne plus savoir tenir la distance, à force de se cantoner au micro-texte. Enfin le macro-texte, on m'en fait la réflexion dans la coulisse, je n'ai qu'à l'écrire ce fameux livre de cuisine pour m'y frotter. Certes. Merci, la coulisse.
Finalement, le but de la manoeuvre, je ne sais pas trop ce que c'est. Sauf que quand on me dit "je lis votre blog" avec des petites étoiles qui pétillent dans les yeux, je me dis que c'est peut-être pour ça, et que ça doit bien suffire. Enfin tant que ça dure, hein !

vendredi 14 mai 2010

Quand on aime...

... c'est bien connu, on ne compte pas. Ce qui explique que je n'ai jamais réussi à numéroter mes tables. Quand Isabelle est venue travailler ici à l'ouverture du Café le 26 novembre 2008, j'étais très soulagée de savoir qu'elle serait là, parce qu'elle avait une expérience de la restauration et moi pas - du tout. Enfin sauf en tant que cliente, mais ça ne vous donne qu'une idée assez limitée des quiproquos possibles en cuisine et en salle quand on ne maîtrise pas bien toutes les ficelles. Dont la numérotation des tables. Isabelle, en vraie pro, avait, elle, numéroté les tables et s'en sortait très bien - jusqu'à ce que je m'en mêle. Parfois, pour une raison ou pour une autre, il était nécessaire que j'amène quelque chose sur une table. Il suffisait qu'elle me dise "c'est pour la trois" pour que je l'amène à n'importe laquelle des six autres tables. Sans le vouloir bien sûr.
Et puis le samedi midi, j'étais toute seule au service et en cuisine et quand on est à la fois au service et en cuisine et qu'on n'arrive pas à retenir le numéro des tables, ça crée de la confusion, croyez-moi. Et de la bonne humeur et de la communication entre les tables, forcément, dans un endroit comme le Café Clochette où très vite les clients ne sont plus seulement des clients mais deviennent sans vergogne très taquins avec la cafelière. Du coup, il arrivait que des éclats de rire éclatent quand je retournais en cuisine et que les gens se repassaient leurs plats respectifs très gentiment pour ne pas me vexer. J'ai fini par repérer la manoeuvre et renoncer définitivement aux chiffres pour désigner mes tables. Ce n'est pas que je me vexais, remarquez bien, mais dans l'intérêt d'un service bien ordonné, tout ça... oui bon j'étais un peu vexée. Jusqu'au moment où quelqu'un m'a fait remarquer que les chiffres c'était fait pour compter et que j'avais qu'à utiliser autre chose et voilà tout.
J'ai essayé les lettres, mais là c'était Isabelle, revenue de son week-end entre-temps, qui ne s'y retrouvait plus du tout et ne comprenait pas la logique qui m'avait permis de renommer la table 1 en table F. Oui ben yen avait pas, de logique, c'était un coup d'inspiration, voilà. On a renoncé aux lettres. Et on a fini par désigner les tables par un autre système. Souvent, je me débrouillais pour mettre sur mon petit papelard le nom d'un des enfants quand je le connaissais, mais ce n'est pas infaillible comme système, notamment lorsqu'il y a plusieurs petits Paul ou plusieurs petits Pierre. Alors on a quand même décidé d'avoir recours à un système un peu rigoureux. Il y a donc eu la table de l'aquarium, la table ronde, la table de quatre, la table jaune et la table du manège. Ca s'est corsé quand la table jaune est passée à quatre places et que la photo de manège a été remplacée par un tableau représentant une girafe rose tenant en son bec un brin d'herbe. Maintenant, il arrive avec Aude qu'on évoque "la dame de la girafe" ou "le petit bonhomme de l'aquarium", mais parfois, il nous faut débrouiller quelques brins d'incompréhension quand j'évoque "le monsieur en vert de la table de quatre où ils sont deux". Ce sont les aléas du métier, ça, voyez-vous. Ca rend les choses poétiques.

jeudi 13 mai 2010

De cochons, chevaux et autres cartes à papattes

Une dame vient de me passer devant dans la file. D'habitude ça me faire sourire, là je sens le rouge me monter aux joues et avant que j'aie réussi à me retenir, ça part tout seul : "dites, j'ai une tête de ticket périmé, là ?" Je vous l'accorde, ce n'est pas très spirituel, d'ailleurs ça n'a pas déridé la dame, mais là, zut. J'ai récupéré mes deux kilos de crevettes et fichu le camp toute zénervée.
Je sais pas pourquoi, ça fait une bonne semaine que j'ai les nerfs un peu à vif. C'est comme si j'étais en play-back et que la fée Clochette, celle de Disney, parlait à ma place une fois de temps en temps. C'est qu'elle a un fichu caractère, la fée Clochette de Disney, c'est pas une marrante, je peux vous le dire. Dites, docteur, c'est grave ? nan, pas la bronchite qui est revenue... Je veux dire, le caractère de trois petits cochons qui m'a poussé comme ça sans prévenir.
Peut-être bien aussi que je suis en train de piaffer d'impatience, là. Maintenant que le chemin est tracé et que je sais où je vais, j'ai du mal à rester à l'écurie, quoi. Encore quelques mois, si tout se passe comme prévu, et je prendrai régulièrement la route du Sud pour aller étudier du côté de la mer, celle où un non-Breton peut se baigner sans risquer l'hypothermie, dans une ville qui ressemble beaucoup à Rennes parce qu'il y a plein d'étudiants et de cinémas et de bars sympas et de gens qui aiment bien les huîtres et le petit vin blanc du coin et le nectar du Pic Saint-Loup et toute cette sorte de choses. C'est pas tout à fait Barcelone, mais c'est pas mal quand même. Une cafelière qui ressent l'appel du Sud, ça piaffe, c'est comme ça. Gentiment, hein, la plupart du temps je suis une cafelière ravie de voir les gens venir au Café Clochette, m'enfin je ne me voile plus la face, ça ne me suffit plus à me porter au quotiden, l'excitation quotidienne que j'aurai vécue pendant presque deux ans.
Cet après-midi, le monsieur de la chaudière est venu lui rendre visite pour s'assurer que je la traite bien. Ca m'a rappelé mes mésaventures trois jours après l'ouverture (clic, pour la nostalgie) et ça m'a bien fait rigoler d'y repenser, j'en suis presque requinquée. D'ailleurs la dame des crevettes, si ça se trouve, je la recroiserais ce soir, je lui offrirais un petit gâteau. Peut-être.
Heureusement, Aude est là. Elle réalise comme pas deux, entre autres, les macarons de Christine, me permettant ainsi de prendre quelques heures d'escapade momentanée, de rendre hommage à Christine qui est partie vaquer de son côté et qui nous manque, et de la féliciter chaleureusement pour ses talents de pâtissière en croquant dans un des petits gâteaux dont je ne vous dis que ça.
Et puis décidément, j'ai de la chance, j'ai toujours les clients les plus gentils du monde, ils me font crédit. Je sais, ça a l'air paradoxal comme situation, mais c'est bien vrai. Deux familles ont rempli la semaine dernière leur dixième carte de fidélité (ce qui nous fait quand même un total de 200 papattes à elles deux) et je suis en dette : je leur dois un livre de recettes, "Les jolies recettes du Café Clochette". J'ai le titre, mais à part ça c'est très décousu, encore. Alors j'ai beau me dire que la dette c'est la trame du tissu social, ça ne me convainc pas tant que ça sur ce coup-là et il va bien falloir que je me mette au boulot. Va falloir tricoter des papattes de devant, la cafelière.

mercredi 12 mai 2010

Bobotie

Il paraît que toutes les bonnes ménagères du Cap (en Afrique du Sud, oui celui-là) possèdent leur propre version du bobotie, qu'elles transmettent (ou pas) à la génération suivante, et ainsi de suite. Faute de connaître personnellement une de ces valeureuses femmes et de pouvoir m'insérer dans leur lignée généalogique sans que ça se remarque trop, je me suis tournée vers le site Marmiton pour trouver une recette qui puisse faire l'affaire. Alors je ne sais pas ce que diraient les bonnes ménagères du Cap, mais moi je trouve que ça tient la route. A vous d'en juger, sur la foi de la recette qui suit...
Quant à moi, le seul problème qui me taraude, c'est que je ne sais pas comment ça se prononce : bobo-ti ? bobo-si ? bobo-taille ou bobo-çaille ? Encore des heures d'insomnie en perspective.


Bobotie du Cap

Hacher fin un oignon et le faire revenir à l'huile d'olive jusqu'à ce qu'il commence à dorer. Ajouter 1kg de boeuf haché (certaines recettes indiquent qu'on peut mettre une autre viande : agneau ou porc), une tranche de pain mouillée au lait et essorée, une poignée de raisins secs, une bonne poignée d'amandes effilées, deux grosses cuillères de confiture d'abricot, un jus de citron, une cuillère à soupe de curry et de la noix de muscade et un raton laveur émincé (nan, ça c'est une blague, juste pour voir si vous suivez).
Remuer souvent en surveillant la cuisson ; quand le boeuf est bien revenu, mettre au fond d'un plat à four. Couvrir avec un appareil composé de mascarpone, lait et oeuf (en quantité suffisante, ça dépend de la superficie de votre plat : j'ai utilisé 250 ml de lait, deux cuillères à soupe de mascarpone et deux oeufs, sel et poivre). Mettre à 180°C pendant 30mn environ, le temps que ça dore bien.
Servir avec du riz et un peu de salade.

lundi 10 mai 2010

Photo de chaton


En soutien et fraternel salut à un collègue blogueur au poil doux (voir ici, clic) qui a des petites pannes d'inspiration ces derniers temps. Qui suis-je pour lui jeter le caillou.

samedi 8 mai 2010

Des carabistouilles

Oyez oyez : prochain brunch le dimanche 16 mai à partir de 13h, sur réservation seulement ! Et qui sait, ce sera peut-être enfin le fameux dimanche où je ferai des pancakes. Avec du sirop d'érable. Et du confit de pomme maison. Et toute cette sorte de choses. Et du saumon mariné, tiens, si ça se trouve. Ou un cake salé au saumon et à l'aneth.
Le dimanche 16 mai sera également le dernier dimanche de la saison où le Café Clochette sera ouvert l'après-midi. Désormais, il fait assez beau pour que les familles puissent aller se promener à la campagne ou à la mer plutôt que de venir se réchauffer au coin d'un chocolat chaud et d'une assiette de dégustation... on rouvrira dès que le temps frisquet reviendra, en septembre sûrement...
Sinon, le Café Clochette sera ouvert aux horaires habituels toute la semaine prochaine. Je sèche toujours sur les projets d'entrées, m'enfin d'ici mercredi, j'ai encore quelques heures d'insomnie à consacrer à ce sujet hautement sensible, n'est-ce pas. A moins que je mette les pancakes en entrée. Et le saumon mariné. Ou le cake. Pfff. Des décisions, toujours des décisions.

vendredi 7 mai 2010

Kermesse du Vieux Saint-Etienne


La kermesse du Vieux Saint-Etienne aura lieu demain samedi, dans le square du théâtre. L'après-midi à partir de 15h, il y aura des jeux en bois dans le square pour les petits et les plus grands, puis un pique-nique le soir suivi d'un concert avec les valeureux musiciens du quartier. Animation garantie !
Les enfants vendront des gâteaux et des gauffres sur place et les commerces de la rue restent ouverts. C'est l'occasion de venir découvrir le quartier si vous ne connaissez pas encore, ou de faire mieux connaissance avec ses habitants si vous connaissez déjà. A demain !

jeudi 6 mai 2010

Pavés de semoule au citron

Ce petit livre est décidément plein de bonnes surprises.
Très moelleux, pleins de sirop qui en font comme une réminiscence d'un dessert du Moyen-Orient, voici les...

Pavés de semoule au citron

Confectionner le sirop avec 125 ml d'eau, 170g de sucre, 1 cuillère à soupe de jus de citron et 1 cuillère à café de zeste finement râpé (un truc : si vous n'avez pas de zeste sous la main, vous pouvez le remplacer par quelques gouttes d'huile essentielle de citron après la cuisson du sirop). Laisser frémir dix minutes, laisser refroidir puis filtrer.

Faire griller doucement à la poêle 55g d'amandes en poudre. Attention de ne pas laisser brûler ! Laisser refroidir.
A part, mélanger 170g de yaourt nature, 200g de sucre, une lichette d'extrait naturel de vanille, 125g de beurre fondu, 2 oeufs. Dans un autre saladier, mélanger 185g de semoule fine et une cuillerée à café de bicarbonate, intégrer au premier mélange. Ajouter enfin les amandes et une poignée de pistaches (non salées, sinon vous pouvez toujours rincer et laisser sécher des pistaches salées !). Etaler la pâte obtenue dans un moule carré de 23 cm de côté et faire cuire à 180°C pendant 35 mn.
Verser le sirop sur le gâteau encore chaud. Laisser refroidir avant de couper en petites bouchées.

mercredi 5 mai 2010

Vous autres, hein

Cette cafelière-là est toute préoccupée. Pré-occupée, en fait, au sens littéral : avant même de me mettre au boulot, ça turbine déjà là-haut, ce qui n'est guère propice à un travail sans encombre. Je me perds pour aller au magasin où je vais toutes les semaines depuis un an et demi, je suis tellement distraite que j'oublie le romarin dans la purée au romarin et je néglige outrageusement le vide de la moitié de mes boîtes à petits gâteaux alors qu'il m'appelle à le combler d'une voix de stentor.
Et les entrées, ah ben oui, cette semaine, ya pas d'entrée, pour cause de manque abyssal d'inspiration en la matière.
Il y a la fatigue, déjà, mais pour le reste j'ai un peu de mal à mettre le doigt dessus. Peut-être un effet de la rencontre inopinée avec un monsieur en début de semaine, que je n'avais jamais connu que tout à fait avenant et qui s'est trouvé être un peu moins sympathique que d'habitude, pour le coup. Il faut dire que j'ai la sale manie de répondre honnêtement quand on me pose une question.
- Alors, comment ça va, vous faites toujours vos petits gâteaux ?
- Ca va, enfin fatiguée, mais ça va, merci.
- Comment ça fatiguée ? mais vous étiez en vacances ! d'ailleurs je suis passé dimanche avec les petits-enfants et vous étiez pas là, alors fatiguée, hein ! vous faisiez la sieste, non ?
- Euh...
- Nan parce que vous les commerçants, au moins, vous pouvez fermer quand vous voulez, hein. Bon, c'est pas bon pour la clientèle, hein, parce que les gens ils viennent une fois, deux fois, mais si ils se cassent le nez ils reviennent pas, hein, c'est comme ça.
- ...
- Enfin vous pouvez toujours embaucher, hein, c'est pas comme les salariés, eux ils sont bien obligés de faire leur boulot hein ! ya personne pour les remplacer, ou alors hop à la porte, hein !
- ...
- Pourquoi vous me regardez comme ça ? vous avez bien les moyens d'embaucher, allez, à chaque fois que je suis venu c'était plein, vous devez avoir de quoi voir venir avec votre affaire, là.
- Euh, pas vraiment en fait...
- Ouh là, tous les commerçants que je connais ils disent ça, mais je vais vous dire, mon boucher il roule en BM, alors ! enfin c'est normal, hein, vous voulez pas que la concurrence soit au courant. Mais sérieusement, vous êtes pétés de thune, vous autres, non ?
- Par nous autres, vous voulez dire... ?
- Allez, vous avez bien compris ! au revoir, je passerai un de ces jours quand on aura les petits-enfants ! c'est que quand même ils sont bons vos petits gâteaux, là, hein !

A vrai dire je n'avais pas compris et je n'ai toujours pas vraiment compris, mais après l'ébahissement initial et le coup de colère à retardement, c'est plutôt l'abattement qui m'accable, là.

vendredi 30 avril 2010

Miettes de temps

Quand on devient maman, on découvre une autre dimension du temps. Il ne se rallonge pas : il épaissit. On apprend à tout faire en même temps. Dans la même minute, il faut consoler un petit qui pleure, essayer de comprendre pourquoi il pleure, prendre sa douche et préparer un petit déjeuner, le tout en prévoyant le repas du soir et, éventuellement, en passant un coup de balai sous la table et un coup d'éponge pour enlever le plus gros de la mare de jus d'orange. Ensuite, il faut trouver un body propre, fourrer le linge de la veille dans la machine à laver, habiller un petit tortillon que ça amuse beaucoup, trouver un doudou du bout d'un doigt de pied et se sécher les cheveux. Le tout en moins de temps qu'il n'en faut au plus grand pour faire des expériences de chimie amusante avec la flaque de jus d'orange et la salière qui traînait sur le plan de travail. On en profite pour ranger quelques boîtes de céréales qui traînaient également et chercher frénétiquement l'éponge qui a disparu depuis la minute précédente. La nuit, c'est la même chose, mais dans le noir.
Quand on ouvre un commerce, et surtout un restaurant, ce genre de compétences est essentiel. On se retrouve donc à gérer un temps émietté, entre les multiples tâches qui doivent absolument être accomplies et dont une large part, hélas, semble totalement inutile au fonctionnement même de l'activité. Rien de plus agaçant que de passer une matinée entière à essayer de débrouiller un embrouillamini administratif alors que l'heure tourne, que midi approche et que si on ne met pas la daube au four là maintenant tout de suite, elle ne sera jamais prête à temps, mais que pour la mettre au four il faut avoir épluché les carottes et pour les éplucher il faut aller les chercher chez la voisine restauratrice chez qui tous les légumes du quartier arrivent dès potron minet, mais pour aller chercher les légumes il faut aller chercher le pain, puisqu'on en profite pour collectiviser les voyages à la boulangerie, mais pour aller à la boulangerie il faut être allé chercher le nouveau carnet de chèques à la banque pour payer le boulanger qui est gentil comme tout et sa femme aussi et qui mérite bien qu'on lui paie sa facture à temps, mais pour aller à la banque il faut avoir fini la compta et rempli les papelards pour les chèques à déposer, mais pour finir la compta il faut avoir trié le brouillard de caisse mais pour trier le brouillard de caisse il faut... Ca n'en finit jamais, tout est toujours dans l'urgence et il n'y a jamais une seule minute qui soit libre de toute occupation. Quand on ne cuisine pas, on pense à la paperasse en retard. Quand on ne fait pas le ménage, on fait la liste des courses. Quand on ne dresse pas une assiette, on jette un coup d'oeil à la messagerie pour les réservations. Tout est essentiel, tout est urgent, ça ne s'arrête jamais.
Heureusement qu'il y a les bons moments ! parce que j'ai un peu l'impression de passer mon temps à me plaindre en ce moment et je déteste ce sentiment. Il est vraiment temps de retrouver enthousiasme et positivité ! Ca va pétiller dans la chaumière, je vous le dis. Et puis reprendre le temps d'être maman, finalement, ça va me faire des vacances !
Bon, sinon demain samedi c'est le premier mai, c'est la fête des travailleurs, si ça vous branche il y a une manif dès 10h30 place de la Mairie et le Café Clochette sera fermé pour cause d'anniversaire d'un grand lynx aux yeux qui rient et de convivialité non commerçante mais légèrement hispanisante, à base de sangria et tapas variés. Toutes les occasions sont bonnes, n'est-ce pas. A la semaine prochaine !

jeudi 29 avril 2010

Sérénithé

Midi, l'orage éclate, la cour est trempée, les chaises en bois brillent, les plantes frissonnent. Dans le Café, les loupiottes luttent contre l'obscurité relative, alors que dans la cuisine le curry répand ses arômes. Ce sera calme aujourd'hui, c'est sûr. Aude se lance dans la confection de petits gâteaux pour regarnir les boîtes. Noix de coco et mandarine. Une boîte de lait concentré attend de connaître son sort à côté. La bouilloire ronronne. C'est toujours aussi calme. Un disque tourne en boucle. Les poissons bullent.
Midi quinze. Deux messieurs arrivent, le cheveu humide et l'air affamé, et s'attablent. Une lasagne, une ! et une salade de lentilles à la truite ! En cuisine, on s'affaire, c'est l'affaire de deux minutes vingt exactement. Et puis l'agitation retombe, les assiettes sont servies, les verres de vin remplis, deux cafés gourmand à suivre et Aude retourne à ses petits gâteaux. La cafelière peste in petto en vaquant à ses paperasses.
Treize heures. Les presque-invitées du jeudi arrivent et s'installent pour un déjeuner toujours un peu improvisé, on reprend les conversations en cours, on se donne les dernières nouvelles. Oui, l'Espagne c'était bien. Le petit dernier et ses otites. L'école et les stages. Un chat montre un bout de moustache et repart faire la sieste. Café tranquille, on goûte les dernières créations, le four annonce l'arrivée de la dernière fournée.
"Allo, ici la maison R. pour votre commande de légumes ?" "Ah ben il n'y a personne, alors pour demain ce sera juste une livre d'échalottes s'il-vous-plaît." "Pas de livraison samedi, ça ira ?" "Oui oui, c'est fermé samedi !" Petite semaine décidément, je n'ai pas commandé une seule salade.
On s'installe pour quelques instants de sérénité, livres de recettes, une vache quitte son perchoir pour un câlin, la cafelière laisse tomber sa compta. Journée tranquille.
La sérénité au travail, ça fait du bien...
C'est vrai que pour une journée comme ça, il faudrait travailler le double le lendemain, histoire de gagner quand même un peu des sous... (Mais ça, on y pensera demain, les difficultés du boulot, le temps qui file à des tâches administratives inutiles et ingrates, les inquiétudes perpétuelles sur le lendemain...) Les jours comme ça, on se laisse vivre et c'est très bien comme ça. Le soleil perce, les chaises sèchent, un chat repasse une moustache et refile se coucher. Sérénité.

mercredi 28 avril 2010

Le mardi c'est caddie

Le mardi, c'est caddie. Il s'agit de trimballer dans des allées glaciales un chariot énorme et très lourd dont une roue sur quatre est généralement coincée (si c'est par un bout de salade, ça se résoud dans les 10 mn, sinon, non). La Mouette a su, la semaine dernière, vous évoquer un instant d'éternité au milieu de la crèmerie et du coup, hier matin, j'ai regardé d'un autre oeil mon environnement habituel. Il faut dire que d'habitude, je navigue à vue, le nez sur ma liste, sans trop m'émouvoir des autres clients, mais là, pour une fois, j'ai bien observé tout ça.
Sur le parking, il y a toujours un chien qui attend, le museau sur les pattes, que son maître ressorte de la caverne. Il est couché à côté d'un camion de pizzaiolo, mais je n'ai pas eu le courage d'attendre pour voir si c'est celui qui a tenu la patte de la Mouette. Il y a aussi plein de voitures diverses pourvues de macarons variés et un certain nombre de fourgonettes que des hommes en tee-shirt se chargent de charger de caisses de coca et de cagettes de scarole. Ou de laitue, je ne m'aventure pas assez près pour le vérifier. Il faut dire que certains d'entre eux ont un air légèrement patibulaire et qu'on ne ressent pas forcément à leurs côtés l'envie irrépressible de leur voler une feuille de salade, même pas pour des questions de vérification à fins de véracité bloggesque. Parfois aussi, ils chargent des caisses de jus de fruit, les toutes petites bouteilles, là.
A l'intérieur, le froid vous saisit progressivement. Au rayon du café, encore, ça va. Du côté du miel et des confitures, ça va toujours. Quand on arrive à la pâtisserie, on commence à ressentir quelques tiraillements du côté du cuir chevelu, sauf ce monsieur, là devant moi, qui a la gapette vissée sur l'occiput et qui compare trois bouteilles de rhum pâtissier. Il y a déjà sur son chariot quelques paquets d'amandes effilées mais je ne perds pas une seconde à détailler le reste, j'aperçois en effet une nouveauté : des éclats de caramel au beurre salé. Le temps que je m'extasie comme il se doit, le monsieur a filé. Enfin pas très vite, un chariot de trois tonnes cinq ne file pas comme ça, et il a un léger embonpoint qui ne l'aide pas à exercer une vélocité maximum. Enfin il emmène sa gapette du côté des sauces lyophilisées et j'ai quant à moi rendez-vous avec les feuilles de lasagne alors je ne traîne pas.
Il y a un truc qui s'appelle "gastronorme" et qui a rapport aux normes standard de taille des plats de cuisson dans les cuisines professionnelles, ce qui fait que je trouve des feuilles de lasagne adaptées en taille à des lasagnes de trois mètres carrés. Je choisis plus modestement des feuilles de lasagnes ordinaires en paquet destiné aux ménagères et je passe mon chemin, le temps d'attraper un sac de riz de cinq kilos. Destination crèmerie.
Je m'avance prudemment. Pas de pizzaiolo probable à l'horizon, la côte est déserte, à l'exception d'une dame qui fait un réassort du rayon du comté (des blocs de 2 kg, elle est costaud la dame). Nous nous saluons avec urbanité. J'ai le bout des doigts qui commence à figer sur la barre de mon chariot. Le temps d'attraper une quinzaine de plaques de beurre (ça nous fait du bon 7 kg en tout, quand même), ma roquette favorite, de la mozzarella et des petits chèvres frais en promotion et me voilà à la viande. Je ne vous ferai pas de récit traumatisant ; s'il y a parmi vous d'anciens enfants qui ont eu la hantise de se retrouver coincés dans la chambre froide du boucher de campagne chez qui s'approvisionnait leur grand-mère quand ils étaient petits, je préfère prendre l'élémentaires précautions. Sachez juste que le choix est cornélien toutes les semaines et que la vision de cette barbaque m'oblige à garder en tête toutes mes recettes faites et projetées avec la liste complète des ingrédients idoines, afin de profiter au mieux des possibilités offertes en ce lieu. Mon chariot est de plus en plus lourd et je sens pointer la hantise de le croiser enfin, ce pizzaiolo. Mais non, les restaurateurs sont des êtres d'habitudes et ils ne viennent toujours qu'à la même heure dans leur magasin favori (enfin favori... en tout cas ils y viennent, avec une régularité digne de mécaniques helvètes hebdomadaires). Ca signifie que... oui, il est l'heure de foncer à la caisse. Hop, rapido au rayon poissons, crevettes ou saumon cette semaine ? hop, saumon. Zou, les fines herbes à côté. Une seconde d'éternité à contempler un robot professionnel rutilant et... oui. Le voilà.
C'est le jeune restaurateur fringant, à la mine sombre et barbiche et yeux bruns. C'est l'heure où il arrive. Nous nous saluons de la tête, sobrement, comme tous les mardi matins, vers 10h30, depuis que la dame de la compta a échangé nos factures par mégarde. De semaine en semaine, il a l'air plus sombre. J'imagine que c'est la crise. D'ailleurs à y repenser, ça fait bien un an que je n'ai pas vu de joyeux messieurs échanger des plaisanteries par-dessus la tête des employés qui passent les code-barres devant leur énorme caisse à la sortie. C'est devenu très sobre, tout ça. A l'exception du premier jour de beau temps où les bras velus se sont un peu découverts pour le chargement des camionnettes et où un léger sourire semblait presque flotter sur les visages, j'ai l'impression que tout le monde est tendu. Même la dame très maquillée qui trimballe ses caisses de confiserie sur son chariot et qui plaisante avec la dame de la compta m'a l'air plus triste que d'habitude.
Enfin avec tout ça, je suis pas rentrée, moi. Allez, on se relève les manches et on charge tout ça dans la voiturette. C'est le retour à la réalité, et j'ai des tapas à faire.

mardi 27 avril 2010

Currygolard

- Maman, qu'est-ce qu'on mange ?
- Du poulet au curry.
- Ah ? c'est du poulet-cheval ?
- Euh, non, du poulet-poulet. Pourquoi ?
- Ben t'as dit du poulet écurie.
- ...

lundi 26 avril 2010

A la chasse

Derrière un long bout de bambou surmonté d'un caillou, un petit loup se profile, un grand sourire aux babines. Retrouvailles.
- Maman, t'as vu ? j'ai une lance ! on a mis du scoche, c'est super solide ! je peux chasser les animaux !
- Ouhla, oui je vois. Tu chasses les mammouths ?
(Air catastrophé devant l'apparente disparition des neurones maternels pendant ces vacances au soleil) :
- Ben nan. Les mammouths, il y en a plus que pas beaucoup, et puis ils s'approchent pas des villes.
(Réfléchit une minute en tortillant sa lance) :
- Je vais chasser les chats, plutôt.
(Part au galop en direction de la courette d'où il annonce à la cantonade que finalement, il va chasser les pucerons.) (Puis revient au galop pour une question importante).
- Maman, les pucerons ?
- Moui ?
- Je peux les voir avec mes yeux, ou il faut un microstrope ?
- Ah non, tu peux les voir avec tes yeux.
- Ah ? mais eux, ils vont voir la lance, non ? ils vont avoir peur, non ?
- Ah oui très peur, c'est sûr.
- Alors ça va.
(Repart dans sa mission d'éradication de la courette de la peste puceronnesque. Pas d'inquiétude, ils ont demandé l'exil politique dans la courette d'à côté. Sous la protection d'un mammouth en goguette. Les chats, eux, sont sous le lit.)

dimanche 25 avril 2010

Retour de passe-passe

Hola*.
Et voilà, les vacances, c'est fini. Je rentre fourbue et les yeux encore pleins d'autres images et de surprises au détour de la route. Stéphanie-la-mouette, qui a tenu la maison avec brio pendant cette semaine, m'attendait avec une assiette de dégustation de sa composition et j'ai atterri en douceur au milieu de mes trois chats qui faisaient un rien la truffe. Stéphanie, je te dois une belle chandelle et j'espère que l'occasion se réprésentera souvent de se croiser comme ça ! dommage que la semaine ait été aussi calme, enfin je parle de la fréquentation des lieux, parce que même avec le resto à moitié vide tu n'as pas dû arrêter une minute, c'est le métier qui veut ça. J'ai lu sur ton blog tes aventures et bien ri à la rencontre avec Joe Pesci... je serai à l'affût la semaine prochaine, c'est sûr. Et puis un jour de la semaine où je suis tombée sur un poste internet, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller zieuter le menu que tu avais mis en ligne (ici, clic) et si je n'avais été en route pour un bar à tapas j'aurais été très tentée de rentrer goûter à tout ça...
Car les tapas emballent. Si, si, les tapas emballent. Ce fut une vraie révélation gastronomique et culturelle, je n'en suis pas revenue. Enfin si, mais avec quelques kilos d'anchois, d'olives et de jambon, dans l'espoir d'imiter cette formidable expérience gustative. Et le chocolat, vous le saviez vous que Barcelone était réputée pour son chocolat ? ben moi, non. Vous imaginez la surprise.
Re-bonjour à tous, je vous laisse, j'ai de l'huile d'olive à déballer. La semaine prochaine, il n'est en effet pas impossible que l'ardoise du Café Clochette s'ibérise.
Adios**.



*&** : acquérir deux mots de vocabulaire en une semaine ce n'est pas certes pas glorieux, mais c'est un début. Il ne me reste plus qu'à aller lire George Orwell...

samedi 24 avril 2010

Un goût de reviens-y

Une semaine au Café Clochette, c'est comme les bouchées aux amandes de la cafelière: délicieux, avec ce petit goût de reviens-y. Vous le savez sans doute, si vous fréquentez le lieu, un passage ici n'est jamais anodin. Bien plus qu'une simple étape gustative, bien au delà d'un banal salon de thé, Café Clochette s'avère une aventure humaine, où les inconnus d'hier viennent disserter sur leur engagement écologique, le dynamisme un poil trop acéré du petit dernier ou la façon de consommer et manger autrement.

Il y a les fidèles, bien sûr, qui collectionnent les cartes et leurs jolies pattes de chat, et qui ne s'offusquent plus guère des soudaines crises de nerfs de Clochette. Ces familles, ces mamans que la cafelière connaît par leur prénom. Qui reviennent et s'installent comme s'ils habitaient ici.

Et puis, il y a les novices, qui jettent un regard intrigué à travers la vitre. Une amie, une collègue, une belle-soeur leur a parlé de Café Clochette et ils viennent - enfin, disent-ils - voir de leurs propres yeux de quoi il en retourne. A chaque fois, c'est l'étonnement, devant la chaleur, la simplicité des lieux, sans esbroufe, juste authentique.

Cette semaine, fidèles et novices se sont croisés et j'y ai perçu cette même envie de s'installer, de suspendre un peu le temps, savourant à plein la sérénité des lieux, si atypiques.

Atypiques? Y a-t-il beaucoup de restaurants où les clients restent tranquillement avec leur(s) enfant(s) au coin jeu, bien après avoir réglé l'addition? Oui, y a-t-il beaucoup d'établissements où ces mêmes clients viennent chercher quelque chose en cuisine, naturellement?

Le maître-mot de Café Clochette, c'est le naturel et la spontanéité. C'est pour ça qu'il est unique. C'est pour ça qu'il a un goût de reviens-y. Et c'est pour ça que j'ai été heureuse de savourer ces tranches de vie. Maintenant, place à la cafelière, qui revient avec l'envie d'ensoleiller vos assiettes, dès la semaine prochaine!

PS: Un grand merci à toi, chère Pascale, de m'avoir accordé ta confiance et donné carte blanche en cuisine! Je reconnais bien là ton goût prononcé pour l'aventure...

mardi 20 avril 2010

Tapas et melting pot

Certes, j'imagine vos têtes demain, votre légère - voire immense - déception de ne pas croiser la cafelière. Car voyez-vous, elle a choisi la voie de la raison: celle des tapas.

Je m'égare, je m'égare mais en tout cas, il y en a au moins trois qui ne tiennent pas rigueur de ma présence ici: les chats, évidemment, qui m'ont réservé ce matin une jolie haie d'honneur (j'exagère à peine) et qui ont fait genre, tout va bien, tout est normal. Un comble lorsqu'on accueille une mouette, non?

D'ailleurs, à l'heure où je vous écris, Clochette se love contre mon cou, ce qui rend d'autant plus difficile l'écriture de ce post. Mais je ne pouvais pas manquer de vous saluer, en espérant vous rencontrer - ou vous revoir - en vrai. ici, dans ce lieu que nous aimons...

Sans vouloir vous soudoyer, je vous annonce un makloubet, de l'osso bucco, du tiramisu aux framboises, chocolat et pistache, sans oublier des fèves à la marocaine ou le moelleux au chocolat. Oui, c'est un melting-pot, ma cuisine est pleine d'influences de ça, de là. Sans prétention, juste avec l'envie de vous la faire partager.

Alors, je vous attends?

dimanche 18 avril 2010

Gâteaux étonnants à l'amande

Je suis toujours à la recherche de recettes à base d'amandes en poudre, le remplacement idéal de la farine dans les recettes sans gluten. J'en ai trouvé deux récemment, une de petites bouchées et une autre de gâteau à l'orange. Comme j'ai aujourd'hui l'âme généreuse, je vous les livre de concert.
La première, je l'ai trouvée dans un livre que des clients expatriés temporairement au Canada m'ont envoyé pour me remercier de leur avoir fait parvenir une boîte de petits gâteaux en quasi-contrebande via d'autres clients en partance pour des vacances au frais. Le Café Clochette est au coeur d'un traffic international de petits gâteaux, quoi. Bref. Ca s'appelle "Almond Slices" et ça se trouve dans Cakes and Bakes publié chez Love Food. C'est anglais et donc les mesures sont en tasses.
L'autre vient de chez Nigella, ici (clic), et c'est une recette que je rêvais depuis longtemps de faire, sans jamais y arriver. Elle est idéale pour les régimes destinés à mettre un maillot de bain, il n'y a aucune matière grasse dedans. Etonnant, non ?


Bouchées aux amandes

Dans un saladier, mélanger 1 tasse de sucre en poudre, 1 tasse et demi de lait en poudre, 2/3 tasse d'amandes en poudre. A part, mélanger 3 oeufs et 50g de beurre fondu, puis ajouter le mélange au reste et bien mélanger. Vous pouvez ajouter quelques filaments de safran, mais personnellement je ne suis pas fan. Par contre, un chouia d'extrait d'amandes amères fera merveille.
Mettre à 160°C pendant 45 minutes, dans un plat carré de 20cm de large environ. Laisser refroidir puis couper en petites bouchées.


Cake à la clémentine

Mettre 3 clémentines ou deux petites oranges dans de l'eau froide, amener à ébullition, baisser le feu et laisser frissonner pendant deux heures. Laisser refroidir, puis couper en deux pour enlever les pépins et mettre dans un robot ménager pour les réduire en purée. Ajouter dans le bol du robot 6 oeufs entiers, 1 cuillère à café de bicarbonate de soude, 225g de sucre et 250g de poudre d'amande. Mettre le tout dans un moule rond chemisé avec du papier sulfurisé, puis hop, au four pendant 40 mn à 190°C.

samedi 17 avril 2010

Des bavoirs photovoltaïques

On m'a adressé ces jours-ci un courrier qui m'étonne un peu. L'entreprise qui m'écrit ainsi a choisi de mettre sous son nom, en haut de la feuille, les mots "Audits/Conseils - Budgets - Tableaux de bord" qui, déjà, m'interrogent. C'est un peu fourre-tout comme rassemblement de concepts, non ? Enfin bref. La suite me titille également.
"Mademoiselle, Madame, Monsieur" : bon, ce sont des gens polis, c'est déjà ça.
"A la demande d'un important client, nous recherchons des commerciaux pour de la vente à particuliers, de panneaux photovoltaïques sur les régions Bretagne-Loire Atlantique" : pour moi qui suis habituée à recevoir des propositions d'évaluation de mon fonds de commerce à visée prospective afin de me l'acheter éventuellement si jamais vraiment quelqu'un en voulait, ça m'interpelle. Des commerciaux ? et ben quoi des commerciaux ? j'ai pas ça en stock, moi. C'est pas comme d'habitude, ce courrier, il se passe un truc, là. Nonobstant la ponctuation légèrement aléatoire, il se passe un truc.
"Nous savons que les bars-restaurants-boîtes de nuit sont au centre du lien social et du monde des affaires" : au centre du lien social, certes, j'en vois la preuve tous les jours. Au centre du monde des affaires, ça dépend. Il arrive en effet que des messieurs encravatés se substituent temporairement aux bébés à bavoirs, mais c'est quand même relativement rare et ça ne me met pas en position de revendiquer être au centre du monde des affaires. Enfin si ça leur chante, mettons que oui. Mais quand même, j'ai des doutes.
"Nous vous invitons à transmettre nos coordonnées aux commerciaux opportunistes, intéressés par un métier très actuel et rémunérateur" : des commerciaux opportunistes ? ah ça y est, j'y suis. On me dit que les commerciaux sont des gens qui ont tendance à se dévoyer dans des lieux de perditions qu'on met dans un vaste paquet intitulé "bars-restaurants-boîtes de nuit" et que, comme visiblement j'en fais partie, rapport au nom de mon bouge, on s'imagine qu'ils viennent danser chez moi et consommer du champagne hors de prix jusqu'au bout de la nuit. Mouis. J'ai comme l'impression qu'on n'est pas sur la même longueur d'onde, là. Encore que j'ai parmi mes clients des jeunes gens tout à fait précoces qui, de derrière leur bavoir, seraient peut-être à même de réfléchir à la question de savoir s'ils seraient prêts à vendre des panneaux photovoltaïques. Peut-être.
"Toute information débouchant sur un contrat avec un commercial, fera l'objet d'une commission de 500€ de votre part" : rhooo, ils vont me faire vendre des infos sur mes bébés à bavoir, dis donc ! Je ne mange pas de cette bouillie-là. Non merci.
"N'hésitez pas à contacter Muriel aux heures de bureau" : Muriel, je vous salue bien bas, mais voyez-vous, j'ai autre chose à faire que de vous appeler aux heures de bureau, vu que ce sont les heures où je travaille moi aussi et que je n'aime pas mettre de la farine sur mon téléphone. D'autant que la semaine prochaine je ne suis même pas à côté de mon téléphone.
"Vous souhaitant bonne réflexion, etc., etc." : oui, oui, bien reçu. Merci, "La Direction". A l'occasion, tenez-moi au courant, ça m'interroge, votre histoire.

La mouette va encore frapper

La semaine prochaine, votre cafelière met le cap au Sud et laisse le Café Clochette entre les mains capables de la mouette (clic). Dimanche, hop, plus personne. Après avoir envisagé très sérieusement de mettre le cap du côté du Costa Rica pour trois ans et finalement renoncé, nous nous trouvons tout abattus et épuisés par ces émotions et avons besoin de quelques vacances, au soleil malgré tout. Donc hop, si vous venez (ce que je vous encourage vivement à faire) faire un tour la semaine prochaine, dites bien à Stéphanie que je la salue et la remercie encore de me permettre de prendre un peu de temps. Vous la connaissez si vous venez souvent : elle était déjà venue pour quelques jours en fin d'année dernière. Vous aviez pu (certains m'en parlent encore) déguster ses fameux cannelés et profiter de sa joie de vivre. Peut-être aussi suivez-vous ses aventures sur son blog. En tout cas, elle va faire des merveilles ici en tant que chef invitée (et d'ailleurs, un de ces jours, un samedi pour être exacte, on accueillera un autre chef invité que vous m'en direz des nouvelles, mais je vous en reparlerai bientôt) à la cafèlerie en chef du Café Clochette.
Je vous en ai déjà touché deux mots : c'est un métier usant, à la longue. Surtout quand on a déjà la tête ailleurs, même si ce n'est pas sous les tropiques. Dans quelques temps, je ne serai plus là ou, en tout cas, moins que maintenant. Ca me manquera beaucoup, c'est sûr, de vous voir, vous qui venez ici en vrai, au Café Clochette, et puis ça me manquera aussi de ne plus faire la cuisine comme ça, au fond de ma cuisine, reine du robot ménager et de la cuisinière à induction. Mais laisser un beau passé pour un bel avenir, c'est quand même le meilleur cas de figure.
Bon, on n'y est pas tout à fait, mettons que je vous prépare psychologiquement. Et en attendant, vous pouvez croire, chers lecteurs, que je vous envoie à tous, virtuellement, une carte postale du grand extérieur, ce monde, là, juste derrière la porte du Café Clochette, où je vais aller me plonger avec délices !
Stéphanie, je te souhaite une belle semaine, amuse-toi et fais de ma part une petite caresse quotidienne à mes chats, si tu veux bien ? A très bientôt.

vendredi 16 avril 2010

Christine

Christine a terminé aujourd'hui son contrat au Café Clochette. Le Café Clochette y perd une jambe et clopinera pendant quelque temps... mais moi j'ai gagné une amie. Je me souviens avec émotion des moments partagés, de la belle énergie qu'elle met à tout et du sourire avec lequel elle affronte toutes les situations. Je me souviens de nos fous rires devant les commandes bizarres, en cuisine. Je me souviens de l'arrivée, via notre fournisseur habituel, d'un paquet de noix invalides (c'est-à-dire un peu amochées, qu'on utilise en pâtisserie notamment) et de son exclamation "oh, les pauvres !". Je me souviens surtout de tous les moments de repas partagés à la fin du service, moments de sérénité (parfois, car il arrive qu'on se relève pour une addition, une carafe ou un bisou), de complicité et de douceur. Il nous est arrivé de partager ces moments avec d'autres, et ils me manqueront vraiment. Christine m'a donné tout à l'heure un texte qu'elle m'autorise à partager avec vous, lecteurs du blog, alors le voici...
Christine, merci pour tout. Je te souhaite bon vent, qu'il te pousse là où t'attendent de belles surprises ! et à très bientôt, autrement.


"Si vous aviez travaillé au Café Clochette, vous sauriez..."

Vous sauriez qu'on y passe des moments inoubliables ; que parfois on prend son temps autour d'un café et d'un petit gâteau...
Que parfois on court partout pour apporter à qui un philtre d'amour, à qui un biryiani, à qui une crêpe au chocolat.
Qu'il y a des commandes toutes "tarabiscotées" avec des trucs qui ne sont même pas sur la carte !
Qu'il y a parfois des plats qu'on met à la carte et dont personne ne veut le premier jour et puis le lendemain, allez savoir pourquoi, tout le monde en veut... comme dirait l'autre, "il faut laisser sa chance au produit" !
Que dans la cuisine souvent on s'affaire mais parfois on papote, on rit, on se fait quelques confidences.
Qu'il existe sur le marché plus de trois épices et trois céréales différentes (c'est dingue non ?!).
Qu'il y a un mini-loup qui grimpe de temps en temps sur le tabouret pour attraper un "gâteau sans gluten".
Que certains ont quelques papattes sur leur carte de fidélité et que d'autres ont quelques assiettes de dégustation en attente...
Qu'il y a des couteaux qui servent à couper les légumes et d'autres la viande (si si c'est vrai je vous assure !).
Qu'on peut changer un ingrédient dans une recette que "non ça gâche pas tout" mais qu'au contraire ça rend le gâteau encore plus "délicieux" comme dit M. à propos de la soupe au potiron de P....
Qu'il y a trois chats parfois coquins.
Qu'on peut faire des expériences culinaires heureuses ou moins heureuses...
Qu'on y rencontre des gens adorables et chaleureux.
Qu'il y a parfois des bambins partout et parfois pas du tout.
Qu'on y parle de bébés, de portage, d'allaitement.
Qu'on y échange des recettes mais pas seulement...
Vous sauriez surtout que la cafelière est une personne pleine de gentillesse et d'attention aux autres, qu'elle a l'oreille attentive et le coeur sur la main et que le travail d'équipe avec elle est une vraie douceur.
Enfin vous sauriez qu'à cause de tout ça, on quitte le Café Clochette le coeur serré, mais le coeur plein de cette belle aventure, de toutes ces petites merveilles et de toutes ces rencontres...
On quitte le Café Clochette plus riche qu'on y est entré.

To be or not to be una maman au top

Parfois, être maman c'est comme se trouver propulsée à l'interprétation d'une conférence internationale, dans la petite cabine, sans trop savoir quelles langues sont en présence ni si on a appris ce dictonnaire-là.
- Maman, j'ai une position !
(Une position éthique remarquable sur la question de l'identité nationale ? une position dorsale idéale pour porter un petit sac à dos brodé ?)
- Ah, tu as le catalogue d'une exposition sur les dinosaures, ça alors !

Enfin l'interprétariat, c'est quand même mieux payé, comme job.

mercredi 14 avril 2010

Marqueur d'âge

- Tu sais mon loup, il y a Z. qui vient déjeuner aujourd'hui avec ses parents et ses grands frères. Elle est toute petite, c'est un bébé.
- Ah ? elle marche à pied ou assis ?
- ???
- Ben elle marche à pied ou assis ?
- Euh... elle marche dans une écharpe, avec son papa ou sa maman.
- Alors elle marche assis. Elle est toute petite, quoi.
- Ah ben oui.

mardi 13 avril 2010

Eléphant en cotte de maille et caïman en falbala

Hum... ?
Oh pardon, j'étais encore dans mon rêve.
Désolée.
Je reviens.

lundi 12 avril 2010

Rêves de métamorphose et de sphères macaronnées

Un des meilleurs aspects de toute l'aventure du Café Clochette, c'est qu'il m'arrive de me prendre vraiment pour une restauratrice. Parfois, quand je suis en train de dresser une assiette et que je m'apprête à poser dessus les dernières pousses de roquette ou à verser la lichette de vinaigrette à la coriandre maison avant de poser le tout à droite du plan de travail, devant une Christine dans les starting-blocks, je me dis "pfff, c'est rigolo, on dirait que je serais une cuisinière et que j'aurais un restaurant". Avant de réaliser soudainement que c'est bien la réalité. Ca me fait toujours autant d'effet. Il y a une sorte d'irréalité à tout ça, finalement, comme si avoir un restaurant c'était un truc que je crois encore hors de ma portée. Enfin c'est assez sain comme sentiment tout compte fait, on ne s'encroûte pas trop à ce régime-là. J'ose même espérer que les ingénieurs qui conçoivent les centrales nucléaires et les font fonctionner ont de semblables moments - mais qu'ils se reprennent bien vite.
Enfin tout ça est très intéressant. Mais pas autant que ma lecture favorite : le magazine mensuel des CHR. C'est un autre des bons aspects de ce métier : on est abonné, automatiquement semble-t-il puisque je ne l'ai jamais demandé, au magazine mensuel des CHR.
Ce mois-ci, la couverture est alléchante, puisqu'on y pose la question : "L'un des ingrédients pour réussir dans la restauration, c'est...". Tout à fait alléchée par cette promesse de réponse à un des dilemmes les plus préoccupants du métier, j'ai foncé sur la page suivante. Qui était en fait la vraie couverture du magazine et me promettait cette fois de retrouver en pages centrales les annonces de ventes de fonds, d'offres et de demandes d'emploi. Mouais. Il y a comme une collision intersidérale, là.
C'est en page 5 que l'on m'annonce enfin "L'un des ingrédients pour réussir dans la restauration, c'est"... et c'est, vous savez pas quoi ? Du poivre long ? du saumon frais ? des grains de raisin calibrés et sans pépins ? du persil plat ? des oignons roses de Roscoff ? Nan. C'est Davigel. Il paraît que ces messieurs de Davigel ont signé avec la Ministre de la Santé une charte d'engagement volontaire de progrès nutritionnels, alors vous pensez. Bref.
Quelques pages plus tôt, on m'indiquait que pour donner envie aux clients de manger du dessert, il y avait quelques recettes simples. Pas celle de mon fameux gâteau distrait, non, c'est plutôt une formule magique. Voyez plutôt : "Que l'on opte pour des préparations faites maison ou que l'on pratique la cuisine dite d'assemblage, il est primordial de personnaliser son service à la clientèle et de mettre en avant ses atouts." Il faut exalter les aspects gourmands et attractifs du dessert, qu'on me dit. "Si l'on choisit par exemple un dessert comme la Sphère macaronade de Davigel (tiens, tiens), il pourra être présenté ainsi sur la carte : Mousse chocolat crémeuse enfermant un coeur gourmand à la texture et à la saveur de macaron amande." Je sais pas vous, mais moi je préférais le nom d'origine, tant qu'à faire.
Sinon, on m'apprend dans ce magazine que l'Hotel Century Old Town, oeuvre de l'art décoratif praguois, est tout entier dédié à l'auteur du Procès. Il paraît qu'on peut y déguster un cocktail baptisé Rêve de Kafka ou Chapitre 1 ou y réserver la chambre 214, où officia l'auteur en tant qu'assureur. Si ça fait pas rêver, ça. Je peux quant à moi vous proposer la chambre Timirrou où le dit félin passe la majorité de ses siestes, mais il faut que vous n'ayez rien contre les poils de chat et que vous ayez une grande confiance en l'avenir, où vous pourrez dire à tout le monde que vous, vous avez dormi dans cette chambre et que tout le monde vous enviera terriblement.
Je pourrais aussi vous parler des défis que se lancent certains chefs français pour utiliser des produits japonais ces derniers temps ou vous détailler l'enquête Gira Conseil, selon laquelle la consommation alimentaire hors domicile est en recul de 2,58%. Mais je ne sais pas trop, ça ne me fait que modérément rêver, là.
Il n'y a plus qu'à attendre la prochaine livraison de ce fabuleux magazine, en espérant qu'il sera plus inspirant que celui-ci...

vendredi 9 avril 2010

Un centre qui bouge et quelques périphéries

L'homme aux semelles qui grincent était un homme aux semelles de vent. Poussé par le zéphyr, il part du côté du Costa Rica ; et il m'emmène dans sa sacoche. Il doit se dire qu'une cafelière ça sert à tout et que ça peut peut-être tenir le nord dans la canopée, au cas où nous nous y égarions. Pauvre homme, je n'ai pas osé lui avouer que du temps estudiantin où je hantai Paris, je fus persuadée pendant de longs mois que le Centre Pompidou était monté sur roulettes, tant il semblait n'être jamais au même endroit. Ca promet.
Fiction ou réalité ? cher lecteur, seul l'avenir nous le dira.
En attendant, deux annonces importantes : samedi midi, le Café Clochette sera complet, ne venez pas ou vous risquez de vous casser le nez... Par contre, ce soir vendredi et samedi soir, c'est possible de venir dîner, sur réservation. Veuillez noter également qu'il y a un brunch dimanche à partir de 13h, sur réservation, et qu'il reste quelques places. J'ai prévu une petite terrine de saumon aux baies roses, un cake salé avec plein de bonnes choses dedans, des viennoiseries, du gâteau, et un autre truc auquel j'ai pensé tout à l'heure et qui, nom d'un éléphanteau des steppes angevines, m'échappe tout à coup. C'est sûr, je vais en rêver cette nuit. Auquel cas je reviens vous en parler, bien sûr, vous pensez.
Enfin, je vous prie de bien vouloir noter que ce vendredi est J-8 pour Christine, qui va quitter les rivages joyeux du Café Clochette pour des vacances bien méritées et d'autres horizons. Donc, si mes calculs sont bons, vendredi de la semaine prochaine, ce sera son dernier jour. Alors réservez votre vendredi midi, mes amis, nous fêterons dignement son départ. A vous tous qui l'avez appréciée, venez le lui dire...

dimanche 4 avril 2010

Mieux vaut têtard que jamais

- Maman, maman, ya plus de têtards dans mon pistolet !
- Oh zuuuut... ils se sont carapatés en sautant guillerettement ? ou en nageant, plutôt ? mon pauvre loup, ça alors... un pistolet vide, si c'est pas malheureux... pfff...
- Mais naaaan ! Y se sont sont pas sautés, yen a pu, quoi ! enfin yen a jamais eu, en fait. Papa y dit qu'y veut pas, pffff...
- Ah oui, c'est dommage. M'enfin je suis pas fan du pistolet, à la base.
- Mais oui mais tu vois, on peut l'ouvrir, et pis on peut mettre un tétard là, tu vois, et pis ça esplose et pis après ça fait pouf, et ça part par là, tu vois, c'est chouette hein ?
- Mouis. Je vois ce que tu veux dire. Et il sort quoi, une grenouille ?
(Grimace de désappointement devant l'incompréhension maternelle, mais cet enfant a la fibre pédagogique et ne baisse pas les bras.)
- Ben nan. Ca fait du bruit, quoi. Boum. C'est chouette, hein ?
- Boum.
- Oui.
- Ah.
- Bon.
- Ben oui.
Fin de la conversation. Mais je ne donne pas cher du prochain têtard qui passe.

samedi 3 avril 2010

Jours très pleins

Il y a des jours où on se dit que toutes les minutes n'y suffiraient pas à les vivre et les raconter ensuite. Il faudrait un duplicata intégral et, forcément, la narration y perd. C'est le problème central de la traduction littéraire : une seule traduction ne suffit jamais à épuiser le texte, c'est dans le foisonnement de toutes les traductions possibles que se profile l'épaisseur des sens du texte de départ ; mais il faut bien faire "une" traduction et trancher à un moment ou à un autre. Alors raconter la vie du Café Clochette, ici, c'est la même chose : choisir dans les petits événements et les plus grands et leur donner une forme. Traduire ce qui se passe, en fait : ce n'est jamais l'original. Mais c'est déjà ça.
Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, ce fut, comme on dit, riche en émotions. Une journée qui commence par un cours de grec, de toute façon, ne peut pas être une journée ordinaire, surtout quand on y réfléchit sur les multiples sens à donner à un choix grammatical plutôt qu'à un autre (voir ici, clic). En plus, je ne doute pas que savoir dire "loup" en grec ne me serve quelque jour. Et puis après, ça a été la valse du service, enfin java peut-être plutôt, je vous ai souvent décrit ce moment si particulier où s'enchaînent commande, préparation, service, jusqu'au moment béni du café et des desserts où on peut pousser un soupir de soulagement d'avoir encore une fois franchi l'obstacle et réussi à servir tout le monde sans tout mélanger (ou tout faire tomber). C'était une de ces journées où la fluidité des mouvements répond à la sérénité des clients, où on arrive à arracher quelques minutes ici et là pour échanger quelques mots. J'ai même réussi à déjeuner tranquille en parlant du bon vieux temps et des temps qui ont suivi avec un vieil ami qui vient de me retrouver et qui est venu rendre une petite visite à mon antre et moi-même avec ses deux jolies petites filles. Vous savez, ce genre de rencontre où les temps se téléscopent mais où le rire est le même et le sourire aussi ? A bientôt V., c'était un plaisir !
Puis tout s'accélère pour le goûter, des amis qui se retrouvent, des crêpes qui se dévorent, des jouets qui déménagent, des chats qui viennent faire un calin à une personne de connaissance, des enfants qui viennent faire un bisou et/ou reremplir leur assiette de petits gâteaux. La cafelière court, remplit sa bouilloire et ne s'interrompt que pour admirer des découpages de joueurs de foot (et penser à une collégionnaire bien fatiguée, tellement qu'elle n'a pas ouvert aujourd'hui). Une soirée plus calme, une petite fille avec des moustaches en chocolat, la nuit qui tombe comme une plume bleue sur la ville, des chats qui vadrouillent à la recherche du coussin le plus moelleux.
Votre cafelière est bien fatiguée. Mais ravie. Ce sont des jours bien pleins. J'aimerais savoir mettre en bouteille la sérénité qui s'en dégage. Histoire d'en prendre une petite lichette gouleyante et réparatrice dans les jours plus compliqués.

vendredi 2 avril 2010

Des places à l'arrière (le courage des oiseaux)

Hier soir, grâce à G., concert. Le Grand Logis à Bruz, Dominique A. Comme tout le monde, j'ai connu Dominique A avant tout le monde. C'était le copain du copain d'un copain. C'était il y a longtemps, une autre vie - elle n'avait pas plus de sens que celle-ci, moins sans doute.
Là où les harmoniques de Brassens descendent vers la solidité du sol, celles de Dominique A foncent vers la lumière, avec le courage des oiseaux. Etonnante présence de cet homme-là, planté au milieu, une tension faite homme, droit dans ses gestes qu'il a voulu et qu'il habite pleinement. Ca m'évoque ce spectacle vu récemment, Les justes, au TNB, avec son parti-pris de lenteur et de gestes stéréotypés, raides, étranges : c'était tellement étrange et imposé aux acteurs que la moindre miette d'affect qui dépassait prenait une intensité extraordinaire, et c'est dans les failles de la mise en scène, dans ce qui résistait chez les acteurs, que se dessinait la beauté du texte. Chez Dominique A, c'est le contraire, parce que cette tension, ces gestes - ce recueillement peut-être - sont bien les siens et ces textes viennent du profond de cette imagination. Il les habite donc, comme on dit. Ca ne doit pas être une habitation confortable, mais ça parle ! Et qu'il ait été peu disert entre les chansons, en fait, on s'en fiche, tout est dit quand même. La main qui décrit souplement l'espace, le trépignement bref à la guitare, la voix profonde et soutenue qui ne tremble jamais.
Autour et derrière, David, impassible, sur ses claviers, Sébastien avec un t-shirt noir sous la chemise qu'il a pris la liberté d'ouvrir d'un bouton, du coup, et qui se concentre sur sa batterie, et Thomas, le plus jeune de la bande, qui peut se réfugier dans ses cheveux touffus (car il est aussi chevelu que le chanteur est brillant) ou les envoyer valser pour voir son micro, un briquet à la main pour trouver l'appareil où ficher ses câbles, qui attrape d'une main sa basse en réglant un dernier petit bouton. Une balade figée dans la neige, des bars et des instants manqués mais pas vraiment manqués.
Trois fois ils ont dû revenir, on a retrouvé des morceaux connus, réentendu autrement ceux pas encore trop écoutés. Il ne connaîtra pas le silence, rien que le bonheur pris sur le fait, sans être sûr qu'on en reviendra. Ni remord ni regret. Que c'est beau quand une parole passe et s'incarne.
Chapeau Monsieur A. Quand vous repasserez par Rennes, je vous offrirai le dessert, quelque chose me dit qu'avec votre belle énergie ça ne peut pas vous faire peur. Et merci pour cette belle soirée.
(Au fait, 110°F, ça fait 43°C).

jeudi 1 avril 2010

La traversée du dessert

Un MiniLoup bien réveillé saute dans le grand lit.
- Maman ! y fait jour ! et pis y fait beau !
- Ah. Grmm. Bien.
- Maman ! je peux emmener mon ombrelle à l'école aujourd'hui ?
- Ombrelle ? le petit truc qu'il y avait sur ta glace au restaurant l'autre jour ? à l'école ? ah bon ?
- Euh... ben oui, quoi. Si y pleut.
- Mais y fait beau !
- Mouis. Mais les nuages y peuvent arriver, hein.
- Je suppose, oui. Tiens au fait, tu sais quel jour on est aujourd'hui ?
- Le jour des ombrelles ?
- Non, on est le premier avril. C'est le jour où on a le droit de faire des blagues, enfin des petites blagues.
- Ohhhh... mais moi je voulais faire des grosses blagues, c'est trop nul !
- Oui, euh... ben je sais pas si c'est possible, ça. On va demander à papa.
- Ah nan ! pas les blagues à papa !
(Rigolade maternelle in petto.)
- Ah bon ? tu veux mon avis alors ?
- Ah nan !...
(Caramba.)
- ... paske vous, vous savez pas pour les blagues !...
(Non d'un pétard, ai-je donc tant vieilli ?)
- ... ya que mes copains qui savent pour les blagues ! et pis même, je sais quelle blague je vais faire à mes copains ! mais y me faut mon ombrelle...
(Le jeune blagueur en puissance s'éloigne en quête de matériel. Moi qui vous parle je vous le dis, cet enfant-là a bien grandi.)
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