mercredi 25 août 2010

L'énigmatique être des choses

C'est tout bête. Je me retrouve au milieu de ma cuisine et je contemple les choses.
Le robot ménager, Trancrède de son petit nom, dernier arrivé ici et rutilant comme au premier jour. Souvenez-vous, l'inquiétude à la lecture du manuel... depuis, on s'est habitués l'un à l'autre et nous travaillons en bonne intelligence. Un objet qui ne fait pas semblant d'être plus futé que moi m'est sympathique a priori - pas comme mon nouveau téléphone, par exemple. Impossible de compter le nombre de carottes râpées avec lui - avec Tancrède, je veux dire, pas avec ce fat de téléphone - ni la quantité de pâte à sablés que nous avons confectionnée ensemble, chacun dans son rôle. Il va me manquer.
Cunégonde, la cuisinière, a ses humeurs de temps en temps et il faut savoir placer les sablés de façon stratégique sur la tôle à pâtisserie pour éviter le point froid sur la position la plus basse du four. Il faut aussi avoir la mémoire du bout du doigt pour appuyer cinq fois de suite sur l'écran tactile pour mettre le four en chaleur tournante à 180°C, la position la plus utilisée : c'est un geste réflexe. Elle va beaucoup me manquer, Cunégonde.
La machine à faire les frites, Hildegonde, même si elle ne sert pas aussi souvent qu'à son arrivée, est aussi une compagne fidèle. De temps en temps, avec MiniLoup, on la sort juste pour nous, un peu en contrebande, avec l'impression de vivre dangereusement, pendant qu'on fait chauffer l'eau à la sauvette pour les frankfort et qu'on sort le ketchup discrètement. C'est que dans un restaurant, on a sa fierté quand même, la gastronomie, tout ça... Pourquoi vous riez ? je peux bien me hausser du col, quand même, des fois, non ? Peut-être pas, non. Il suffit de penser aux autres machines pour réaliser que sans elles, je ne suis pas grand-chose dans cette cuisine.
Tiens, la machine à café, par exemple. Après avoir cherché pendant des mois LA machine, cru la rencontrer à tous les coins de rue et renoncé plusieurs fois, celle qui a fini par faire son trou sur mon plan de travail ne paie pas de mine, se fait toute discrète et fait un très bon café. Moi, j'ai juste à appuyer sur le bouton, j'y suis pour rien.
Et le petit frigo, avec ses cubis de jus de fruit qu'il faut avoir le pouce léger pour ne pas contrarier. Et le tiroir à bazar tant aimé de MiniLoup, plein d'épluche-légumes, de râpes à muscade, de bouchons en liège et de pinces à sac... avec la balance électronique perchée sur le fourbi en équilibre instable et que je ne mettrais pourtant ailleurs pour rien au monde, tant le geste pour l'attraper est automatique quand j'ai dans l'autre main un paquet de farine sans gluten qui menace de s'ouvrir et d'en mettre partout.
Il y a aussi les placards à réserve, avec leur rangement aléatoire puisqu'il répond, non pas à une logique de quelque ordre que ce soit, mais à un remplissage progressif au cours des mois. Maintenant, il est logique pour moi d'aller chercher le sucre à côté des amandes en poudre, alors que la farine est dans le placard du pesto et des cornichons. Le café est avec les flocons de millet, alors que les flocons de châtaigne, riz et sarrasin sont posés sur les petits pots des bébés, qui cohabitent avec les noix de cajou. Le placard aux épices est scindé en trois, et personne à part moi ne saurait retrouver ici un sachet de cardamome en mois de 15 mn.
Je vous le dis, ça va être coton de transmettre tous ces petits trucs, gestes et automatismes. Je suis comme un poisson dans l'eau dans cet endroit organisé petit à petit par les gestes du quotidien, comment aider quelqu'un d'autre à s'y installer ? On ne peut pas, sans doute. Il va falloir que la nouvelle cafelière - car nouvelle cafelière il y aura, dès la semaine prochaine j'espère - s'y fasse à son rythme et apprivoise les objets comme je l'ai fait à mon époque.
Ah ! nostalgie ! Enfin, relativisons. Un certain Thornton Wilder aurait dit "c'est lorsque vous avez chaussé vos pantoufles que vous rêvez d'aventure. En pleine aventure, vous avez la nostalgie de vos pantoufles." Tenons-nous-le pour dit.

5 commentaires:

juliette a dit…

en ce qui me concerne, c'est toi qui me manqueras!
nous venons demain pour le goûter si tout va bien
bises

La Mouette a dit…

J'approuve Juliette, tu vas beaucoup manquer au Café Clochette!! J'imagine à quel point ce passage de relais est délicat. Mais, au fait, A. Morfati va-t-il continuer de hanter les murs??

milene-micoton a dit…

rolala, que va-t-on faire à notre retour de vacances sans toi ???

le hérisson bleu a dit…

nous on peut même pas venir prendre le goûter en guise de consolation...
on peut juste lire comme ça à plus de 800 km quoi...

Nathalie a dit…

Oh la la, nous le savions mais je n'ose meme pas le raconter aux filles.... Tu vas nous manquer, c'est certain et je ne sais pas comment cela sera....
Des biz et on va essayer de trouver un créneau....

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