mercredi 20 janvier 2010

Entrées donc

De deux choses l'une. Soit je suis un peu benête, ce qu'à Dieu ne plaise, mais sait-on jamais, soit je suis victime d'une perception inutile et néanmoins persistante. Je m'explique. Depuis un an et quelques poussières et demi, je m'acharne à faire des entrées dans mon truc-qu'on-dirait-que-c'est-un-restaurant, au motif que dans un restaurant on sert des entrées, des plats et des desserts, outre les cafés, thés et autres joyeusetés subalternes. Peu importe qu'on ne m'en prenne quasi jamais, que je n'aime pas en faire parce que je n'ai jamais d'idées et qu'elles me restent sur les bras*, ce qui fait que je me nourris en grande partie d'entrées diverses depuis un certain temps - ben comme dirait ma mère-grand, faut pas perdre... (ne vous inquiétez pas, je mange aussi les plats et les desserts - enfin si vous vendez des balances électroniques, vous pouvez vous inquiéter, sinon ça devrait vous laisser assez froids, somme toute. Enfin bref. Je me suis encore perdue au détour d'une phrase, nom d'un scoubidou.)
Donc le petit nuage gris qui me taraude chaque mardi matin au moment des courses est là depuis longtemps : qu'est-ce que je vais-t-y pouvoir leur faire comme entrées cette semaine ? J'ai des valeurs sûres, les rillettes maison, la terrine de foies de volaille au cognac (avec une variation au porto), les petites salades d'été, le velouté de potiron au lait de coco ou les champignons à la grecque, mais ce n'est pas une liste suffisante pour m'éviter chaque semaine de me creuser le ciboulot. Et on n'aime pas se creuser le ciboulot au milieu d'un entrepôt où il fait environ trois degrés centigrades de janvier à décembre, quand on a oublié sa parka et ses gants et que d'autres acheteurs vous foncent dessus avec leur chariot de trois tonnes et demi en provenance de trois allées différentes, vous coinçant irrémédiablement au rayon du beurre, ce qui tombe bien parce que vous l'avez oublié et que vous risquiez autrement de ne pas pouvoir concocter vos traditionnels sablés au beurre salé et au caramel, ce qui vous eut obligé à revenir et vous faire foncer derechef dessus par des empletteurs pressés de retourner au chaud relatif du rayon des serviettes en papier. Croyez-moi, on n'aime pas**.
Hier***, je me suis rendue en compagnie d'une amie dans un petit restaurant auquel j'espérais depuis longtemps pouvoir rendre une petite visite. J'y ai passé un moment reposant et fort agréable, nous avons pu discuter tranquille et on a très bien mangé. L'ardoise était posée par terre, juste sous mon nez. Au bout d'une bonne heure, une chose m'a frappée. Paf, comme ça. Il n'y avait pas d'entrées sur cette ardoise. Et tout le monde avait l'air très content, il faut penser à réserver pour venir parce que c'est toujours plein et l'endroit ne s'était pas écroulé sous la pression d'une opinion publique furibarde de voir la tradition du restaurant-qui-sert-des-entrées remise en cause par des hurluberlus plus ou moins irresponsables. Ca m'a fait un choc, croyez-moi. Salutaire, le choc. Parce qu'au bout de toutes les implications éthiques sur la question du respect du public, il y avait la suggestion toute simple : et si moi aussi j'arrêtais d'en faire, des entrées ?
J'en vois sourire. Qui n'a pas vécu la malédiction du ciboulot vide au rayon beurre d'un grand magasin professionnel de la restauration pourra bien sourire tout ce qu'il veut, il ne saisira pas la profondeur du soulagement qui m'a saisie. Ou alors en faisant un gros effort d'imagination et d'empathie. Je vous le dis : je suis une nouvelle cafelière. Mes soucis se sont allégés d'un seul coup. Je revis. J'envisage de redevenir guillerette comme un pinson qui se sèche au soleil après une grosse averse.
Pour fêter ça, j'ai fait une entrée. Mais une seule, hein ? juste pour m'habituer en douceur à l'idée.
Ceci dit, du fond de ma névrose, il n'est pas impossible que la possibilité de la liberté me suffise et que je continue à me plier à la servitude volontaire des entrées en tête d'ardoise. Tous les paris sont ouverts. Enfin avec tout ça, on n'a pas résolu la question introductive****. Si c'est pas malheureux.


* Les entrées, pas les idées. Encore que.
** Je sais, là c'est vous qui êtes perdu au détour de ma phrase et devez revenir en arrière (après être remontés de lire cette note, si du moins vous avez le réflexe de la lire au détour de la phrase, sinon non) pour voir à quoi se réfère ce que n'aime pas ce on-là.
*** Je sais, il n'y a pas de transition. Il y a un risque que ça m'empêche de dormir la nuit prochaine, mais je le cours. Parce que j'aime vivre dangereusement.
**** Ne vous plaignez pas, avec toutes les calories dépensées du bout de l'index pour faire des allers-retours dans ce texte, vous pourrez reprendre du dessert.

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonsoir Pascale,

Je suis épuisée par cette gymnastique "indexale" et ne pourrai même pas me consoler avec une double ration de dessert car j'ai grillé mon joker ce midi. J'avais dû pressentir l'effort à fournir et anticiper en conséquence. Merci pour ce billet aussi drôle que spirituel (comme toujours...). Laëtitia (la copine de Stéphanie "Mouette")

Isa et ses NaNa... Na ! a dit…

Moi je vote pour "pas d'entrées", ce qui ne veut pas dire que je votre contre les entrées hein !... ben quoi , c'est toi qui a commencé à nous embistrouiller !

Isa et ses NaNa... Na ! a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
fredo a dit…

Ah ! moi ce n'est pas l'index droit que je muscle sur mon PC portable mais l'annulaire... J'ai droit à du rab de dessert quand même ? quoique... une petite entrée, pour une fois, ça pourrait être pas mal aussi... En tout cas je ne regarderai plus la carte du Café Clochette comme avant !

Steven a dit…

Tous ensemble, sauvons les entrées du Café Clochette !

Bbuissonniere a dit…

Je vois que les résolutions de l'année continuent !!!

Neurone perdu a dit…

L'absence d'entrées ne me choque pas! D'ailleurs chez nous, je ne fais jamais d'entrées et il est rare que j'en prenne au restaurant...

Frédéric a dit…

Oui, mais les entrées, c'est assez utile pour la santé, surtout s'y s'agit de crudités.
M'enfin, un restaurant sans entrée, pas choquant, vu que je ne mange pas de crudité au resto !

La Mouette a dit…

Ah, ah, ah, je t'imagine dans les allées de ce grand hangar froid, bourrées de gros costauds de la restauration - un monde difficile, ma p'tite dame - à te triturer l'esprit... Mais tu as raison, c'est chiant, les entrées! En revanche, si tu les appelais tapas, en servant des petites bouchées de plusieurs trucs, ces mêmes plats qui te restent sur les bras (j'ai pas dit sur les hanches, hein!), eh ben, je pense qu'ils partiraient peut-être, parce que ça a un côté moins tradi, plus moderne. Enfin, je dis ça, moi, mais je ne me balade pas au rayon beurre de ce grand magasin... Bizz! (et aussi à Laëtitia, tiens!)

milene-micoton a dit…

quel remue-méninge ... tout ça me fait dire qu'il est bien tard et que si je ne veux pas faire de cauchemars (qui n'existent pas, merci miniloup )je vais de ce pas aller me coucher et penser à la question du départ pour t'en reparler une fois reposée ... j'ai quand même constaté qu'aujourd'hui l'ardoise indiquait toujours le propos de tes soucis tout en haut ...

Séverine a dit…

Euh je l'avoue, à cette heure-ci, c'est trop dur pour mes p'tits neurones, et il a fallu que je remonte plusieurs fois. Merci Pascale pour la gym des neurones et de l'index.
Et pour l'absence d'entrées, ça ne me choque pas non plus. Par contre j'en connais un qui aurait plus de mal. Si tu vois de qui je veux parler ;) .

Pascale a dit…

Laëtitia : trop dommage, le joker... bises à toi, ça fait plaisir de te lire
Isa : moi je vous embistrouille ? meuh non voyons !
Fredo : du rab de ce que tu veux ma chère (mais pas de galettes de riz insipides ;-))
Steven : ah c'est malin, je ne sais pas si c'est toi qui leur a passé le mot mais cette semaine tout le monde en veut, des entrées... c'est vrai...
Bbuissonnière : on verra ce que dure celle-là, de résolution !
Neurone : c'est bien le raisonnement, à voir s'il tient la route :-)
Frédéric : c'est vrai, les crudités on en prend rarement au restaurant, sauf ceux qui tiennent le dit restaurant sûrement !
Mouette : tapas, c'est à moi que ça fait peur comme nom, je sais c'est idiot mais c'est comme ça, ça m'impressionne encore plus que les entrées !
Milène : tu as bien vu... je n'en suis pas vraiment sortie, tu vois ! merci pour la visite, je suis sur la piste de la petite robe, n'oublie pas de m'en reparler
Séverine : je m'engage solennellement à continuer à en fournir, mettons en échange de mon produit laitier favori :-)

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